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Reprise ex-Toury
Pierre Blanchier « Un état de délabrement industriel fantastique »

A quelques jours du jugement d’appel déposé par les anciens dirigeants du Groupe Toury, le directeur général du Glac a réexpliqué, lors d’une conférence de presse, les raisons de la reprise de la branche lait de consommation par son entreprise.

Jean-Luc Dischamp, directeur général des fromageries Dischamp et Pierre Blanchier, directeur général du Glac, lors de la conférence de presse, organisée, lundi dernier, à Clermont-Ferrand
Si le Glac (Groupement des laiteries coopératives de Charentes-Poitou), basé à Surgères, n’en est pas à sa première reprise d’entreprises en difficulté, avec Toury, il s’attaque à un gros morceau ou plutôt à un sacré sac de noeuds. «On arrive dans une situation qui dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer. Et à mon avis, nous allons encore découvrir des choses », explique Pierre Blanchier, directeur général du Glac. « Gestion approximative», «délabrement industriel», «multiplication des retards d’investissement », le directeur n’a pas de mots assez forts pour qualifier la chute d’une entreprise, qu’il va aujourd’hui falloir relever.
C’est à la partie lait de consommation que le Glac devrait s’attaquer. Le Glac s’est en effet positionné sur cette activité dans l’offre de reprise du groupe Toury, aux côtés de ses trois autres partenaires, Fromagerie Dischamp, Leche Pascual et Vitagermine qui devraient gérer respectivement les branches « fromages, « jus de fruit » et « produits infantiles ».
Investissements énormes
Les motivations du Glac à reprendre une partie de l’activité de l’ex entreprise Toury sont de plusieurs natures. D’abord, il s’agit d’affirmer et de conforter sa place de 3ème intervenant sur le marché du lait de consommation notamment du lait UHT en France. Ensuite, la reprise des trois unités lait de conso situées à Theix (63), Mérinchal (23) et Quintin (22) permettra au Glac d’améliorer son déploiement géographique. Concrétisation des synergies avec les autres usines du groupement, optimisation de l’outil existant même si les investissements sont colossaux (de l’ordre de 30 à 40 millions d’euros sur le seul site de Theix d’ici cinq ans), diminution du coût unitaire des emballages de lait UHT du fait de l’augmentation des quantités produites et des barèmes dégressifs d’achats qui s’appliquent alors… autant d’objectifs qui ont poussé le Glac à se porter candidat à la reprise. Et puis sans détour, Pierre Blanchier ne cache pas que dans cette opération, son entreprise a montré qu’elle était forte : « Nous avons été appelés au secours par des fromagers de la zone Auvergne, il leur manquait le nerf de la guerre. Nous avons saisi cette occasion pour rendre service à nos confrères et du même coup profiter de l’opportunité de développer des synergies ».

En attendant l’appel

Pierre Blanchier se déclare confiant quant à la procédure d’appel déposée par les ex dirigeants de l’entreprise Toury, qui sera examinée le 13 juin prochain par la Cour d’Appel de Riom. Avec les trois autres repreneurs, le Glac a, à son tour, initié une procédure judiciaire à l’encontre de Lactalis pour refus de vente. Le groupe laitier ayant décidé unilatéralement d’arrêter de livrer des produits à Toury. « Une attitude de mauvais perdant, qui prouve encore une fois le manque de respect de Lactalis », estime Pierre Blanchier.

Toury au sein du Glac
L’activité collecte du lait (850 producteurs répartis sur 6 acheteurs au sens de l’Office de l’élevage et sur 6 départements : Ardèche, Cantal, Corrèze, Creuse, Haute-Loire, Puy-de-Dôme) va être regroupée sur une seule société « Société Laitière des Monts d’Auvergne», sous forme de SAS. La transformation va être réalisée, quant à elle, au sein d’une société de type SICA dans laquelle le Glac est ultra majoritaire. Les producteurs de lait conservant leur état de livreur à une entité de type privé n’adhèrent, par conséquent, à aucune des quatre coopératives laitières du Glac.

Augmenter les allocations provisoires ?
Dans un contexte français et européen de sous réalisation laitière, le directeur général du Glac et celui de Dischamp sont favorables au déplafonnement des allocations provisoires, qui permettrait aux éleveurs en capacité de produire davantage de lait de le faire. Aujourd’hui, ces allocations provisoires ne peuvent excéder les 10 %. Les repreneurs estiment qu’il serait judicieux de pouvoir dépasser ce taux, pour aller jusqu’à 20 %. Les 7 et 13 juin prochains, le ministère et l’interprofession devraient plancher sur le sujet. En attendant, les professionnels du Nord de la France se sont positionnés pour une hausse plus minime, de l’ordre de 12 %. Les quotas de ces zones ne sont bien évidemment pas les mêmes…

 

Point de vue…

Alain Mercier, président de l’association de défense des producteurs Toury

« L’idée de déplafonner les allocations provisoires est une bonne chose quand le marché du lait se porte bien, en revanche cette hypothèse peut paraître moins opportune lorsque le marché est en difficulté. Pour ce qui est de la reprise de l’entreprise ex Toury, les premières actions des repreneurs sont plutôt encourageantes pour l’avenir dans la mesure où les éleveurs ont été payés. Les dernières créances devraient être soldées d’ici la fin de la semaine. D’autre part, c’est avec confiance que l’association de producteurs attend le jugement de la procédure d’appel ».

 

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