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Manifestation FCO
Vite ! Rétablir les échanges avec l’Italie

Les éleveurs du Massif central, de Bourgogne, de Rhône-Alpes… dénoncent l’attitude de l’Italie et le laxisme de l’Europe qui bloquent toujours les échanges de bovins entre la France et l’Italie.

Les éleveurs dénoncent l’attitude de l’Italie et le laxisme de l’Europe
Tous les départements du bassin allaitant ont dépêché leurs troupes. Dès neuf heures le 11 avril dernier, sous une pluie battante, elles se sont massées à la barrière du péage de Saint Quentin Fallavier sur l'autoroute qui vient du Piémont. Une manifestation à l'ancienne, bien dense, avec sans doute plus de 700 éleveurs, leurs banderoles, leurs slogans et leur bonne humeur en bandoulière en dépit de la gravité de la crise à laquelle ils sont confrontés. Peu à peu, les véhicules pris au piège du péage buttent sur l'hermétique barrage. Seules, les voitures particulières sont autorisées à se faufiler entre les chicanes et les groupes de manifestants. Les camions eux restent bloqués avant d'être libérés au compte-goutte.

L'Europe et l'Italie,  dans le viseur

Autant dire que les files de camions se sont rapidement allongées et épaissies... Et malheur aux chauffeurs Italiens dont les camions étaient retenus, cloués sur place. Car le premier visé par les manifestants reste le gouvernement Italien qui, unilatéralement, a décidé que les broutards français doivent subir une double vaccination et un délai de 90 jours après le premier vaccin avant de pouvoir être dirigés vers l'Italie pour y être engraissés. Philippe Meurs, le président des JA à l'origine de cette action syndicale élargie au bassin allaitant et aux Fdsea/Udsea des départements éleveurs, s'adresse à l'Europe et demande à ses dirigeants « de considérer la FCO comme une crise sanitaire au même titre que la grippe aviaire ou l'ESB ». Pierre Chevalier, le président de la Fédération nationale bovine, est là aussi. Il reproche à « l'Europe d'avoir trop tardé avant de prendre en compte la gravité de la crise FCO. Dix-huit mois que les éleveurs et la France alertent Bruxelles dont les responsables pensaient pouvoir contenir l'épizootie dans l'est et le nord de la France». Ces tergiversations européennes sont à l'origine du retard pris dans l'appel d'offre pour la mise au point, puis la fabrication du vaccin. De plus, Bruxelles fait preuve d'un laxisme coupable à l'égard des Italiens qui ont décidé, au mépris du Traité de Rome, de bloquer leurs frontières aux animaux français. Pour Pierre Chevalier, «puisque l'Europe a tardé et ne fait pas respecter les textes communautaires, elle doit assumer les conséquences financières de ses comportements et de ses décisions ».

Une double peine subie par les éleveurs

La Saône-et-Loire, département bovin s'il en est et premier fournisseur des ateliers d'engraissement de la plaine du Pô, a mobilisé quatre cars d'éleveurs. Yves Bonnot, le président de la Fdsea, analyse la situation : «85% de la production de broutards nés en Saône-et-Loire est habituellement dirigée vers l'Italie. Les animaux bloqués dans le bassin allaitant coûtent cher en alimentation, en énergie, en frais vétérinaires, en travail... Les éleveurs n'ont plus de rentrée d'argent et les factures s'entassent sur les bureaux des fermes. C'est toute la filière qui est suspendue à la décision de l'Italie de rétablir les échanges commerciaux entre nos deux pays ». Le président de la Fdsea de Saône-et-Loire s'inquiète du nombre de vaccins très largement insuffisant et soulève un autre problème sous-jacent : « les animaux que nous ne dégageons pas maintenant sur le marché Italien sont stockés chez nous. Cette situation prépare une autre crise qui interviendra lorsque tous ces animaux seront lâchés, plus tard, sur le marché. On connaîtra alors une surproduction de viande et les animaux qui seront commercialisés ne correspondront plus aux besoins du marché ». Les éleveurs de bovins subissent aujourd'hui l'impossibilité de commercialiser leurs animaux et subiront demain un marché déséquilibré avec son cortège de cours déprimés... Une sorte de double peine insupportable infligée à des milliers de familles d'éleveurs très inquiètes.

L'Europe dont on ne veut pas...

En attendant, à Saint Quentin Fallavier, les camions viennent buter sur le péage. Un fourgon cellulaire transporte un détenu vers un tribunal lyonnais. Comme tout le monde, la justice devra patienter ! Un chauffeur monnaye son passage en offrant généreusement quelques bouteilles. Un autre raconte qu'il transporte régulièrement, pour un grossiste de Rhône-Alpes, des agneaux de Bulgarie si maigres qu'ils en sont transparents... On rêve d'une Europe protectrice, soucieuse du bien être de chacun, de la qualité de notre alimentation et de nos identités culturelles. À la place, ses dirigeants nous imposent les combines et le visage grimaçant des marchands...

Jean-Paul Thénot, Président de la section bovine de l'UDSEA

« Les éleveurs sont tous dans la même galère »

Si les éleveurs sont de nouveau sur le terrain de l'action syndicale aujourd'hui, ce n'est pas pour le plaisir. Je remercie d'ailleurs tous les éleveurs qui ont fait le déplacement. Ce n'est pas évident de partir de son exploitation pour une journée, mais ce n'est pas en restant chez soi, que nous faisons avancer les choses. Nous ne sommes jamais assez nombreux lors de ces actions. Notre avenir dépend de notre capacité à nous mobiliser, il faut arrêter de compter sur les autres.
Il faut savoir qu'aujourd'hui, les trésoreries sont dans le rouge. Avec les restrictions imposées par les Italiens, nous sommes obligés de garder nos animaux sur les exploitations pour une durée de 3 mois minimum. Les éleveurs ne peuvent pas se le permettre. Les stocks s'épuisent et le coût de l'alimentation est élevé. Le premier Ministre, François Fillon, nous a annoncé qu'une enveloppe de 6 millions d'euros serait allouée pour le maintien et l'engraissement des animaux sur les exploitations. Nous ne connaissons pas la répartition de cette enveloppe à ce jour. Aussi, nous demandons des mesures nationales pour la réduction des charges et notamment pour les charges sociales.»

 

FCO : La France recalée à Bruxelles

Le 8 avril à Bruxelles, lors de la réunion du Comité permanent de la chaîne alimentaire consacré à la FCO, la France n'a pas obtenu gain de cause à Bruxelles dans sa demande d'assouplir la réglementation sanitaire pour rétablir les échanges avec l'Italie. La proposition de la Commission européenne visant à réduire le délai entre la vaccination et la reprise des mouvements d'animaux n'a pas été adoptée. Ce délai reste fixé à 80 jours environ après la première vaccination, alors que Paris demandait qu'il soit ramené à 50 jours.
En ce qui concerne la circulation des animaux de moins de 90 jours, leur circulation à partir des zones réglementées est autorisée sous réserve de la mise en place de mesures de confinement et la réalisation de tests sérologiques sept jours avant le départ, indique le ministère de l'Agriculture. Là aussi, Michel Barnier n'a pas obtenu gain de cause, il demandait à ce que les jeunes animaux puissent circuler sans contraintes particulières.
Plus grave, le texte adopté à Bruxelles, offre dans une certaine mesure des arguments juridiques au blocage italien. Il stipule notamment qu'un Etat peut imposer des dispositions restrictives supplémentaires à la circulation des animaux, au vu de l'analyse des risques, sous réserve de l'accord des autorités communautaires. Les Italiens justifient l'embargo sur les achats de veaux et de broutards français depuis le 4 mars par la découverte de cas de FCO dans le nord de l'Italie qui auraient, selon eux, été propagés par des bovins importés.

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