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Tri et stockage, deux étapes essentielles en bio

En agriculture biologique, le stockage et le nettoyage des céréales représentent une étape majeure à maîtriser afin d’obtenir un grain de qualité. Ces étapes sont d’autant plus importantes, lorsque les moissons se déroulent au milieu d’un épisode de grosses chaleurs.

La température du grain dans le silo est très élevée et il est d’autant plus difficile de refroidir le tas. Le risque de développement des insectes et ,de fait, des maladies cryptogamiques est alors accentué.

Deux témoignages de producteurs du Puy-de-Dôme aux stratégies bien différentes !

Le tri et le stockage à la ferme : une étape importante pour l’autonomie et la recherche de plus-value

1- Témoignage de Hervé et Jonathan Brun agriculteurs à «Chassenet» commune de Thuret

Hervé est installé avec sa femme sur une ferme céréalière en Agriculture Biologique dans le Puy-de- dôme. Il travaille en binôme avec son fils Jonathan qui vient de s’installer récemment sur une ferme à proximité. Ensemble ils produisent du blé, du blé dur, de l’orge, du triticale, des protéagineux et oléagineux : soit toute la diversité pos- sible dans les terres argilocalcaires moyens à profond que composent la ferme. Le blé dur est transformé en pâte à la ferme ainsi qu’une partie du blé tendre en farine.

 

Pourquoi avoir investi dans un triage et stockage fonctionnel ?

«Pour moi le triage et le stockage sont indispensables en Bio pour plusieurs raisons. La première est bien sûr technique. De pouvoir trier et ventiler dès la moisson nous permet de stocker le mieux possible la céréale et d’éviter des problèmes de conservation. Nous avons beau essayer de limiter l’enherbement par la rotation et la prévention, un développement d’adventices peut toujours arriver en Bio.

L’autonomie dans le chantier de moisson est également importante pour nous. Pas besoin d’attendre la place dans les silos filières. Etant équipée d’une batteuse on peut gérer en toute autonomie ce chantier.

Ensuite le choix de stocker facilite la commercialisation des céréales et évite les litiges. Nous pouvons alloter, nettoyer plusieurs fois le grain s’il le faut pour le ramener aux normes et attendre le moment le plus opportun pour vendre. De plus, tout ce travail permet d’éviter les litiges lors de la réception du camion. Je sais exactement ce qui part de chez moi en qualité et quantité.

Ce travail est également important pour la partie transformation souligne Jonathan. Il me permet de maitriser la transformation et d’assurer une qualité. Le tri de nos semences nous permet également de baisser le coût d’implantation tout en s’assurant de ne pas réensemencer son sol : ce qui est quand même pour nous un impératif en Bio».

 

Comment gérez-vous la conservation des céréales ?

«Dès la moisson, nous passons systématiquement un premier coup de nettoyeur. Selon l’état d’enherbement de la culture nous pouvons effectuer plusieurs passages. L’objectif de ces passages (avec un débit assez rapide en corrélation avec la moisson) est de faire un triage rapide (10T/H) pour stocker le grain avec le moins d’impuretés possible. Nous profitons ensuite de nuits fraîches pour commencer tout doucement à refroidir le grain. Nous surveillons ensuite la température et l’humidité du grain pour voir comment cela évolue. Ensuite, pendant l’hiver, nous profitons des températures négatives pour refroidir encore le grain. L’objectif est de passer sous les 10°C. En faisant tout de même attention à ne pas ventiler quand l’air est trop humide car cette humidité peut repasser dans le grain. L’objectif est de rester aux alentours des 12-13% pour limiter les risques de développement d’insectes et/ou moisissures».

 

Justement, des recommandations particulières pour les insectes ?

«Ce que je viens de vous dire ! Aujourd’hui il n’y a pour moi pas de meilleures solutions que la prévention. On nettoie systématiquement les cellules entre deux lots pour enlever les poussières. On ventile, on trie et pour le moment nous n’avons jamais eu de problèmes».

 

Si vous deviez changer quelque chose ça serait quoi ?

«La dimension des cellules est perfectible. Il me faut du volume pour bien couvrir le fond et pouvoir ventiler. De plus la diversité des cultures en Bio nous oblige à jongler entre les cellules. Si c’était à refaire j’aurais plus de cellules de plus petite capacité.

Nous prévoyons également de changer le trieur. Sur ce modèle rotatif les grilles sont difficiles à changer et la qualité du tri n’est pas irréprochable. C’est le problème en bio, la diversité des graines devrait nous conduire à avoir une diversité de types de trieurs mais la réalité économique nous rattrape tous».

 

 

Une diversité de trieurs pour une diversité de cultures en limitant les investissement

2- Témoignage de Vincent Martinant, agriculteur à «La Redonde» commune de Brenat

Vincent s’est installé en 2004 sur la ferme à la suite de ses parents. En 2016 il convertit sa ferme en Agriculture Biologique et repense totalement son système en intégrant vente directe et diversité des cultures. Aujourd’hui, Vincent produit des céréales, des lentilles, des asperges, des patates qu’il transforme et qu’il vend en direct à la ferme ou sur les marchés.

 

Pourquoi s’équiper de plusieurs trieurs d’occasions ?

«Après ma conversion en 2016 et l’arrivée de nouvelles cultures ainsi que de la vente directe, la nécessité de nettoyer et trier son grain à moisson me paraissait évidente. En allant chez les collègues, j’ai très vite compris que le trieur idéal n’existait pas et que pour faire face à la diversité de graines et d’adventices que l’on peut retrouver en Bio, il fallait s’équiper en conséquence. Comme j’avais déjà la volonté de vendre mes productions en direct il me semblait primordiale de ne pas négliger l’aspect qualité. Ensuite, pour être transparent je n’avais pas la capacité financière d’investir dans des équipements neufs et com-me j’aime la ferraille et le bricolage la restauration de ces outils ne me fait pas peur. Pour à peine 5000 € (et de l’huile de coudes) j’ai pu m’équiper».

 

Comment peut-on imager ce besoin de diversité au niveau triage ?

«C’est simple. Là je suis en train de trier de la lentille grâce à mon trieur Toboggan. Si je passais ce lot dans un trieur à plaque je ne retirerais pas les pierres de même calibre que la lentille. A l’inverse, si j’ai des impuretés qui ont le même Poids spécifique que la lentille mais pas la même taille, le trieur ne sera plus efficace et je passerais donc sur un trieur à grille. Pour moi la diversité de l’équipement permet tout simplement de répondre à la diversité des adventices que l’on peut trouver dans les récoltes».

 

Pour quelles raisons s’équiper d’un séchoir ?

«Le séchoir me permet bien sûr de sécher le maïs, le tournesol et le sarrasin. Outre le fait de ne pas dépendre des séchoirs filières pour déclencher mes moissons, cet outil me permet de dépoussiérer mes céréales grâce aux tôles perforées. La capacité n’est que de 10 T mais pour 4000 € c’est un stress en moins au moment des moissons d’automnes. Comme je vends des méteils à des éleveurs du coin, le séchoir me permet également de faire des lots homogènes de 10 T de mélange de céréales et protéagineux pour assurer la qualité à mes éleveurs partenaires».

 

Que retenir de votre installation ?

« Ce n’est peut-être pas l’installation la plus technique mais pour un investissement réduit je peux être autonome dans la gestion du nettoyage/ tri de mes céréales. Les débits ne sont certes pas importants et je peux passer de la lentille à 20 kg/heures si besoin dans mon toboggan. Mais pour moi peu importe, si on valorise bien son produit on peut passer du temps à optimiser sa qualité. »

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