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Un élevage sur deux n’a pas bougé

Une étude des CERFrance du Massif central relève la croissance très modérée des élevages laitiers de la région, très insuffisante pour faire face aux charges.

Si pour les CERFrance de l’Alliance Massif central, il faut d’abord optimiser l’existant, «la croissance d’activité est nécessaire».

C’est un éclairage fort instructif mais pas forcément rassurant qu’ont livré, jeudi 6 octobre au Sommet de l’élevage, les CERFrance membres de l’Alliance Massif central (dont fait partie celui du Puy-de-Dôme) sur l’évolution récente des exploitations laitières du Massif central. Sur la base des données économiques et compta-bles d’un échantillon de 621 ex-ploitations laitières représentatives de la diversité du territoire, l’étude, coordonnée par Nathalie Velay, a montré qu’en moyenne l’agrandissement des exploitations laitières de la région a été plus que modeste entre 2011 et 2015 : + 3 hectares (la SAU portée à 83 ha), + 3 VL(1) (45 VL en 2015) pour une production en croissance modérée : 265 000 l en 2015 contre 235 000 l quatre ans plus tôt quand, sur la même période, les collègues de l’Ouest gagnaient 60 000 l. L’intensification n’a pas non plus été de mise même si la part de maïs a quasiment doublé (8 % en 2015). Le modèle reste majoritairement celui de l’exploitation familiale avec 1,7 UTH(2).

 

Effet dilution

Mais comme souvent, ces tendances moyennes masquent une réelle disparité : ainsi, la moitié des élevages laitiers n’ont pas bougé en volumes quand d’autres, principalement de grosses structures déjà, ont franchi un cap avec une hausse de production atteignant 40 voire 50 %. Toutes ont, en tout cas, dû s’adapter à la hausse des charges, opérationnelles (750 €/ha en 2015 du fait de l’inflation du poste alimentation), mais aussi et surtout de structure. Ces frais fixes (bâtiments, mécanisation, assurance...), difficilement compressibles, tendent à augmenter en moyenne de 2 % par an, soit une facture qui a grimpé entre 2011 et 2015 de plus de 100 €/ha. Sur une exploitation de 80 ha, le calcul est vite fait...

Au regard de cet enjeu, l’effet dilution permis par l’accroissement de volumes a joué en la faveur de ceux qui se sont agrandis. De telle sorte qu’en-dessous du seuil de 170 000 l par UTH, les CERFrance estiment utopique espérer couvrir ces charges. Et Nathalie Velay avance que «la croissance d’activité est nécessaire». Néanmoins, ces éleveurs ont continué à croire dans l’avenir de leur production puisque près de 15 % ont investi dans un bâtiment et un tiers a modernisé son exploitation.

 

Efficacité altérée

Dans ce contexte, quid de leurs performances ? «L’augmentation des volumes a seulement permis d’absorber la hausse de charges», tranche Nathalie Velay qui constate une baisse de l’efficacité des systèmes et donc du résultat courant par UTH. «En Auvergne, notre atout, c’était jusqu’à il y a peu notre efficacité avec une marge de 270 €/1 000 l supérieure de 30 à 40 € à celle des Bretons, notre faiblesse reste la taille de nos structures et de nos résultats.» Si du temps des quotas (en 2000) très peu d’exploitations du Massif dégageaient plus de 40 000 € de valeur ajoutée par UTH, elles compensaient par une vraie efficacité (avec un ratio valeur ajoutée sur produit de 60 %). «Ce temps-là a bien changé, a lancé l’experte, révélant qu’en 2014, le nombre d’élevages laitiers au-delà des 40 000 € est devenu important aux détriments de l’efficacité.» Le tableau dressé en 2014 est donc très loin d’être idyllique : 17 % des élevages laitiers sont à la fois inefficaces et inefficients. Et pour eux le salut ne viendra ni de la course aux volumes, ni d’un changement de système ni d’investissement : «Il faut d’abord optimiser l’existant, travailler sur la maîtrise et la cohérence des charges.» En clair, accroître l’effi-cacité pour augmenter sa productivité. Et d’insister notamment sur le poste alimentaire, la qualité du lait et le produit viande.

 

(1) Vache laitière.

(2) Unité de travail humain.

Efficacité/efficience

Deux notions à distinguer. Une exploitation efficace dégage un bon ratio valeur ajoutée/produit. Elle est d'autant plus efficiente que le rapport valeur ajoutée sur UTH est élevé.

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