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Rats taupiers
«Pour une lutte organisée, collective et opportune»

Suite à l’annonce du plan d’urgence du Conseil général pour lutter contre les rats taupiers, la profession par la voix de Bruno Chaput, dénonce l’absence de solutions de fond.

Le Conseil général du Puy de-Dôme a adopté un plan d’aide d’urgence dans la cadre de la lutte contre les rats taupiers (cf L’Auvergne Agricole de la semaine dernière p.4).

 

Une aide conditionnée

La collectivité locale départementale a mis en place un dispositif d’aide à la reconstitution des prairies en faveur des éleveurs bovins, ovins et caprins qui ont au minimum 50% de leur STH située dans l’une des 72 communes reconnues « zone infestée » par le campagnol terrestre.

L’aide est de deux niveaux et au choix:

- une aide de 50 €/ha pour l’achat de semences, conditionnée par la réalisation par les éleveurs, d’un plan de de gestion du patrimoine bocager sur leurs exploitations avant le 31 août ;

- une aide de 50 €/ha pour l’achat de semences + une aide de 50 €/ha aux frais d’implantation de la prairie, conditionnées à l’implantation d’une haie de 30 m linéaires/ha avant le 31 mars 2013. Cette réalisation est financée à hauteur de 80 % du coût HT des travaux et plafonnée à 4 000 €.

La profession réagit

Bruno Chaput, secrétaire général de l’Udsea du Puy de Dôme, « prend acte de la proposition du Conseil général ».

Mais pour lui, la question de fond sur le traitement contre les campagnols et leurs pullulations, reste en suspens. «Une fois de plus, nous sommes sur un plan d’urgence et non sur le traitement de fond d’un problème». Bruno Chaput regrette par ailleurs que l’aide du Conseil général soit «une nouvelle fois assortie de contraintes». Il s’interroge aussi sur le zonage des 72 communes, avançant l’évidence que «le rat taupier prolifère partout et qu’il ne connaît pas les frontières administratives... Par ailleurs, toute mesure prise dans le cadre de cette lutte doit être évolutive en fonction de la propagation des campagnols» souligne-t-il.

Pallier le manque de temps

«La lutte alternative, le retournement des prairies et le traitement chimique sont des moyens complémentaires mais insuffisants. Les règles de l’utilisation de la bromadiolone imposent un cadre contraignant à l’agriculteur car au moment où il a l’obligation de traiter ses prairies, il n’a pas forcément le temps de le faire ». Pour le secrétaire général de l’Udsea du Puy-de-Dôme, c’est cette difficulté à laquelle il faut répondre par l’organisation de luttes collectives s’appuyant sur l’aide d’un applicateur extérieur. « Une opération pilote a été conduite dans ce sens sur le canton de Bourg-Lastic. Son objectif était d’apporter une solution face au problème de main d’œuvre dans l’application opportune des traitements chimiques. En fait, nous avons externalisé cette activité de traitement en finançant l’intervention d’un applicateur de bromadiolone sur les exploitations agricoles, et aux périodes propices ! Cette opération affiche des résultats particulièrement satisfaisants puisqu’elle a suscité l’adhésion des éleveurs et permis de diminuer considérablement la présence des rats taupiers et leurs dégâts sur les prairies traitées ».

Ils ont dit…

Jean-Marc Boyer, président du groupe Union des Républicains du Puy-de-Dôme et François Marion, conseiller général de la Tour-d’Auvergne ont travaillé avec le Conseil général à l’élaboration de l’aide d’urgence. Un plan loin de leurs espérances et contraire à leur volonté, ils s’expliquent :

 

François Marion

«Nous avons réalisé deux réunions avec le Conseil général où tous les acteurs du monde agricole étaient invités. Durant la première rencontre, nous étions d’accord pour aider financièrement au réensemencement des prairies. Lors de la seconde réunion, le Conseil général a proposé que l’aide soit conditionnée à la réimplantation de haies. Toutes les organisations professionnelles agricoles présentes se sont alors formellement opposées à cette idée. Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’avec ce plan d’urgence, le Conseil général donne d’une main pour reprendre de l’autre ! De plus, les justifications avancées sont une hérésie écologique ! Aucune preuve scientifique ne permet de mettre en relation les haies et la lutte contre les campagnols. Sur les communes sélectionnées, nous avons par exemple Chastreix. Je ne suis pas sûr qu’il soit réalisable de planter des haies sur certaines parcelles.»

 

Jean-Marc Boyer

« Lors de la commission permanente, nous avions décidé de voter contre cette mesure. L’ensemencement d’une prairie pour un agriculteur revient à plus de 200€/ha. Nous avions donc déposé un amendement pour proposer 100€/ha d’aide. Il a été refusé sans aucune discussion. La solution des haies se réalise sur le moyen terme, et il ne faut pas voir cela comme l’unique moyen de lutte. La bromadiolone est le seul produit efficace et accepté par la politique écologiste. Sur le long terme, il y a la solution du vaccin immuno-stérilisant. Il permettrait non pas de stopper la reproduction des rats taupiers mais de la réguler. Il serait sans danger pour les autres espèces, malgré tout, le financement de cette étude a été arrêté. Le résultat aujourd’hui, c’est que nous ne faisons rien de plus que du bricolage ! »

 

Propos recueillis par M.Brut

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