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Interview
« Rien n’est plus sérieux que la défense de notre métier »

Administrateur JA durant les deux mandats de Christian Lenègre, aujourd’hui membre du bureau JA 63, Denis Guérin explique son parcours dans le syndicalisme agricole.

Denis et Delphine Guérin

Denis expliquez-nous votre parcours dans le syndicalisme agricole.
Denis Guérin : Je suis arrivé un peu tard dans le syndicalisme (1997) et par hasard. Lorsque j’ai été diplômé de l’ENSA en 1995, j’ai cherché du travail en relation avec le milieu agricole et dans la région. En effet, à cette époque j’avais déjà comme objectif de m’installer. n’ayant rien trouvé me correspondant, je suis resté quelques années salarié sur l’exploitation de mes parents ce qui m’a aussi permis de préparer mon projet d’installation. C’est à cette époque que je suis entré dans le syndicalisme. En effet, de par un héritage familial et un dynamisme syndical important dans la région, par connaissance aussi, je suis entré progressivement dans cette grande famille du syndicalisme. A l’époque de mon installation, ça m’a ouvert les yeux et aujourd’hui, je me suis totalement pris au jeu ; enfin façon de parler ! Rien n’est plus sérieux que la défense de notre métier. C’est une expérience qui m’a beaucoup apporté et m’apporte encore aujourd’hui. Certes, quelque fois nous nous heurtons à des déceptions mais qui n’en a pas, et puis elles nous forgent et nous motivent pour la suite.


Quels sont, aujourd’hui, les dangers pour le métier d’agriculteur ?
D.G. : Malheureusement à l’heure actuelle nous sommes trop entrés dans un système de primes et de baisse des prix. On gère de plus en plus de dossiers au détriment de la technique sur nos exploitations : accroître ses rendements, optimiser sa production herbagère, revenir aux bases de notre métier qui furent celles de nos parents.
Nous sommes de réels chefs d’entreprise. On ne peut compter que sur soi et sur l’optimisation de nos productions pour gagner notre vie. La désintensification n’est que rarement payante. Certes, elle peut être positive mais paradoxalement elle est dangereuse pour la survie de nos exploitations.
L’avenir est incertain, nous nous devons d’anticiper. Il n’est pas cohérent que les primes participent de plus en plus à la constitution de notre revenu au détriment d’une rémunération à sa juste valeur de notre travail.

 

Que représente pour vous la Chambre d’agriculture ?
D.G. : C’est un organisme à deux facettes. Tout d’abord c’est le contact avec les élus politiques via la représentativité des syndicats. Cette représentativité permet alors de véhiculer certaines de nos idées et ainsi, faire de notre métier ce que l’on veut qu’il soit. Mais la Chambre d’agriculture c’est aussi un organisme au service de la profession agricole et de ses Hommes : anticiper, gérer, optimiser son outil de travail via des nouveaux marchés, des dynamiques de filières, des conseils et des formations, permettre de pérenniser l’exploitation et de passer moins douloureusement les évolutions de la PAC.
Etant responsable de la Pra Dore Bois Noirs (c’est un peu comme pour le syndicalisme, les hasards de la vie et des rencontres m’ont conduit tout doucement à ces responsabilités !), je pense que les petites régions sont le lien indispensable entre les élus Chambre et «le terrain». Il ne faut pas hésiter à s’y rendre, elles sont un système ressource en matière de recherche d’information. Moi même je n’hésite pas à franchir la porte des bureaux de la Pra dès que j’en ressens le besoin, quitte à m’y rendre en tracteur !

 

Pourquoi est-il important de s’impliquer au sein de la Chambre d’agriculture ?
D.G. : L’implication au sein de cette instance est une nécessité pour pérenniser et assurer la continuité du travail déjà mené. M’étant impliqué au niveau agricole local puis départemental, l’implication à la Chambre d’agriculture semble pour moi une suite logique pour faire avancer, certes des idées, mais avant tout le métier d’agriculteur.
Globalement, on a connu pas mal de difficultés et d’évolutions assez marquantes dans le milieu. La Chambre d’agriculture a su nous aider à mieux les passer ; c’est pour cette raison qu’aujourd’hui j’ai toute confiance en la future équipe JA/UDSEA.

 

Et vous Delphine, en tant qu’épouse, comment vivez-vous l’implication syndicale de Denis ?
D.G. : Je pense que l’implication de Denis est nécessaire pour faire avancer les choses en matière de développement et faire découvrir aux gens comme moi, qui ne sont pas du milieu agricole, la réalité de la profession. C’est le moyen de faire reculer des préjugés.
Certes cette implication est prenante mais je la comprends, l’approuve et je le soutiens dans sa démarche. Je suis toujours prête à lui donner un coup de main. Avec l’arrivée imminente de notre 1er enfant, je ne vois pas en quoi son implication serait moindre. Le seul changement c’est que lorsque je serai retenue par mes propres obligations, Denis assumera pleinement toutes ses responsabilités en l’amenant avec lui (sourire).

 

 

Portrait de Denis Guérin
Denis Guérin 34 ans, est installé depuis 2001 en GAEC avec ses 2 frères, Eric (30 ans), Christophe (28 ans) et leur père, Jean Paul (59 ans) à Thiers. Ils exploitent une surface de 270 Ha (dont 100 Ha en céréales majoritairement autoconsommées) sur 2 sites : Thiers où ils conduisent le troupeau de 350 brebis laitières dont la production est vendue à la laiterie Garmy, et Chabanne (Paslières) destiné au troupeau Vaches laitières (145 têtes dont la relève) pour un quota de 600 000 litres.
Actuellement, plusieurs interrogations préoccupent la famille Guérin, notamment la succession de Jean-Paul.
Différentes possibilités sont envisagées : soit Catherine, la maman, à l’heure actuelle conjointe d’exploitation, prend la place, ce qui repousse la recherche d’associé à quelques années, soit l’embauche d’un salarié en vue d’une association. De plus, l’exploitation se trouve au coeur de la ville de Thiers. Le phénomène de péri urbanisation, la famille Guérin le connaît. Pour eux, c’est avant tout une gêne pour la circulation des animaux mais aussi une surcharge de travail lorsqu’il faut déclôturer et clôturer pour laisser des surfaces à la construction d’infrastructures, un système qui agit alors comme un anti-remembrement !
A noter que les conjointes respectives des 3 jeunes associés travaillent à l’extérieur du GAEC mais qu’elles sont toujours prêtes à venir en renfort. Un moyen d’allier vie professionnelle et vie privée.

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