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Yannick Fialip : « Stopper la déflation sur les produits laitiers »

Alors que le litre de lait UHT coûte aujourd'hui moins cher qu'un litre d'eau plate, le président de la section régionale laitière tire la sonnette d'alarme.

Yannick Fialip : « Tous les efforts de compétitivité sont portés par les éleveurs. Ce n'est plus tenable »

A quel niveau se situe aujourd'hui le prix du lait ?

Yannick Fialip : Depuis plus de six mois, on tourne autour de 300 euros/1.000 litres, soit une baisse de 60 euros/1.000 litres par rapport à 2014. Ce n'est plus tenable pour les producteurs. On savait que le début de l'année serait compliqué, mais les perspectives pour le second semestre s'annonçaient meilleures. Les négociations menées au printemps avec les GMS avaient été engagées sur la base de 340 euros/1.000 litres. Nous devions finir l'année avec des prix du lait compris entre 320 et 325 euros. Nous sommes loin du compte puisque les entreprises payent moins que ça aujourd'hui.

Comment expliquez cette situation ?

Y.F. : L'embargo russe est assez gênant. Nous espérons qu'il soit levé rapidement car les producteurs ne doivent pas payer une décision politique. Mais au-delà de cet embargo, il y a des signes qui devraient conduire à faire remonter les prix. La production mondiale et européenne a diminué. Les chinois devraient à nouveau acheter des produits laitiers.  Dans ce contexte, il est temps d'inverser la tendance. Le fruit du travail des éleveurs a un prix, il est temps d'arrêter de le brader.

Comment entendez-vous gagner cette bataille du juste prix ?

Y.F. : Ce n'est plus les consommateurs et les GMS qui doivent déterminer le prix du lait, c'est au producteur de fixer son prix de vente en fonction de ses coûts de production. La loi Hamon prévoit d'ailleurs que des négociations puissent reprendre entre les différents partenaires de la filière si le prix payé ne couvre pas les coûts de production.

Si nous ne revenons pas à ce principe de base, on va droit vers un plan de restructuration laitière de grande ampleur. Depuis des années, tous les efforts de compétitivité sont portés par les éleveurs. Même le rapport Chalmin l'a démontré, constatant que sur ces dix dernières années, le prix du yaourt avait baissé. On est vraiment arrivé au bout d'un système aberrant où le litre de lait coûte moins cher qu'un litre d'eau plate.

A l'échelle du Massif central, quelles sont vos marges de manoeuvre ?

Y.F. : Dans nos zones où les coûts de production sont plus élevés, les producteurs souffrent davantage. C'est pourquoi, nous avons fait le pari de la segmentation des marchés, avec les AOP ou encore le lait montagne. Les entreprises y ont plus ou moins répondu. Aujourd'hui, il faut que les choses bougent. Dans les semaines à venir, si rien ne se passe, les actions syndicales vont se multiplier.

Au niveau européen, des mesures peuvent-elles être envisagées ?

Y.F. : Nous souhaitons la mise en place d'une cellule de crise laitière au niveau européen. Nous devons obtenir des mesures de gestion de marchés qui permettent notamment de dégager des produits laitiers sur l'export.

Recueillis par S.Chatenet

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