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Pénurie de beurre, à qui profite le crime ?

Les agriculteurs du Puy-de-Dôme accusent la grande distribution d’orchestrer la pénurie de beurre dans les magasins et de maintenir la guerre des prix avec les industriels laitiers.

Opération “pédagogie” pour les producteurs laitiers du Puy-de-Dôme venus expliquer aux consommateurs les raisons de la crise du beurre. 

Estimant que « la grande distribution refuse d’acheter le beurre à son juste prix », les producteurs de lait du Puy-de-Dôme se sont rendus le 7 novembre dernier dans les grandes surfaces de Clermont-Ferrand. Echanges et tracts à l’appui, ils ont expliqué aux consommateurs la raison de l’absence de beurre dans les rayons.

 

Les producteurs, « dindons de la farce »

Pris en étau entre les industriels et la grande distribution, les producteurs dénoncent surtout l'orchestration de la pénurie de beurre par les GMS. « En fait, il n’y a pas de pénurie, mais un refus des grandes surfaces d'acheter le beurre à un prix plus élevé, son juste prix ! » explique Thierry Chirol, producteur de lait et administrateur à la FDPL du Puy-de-Dôme. « Dans un contexte de guerre des prix entre les distributeurs, les enseignes préfèrent prendre en otage les consommateurs en organisant « le manque » dans leurs rayons ». Et de poursuivre : « la pression de la grande distribution est un véritable rouleau compresseur pour les producteurs ; et elle est tellement concentrée en France qu’elle détient un immense pouvoir contre lequel il est extrêmement difficile de lutter. Elle fait son mea culpa dans les débats des Etats Généraux de l’Alimentation mais quand c’est le moment de négocier, il n’y a plus personne ! »

Même colère, même incompréhension chez Sandrine Schiettekatte, productrice de lait à Saint-Gal-sur Sioule : « malgré la hausse du prix du beurre (ndlr : de 3000 à 6000 € la tonne en un an), nous vendons notre lait au même prix, voire moins cher puisqu’on nous annonce une baisse en fin d’année… Alors à qui profite le crime ? Industriels ? GMS ? ou bien les deux ? (…) En revanche, quand le prix du lait baisse on sait le répercuter sur les producteurs ! »

Ping-pong entre industriels et distributeurs

De son côté la grande distribution se défend : le prix du beurre a bien été renégocié en cours d'année, plus 20% environ, et rejette la faute sur les industriels.

Pour Jean-Luc Fabre, responsable du rayon des produits laitiers au Leclerc de la Pardieu, c’est « un mauvais procès qui est fait à la grande distribution ». « Nous n’avons jamais voulu créer de pénurie » explique-t-il, avant de confier que les GMS seraient avant tout victimes de « l’emballement médiatique » qui, sans aucun doute, a attisé les achats des consommateurs. «Le client achète en moyenne une plaquette de beurre. Or Samedi dernier (ndlr : le 4 novembre), nous avons vendu 2800 plaquettes contre 1500 habituellement. Nous sommes donc obligés de limiter la mise en rayon car nous n’avons pas de stocks». Pour justifier un peu plus la pénurie de beurre, le représentant de Leclerc pointe par ailleurs la responsabilité des industriels qui face à l’explosion des marchés, notamment des importations chinoises, « ont fait le choix de délaisser le marché intérieur pour céder aux propositions plus rémunératrices des marchés extérieurs.»

Fixation du prix du lait : comment ça marche ?

S’ils reconnaissent que l’équilibre entre l’offre et la demande de beurre est « tendue », notamment en raison de l’explosion de la demande mondiale, les producteurs expliquent cette pénurie par les « tensions sur la fixation du prix entre des enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs ». Comment ça marche ?

Depuis la loi de modernisation de l’Économie (LME) adoptée en août 2008, les fournisseurs doivent envoyer leurs conditions générales de vente (CGV) aux centrales d’achat des distributeurs avant le 30 novembre de chaque année. L’ensemble des déterminants du prix final facturé aux centrales d’achat doit être

discuté avant une période limite fixée au 1er mars.

« En cas de forte variation du prix en cours d’année, il est prévu des clauses de revoyure du contrat. Il y a obligation de renégociation, mais les parties ne tombent pas forcément d’accord », explique Hugues Beyler, directeur agriculture de la fédération du commerce et de la distribution (FCD).

Courant 2016, le prix du beurre avait déjà commencé à augmenter, mais pas suffisamment pour que les industriels changent leur stratégie commerciale.

En revanche, en 2017, la flambée des prix s’est amplifiée chaque mois ; une renégociation des prix s’imposait mais les industriels ont reçu une fin de non-recevoir de la part de la Distribution.

Seul un petit nombre d’enseignes a alors accepté de passer une hausse dans le courant de l’été, mais autour de 10 % seulement.

CR d’après AP

 

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