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Marchés
Très chère alimentation animale

Les prix de l'alimentation animale ont bondi ces dernières semaines entre la forte demande internationale, le contexte géopolitique tendu, les hausses des coûts de l'énergie et d'éventuelles difficultés d'approvisionnements.

Le prix de l'alimentation animale a bondi depuis 2021.

Les prix de l'alimentation animale prennent la voie des airs depuis 2020, sous la forte demande internationale et les hausses des coûts des énergies. La guerre en Ukraine est venue chambouler un peu plus ces marchés déjà tendus. Les prix des matières premières atteignent des niveaux historiques sous l'effet d'une spéculation particulièrement inquiétante. En France, les fabricants d'aliments essaient tant bien que mal de limiter les "conséquences en cascade" de ces marchés sans pour autant avoir de solution miracle. Décryptage avec Philippe Manry, directeur général du groupe Sanders.

« 80 % de ressources françaises »

Chez Sanders, la hausse moyenne du coût de l'alimentation animale atteignait en moyenne "50€/t sur l'année 2021" explique Philippe Manry, directeur général. La forte demande chinoise était alors la principale source de déséquilibre des marchés mondiaux. "Ils ont émis une demande en céréales massive et plutôt inattendue." Le marché aurait pu temporiser le phénomène, si le prix des engrais puis la guerre en Ukraine n'étaient venus à leur tour mettre leur grain sable dans la machine mondiale. "Depuis le 24 février (début de la guerre NDLR) l'impact a été très fort et rapide. Le coût de l'alimentation animale a bondi en moyenne de 100€/t." Sanders doit répercuter cette hausse d'ici le mois de juin. " Du jamais vu dans l'histoire de la filière" selon Philippe Manry.
Bien que le groupe ait peu d'approvisionnements depuis l'Ukraine et la Russie " 80% de nos ressources sont françaises", l'entreprise ne peut éviter les conséquences de ce déséquilibre. "Les pays habitués à importer des céréales russes ou ukrainiennes, vont venir sur notre sourcing pour s'approvisionner." D'après le directeur général de Sanders, les tourteaux de tournesols "majoritairement produits en Ukraine" vont être fortement impactés comme l'ensemble des tourteaux et céréales non OGM. " Si nous n'avons pas de tournesol, nous allons nous orienter vers le soja mais le non OGM était déjà difficile à se procurer en raison de la forte demande mondiale ; avec les tourteaux de tournesol ukrainiens en moins, la tâche promet d'être encore plus complexe."

« Faites analyser vos fourrages ! »

La spéculation et sa hausse des prix animent tous les débats mais un autre émerge : celui des volumes.
Philippe Manry se veut rassurant, malgré les difficultés d'approvisionnements. "Nous n'aurons pas de problème sur les produits français. Quant aux protéines, on devra toujours en importer mais l'offre nationale devrait permettre de soutenir les volumes." Toutefois, le directeur général de Sanders appelle certains cahiers des charges à se préparer. Car s'il n'est pas inquiet sur l'alimentation des ruminants "nous arriverons toujours à créer des formulations en adéquation avec la production locale", il n'en est pas de même pour les filières avicoles et porcines dépendantes de l’aliment. "Ce n'est pas le moment de créer de nouvelles filières de production garanties sans OGM !"
Malheureusement, hormis un soutien de l'État (voir Info plus ci-dessous) et une augmentation des prix de vente, il existe peu de solutions à court terme pour ces filières. Du côté des ruminants, Philippe Manry invite plus que jamais les éleveurs à "valoriser l'alimentation produite sur la ferme (...) faites analyser vos fourrages (...) il ne faut plus rien gaspiller".
Le professionnel appelle également les éleveurs à ne pas surréagir. Au début du conflit, Sanders a dû gérer un afflux de commandes face à la flambée des prix. " Nous avons été contraints de demander à nos clients d'éviter de stocker en ferme et d'acheter uniquement ce dont ils avaient besoin pour pouvoir répondre à toutes les commandes."
L'ajustement de l'alimentation animale à la virgule près et l'optimisation de la production, ne suffiront pas à eux seuls à contenir les charges de production. Encore une fois, ce n'est pas l’unique hausse à laquelle doivent faire face les éleveurs et les agriculteurs en général. "La conjoncture est difficile, les prix des produits doivent augmenter pour soutenir l'inflation ou nous allons dans le mur."
Et si Sanders comme tous les autres, "navigue à vue", il n'est pas fou selon Philippe Manry d'espérer "une redescente des prix" mais en déterminer la date est une autre prédiction.

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