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« Vigneron, c’est dans nos tripes, comme quelque chose de viscéral »

Jean-Pierre Pradier prend les vents de la retraite et laisse entre autre dans son sillage plus de vingt années au service de la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme.

Jean-Pierre Pradier, du haut de ses soixante années passées dans les vignes, prend sa retraite et cède son exploitation.

«Quand l’amandier, juste là en face de la vigne, est en fleur, le printemps n’est pas loin. C’est le meilleur météorologue. » La vigne et l’amandier sont enracinés, solides dans la terre des Martres-de-Veyre. Profondément ancrés aussi dans le cœur de celui qui les a côtoyés pendant tant d’années. Il y a un temps pour tout et pour Jean-Pierre Pradier est venu celui « de s’arrêter, de prendre la retraite ».

Pendant presque 50 ans, d’abord enfant aidant son père puis homme menant sa propre route ; il a cultivé la vigne et le vin avec « la manière des anciens » et surtout avec son temps. Le vigneron a été l’un des premiers de la région à s’installer en 1982 avec un BTS viticole et œnologie. « à l’époque, c’était un sésame. Seul Pierre Sucheyre, technicien à la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme avait le même diplôme que moi.»

 

L’âge du bouton d’hiver

Fils et petit-fils de vignerons, Jean-Pierre Pradier a travaillé dès l’âge de 10 ans aux pieds des ceps. En 1977, il s’expatrie à Montpellier le temps d’obtenir son fameux BTS. Là-bas, une autre viticulture s’ouvre à lui. « Les vignerons entamaient déjà cette transition où la qualité du vin prime sur la quantité. » Une petite révolution que débutera le vignoble puydômois une dizaine d’années plus tard. Jean-Pierre Pradier devient alors « l’un de ceux qui ont soufflé sur la braise » menant à l’AOC et à la renaissance des Côtes d’Auvergne. En 1990, il devient président de la Fédération Viticole. Il occupe ce siège jusqu’en 2011 soit pendant 21 ans, la moitié de sa carrière de vigneron. Durant cette double décennie, il œuvre chaque jour pour le classement en Appellation d’Origine Contrôlée des vignes puydômoises. Un dossier complexe et chronophage dans lequel il a pu s’investir, sans compromettre son exploitation, grâce à son frère. « Nous étions en Gaec et s’il n’avait pas été là, je n’aurais pas pu continuer à travailler pour l’AOC. »

L’heure de la véraison

Dans le même temps, en 2005, Jean-Pierre Pradier voit se succéder les départs de ses amis. Nombre d’entre-deux prennent la route de la retraite. S’immisce dès lors dans l’esprit du vigneron, cette idée de devoir préparer à son tour la prochaine grande étape de sa carrière. « Une exploitation, y compris vigneronne, doit être préparée à la succession. Je ne voulais pas transmettre dans l’urgence. Rapidement, j’ai compris qu’il fallait que je vende mon domaine. » D’un commun accord, son frère et lui cessent le Gaec pour poursuivre leur activité chacun de leur côté et faciliter la transmission des exploitations. Dans le même temps, et après maintes réflexions, Jean-Pierre Pradier convertit son domaine des Trouillières à l’agriculture biologique. « C’est très contraignant mais je ne regrette rien. »

La dernière vendange

Seulement, « vigneron c’est un métier spécial ; c’est dans nos tripes, c’est sentimental » essaie-t-il d’expliquer. Trouver un repreneur répondant aux exigences du futur retraité se révèle être la quête de l’aiguille dans la botte de foin. Les appels téléphoniques et les rencontres s’enchaînent mais le vigneron ne les « sentait pas ». Puis, un jour de 2016, un peu par hasard, « à l’image d’une histoire de couple » raconte-t-il, il fait la connaissance de Mickaël Hyvert, jeune français expatrié de Polynésie Française.

Formé à la viticulture et saisonnier régulier dans un domaine de Boudes, il n’en fallait pas plus pour sceller l’union tant recherchée et débuter les démarches de la transmission. Fin octobre, Jean-Pierre Pradier devrait officiellement être à la retraite. « Je me le suis mis dans la tête. J’ai un repreneur en qui j’ai confiance. Alors oui, j’ai hâte de partir. » Car s’il a la vigne dans le cœur et « les tripes », il a dans la tête l’envie de voyages, de pratiquer la voile (sa deuxième passion) mais aussi de tendre la main. « J’aimerais aider des enfants en difficulté scolaire.» Jean-Pierre Pradier s’apprête à débuter une nouvelle vie sans pour autant oublier la première.

Les gelées de 1991 et la grêle de 2013 resteront les événements les plus marquants de sa carrière. Il dit aussi ne jamais pouvoir oublier ce jour où ses collègues, concurrents et amis vignerons ont taillé ses vignes, la veille d’une opération chirurgicale.

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