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« Nous nous interrogeons sur le prochain plan de production »

Pascal Viguier, président de Limagrain, revient sur la destruction de 86 ha de maïs semences et les leçons à tirer de cette année particulièrement atypique.

Pascal Viguier, président de Limagrain et président de l’Association pour le Développement de l’Irrigation en Auvergne.

La situation climatique ne s’améliore guère dans le département. Les quelques pluies de ces derniers jours n’ont offert qu’une quantité éparse selon les secteurs, de 15 à 40 mm. Pas de quoi revigorer dans la durée les surfaces de maïs semence. Beaucoup d’entre elles ont trop longtemps souffert d’un stress hydrique intense, combiné à des températures caniculaires. Les agriculteurs ont irrigué autant que possible avec les ressources dont ils disposaient. Malgré tout, ces efforts n’auront pas suffi à garantir la pérennité de la totalité de la sole semencière. Certaines parcelles ont été détruites. Pascal Viguier, président de Limagrain revient en détail sur cette situation exceptionnelle et ses possibles conséquences.

La situation culturale des maïs semences s’est considérablement détériorée ces 15 derniers jours au point que la décision a été prise d’abandonner certaines parcelles. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Il y a deux semaines, les maïs emences avaient encore un bon potentiel malgré des sols très secs. Mais cette sécheresse dure maintenant depuis plus d’un an. Le stress hydrique est très fort et associé aux deux épisodes caniculaires, il s’est accentué davantage. Les plantes ont considérablement souffert. A cela, il faut ajouter le manque de disponibilité en eau pour un certain nombre d’agriculteurs. Le barrage de la Sep est vide, l’irrigation est stoppée sur ce secteur (plus de 2 000 ha concernés NDLR). Des tours d’eau ont été instaurés pour les irrigants prélevant dans l’Ambène et le Bédat. Et sur l’axe Allier, les prélèvements ont été réduits de 25% depuis la semaine dernière. Cette situation impacte inévitablement la viabilité de certaines parcelles. A ce jour, 86 hectares ont été détruits dont la quasi-totalité se situe dans le nord-ouest du département.

Est-il possible dans les semaines à venir de voir augmenter ce chiffre ; et quelles seraient les conséquences pour Limagrain ?

Deux cents hectares de maïs semences sont aujourd’hui sur la sellette. Forcément, les pertes de volumes sur la Limagne vont être importantes en maïs semence mais aussi en maïs consommation. Cette culture est également en péril. Des surfaces seront détruites dans les semaines à venir. Nous n’avons pas les chiffres exacts pour l’instant. Quant aux pertes de rendements en maïs semences, elles sont impossibles à estimer avant la récolte. Limagrain s’attend cependant à une perte de son chiffre d’affaires. En 2015, la coopérative avait perdu 15 millions d’euros ; il est possible que la perte soit identique en 2019…

Les destructions de maïs semences se réalisent habituellement par broyage de la culture. Au regard de la situation traversée par les éleveurs, l’ensilage peut-il être autorisé ?

Avant toute chose, la destruction de parcelles de maïs n’est pas habituelle mais exceptionnelle. Elle résulte de tout ce que nous avons évoqué plus haut. Oui, l’ensilage de ces cultures peut être réalisé pour soutenir les éleveurs. Cependant, il est important de préciser qu’il s’agit de maïs semence. Il ne faut donc pas s’attendre à une production importante de matière sèche à l’hectare.

Quelles sont les leçons à tirer de cette campagne ?

Cette situation met en lumière les besoins en eau de l’agriculture. Nous devons arriver rapidement à une gestion de l’eau permettant d’assurer la pérennité de nos filières. Dès les mois de septembre-octobre, nous allons travailler avec la DDT à une gestion volumétrique de l’eau et à la recherche de solutions de stockage de la ressource. Nous devons parvenir à un accord dans lequel sera clairement défini un nombre de mètre cube maximal à utiliser par hectare. Nous entretenons avec l’administration de bons rapports, c’est une chance. Les comités hydrologiques ont été mis en place dès le mois d’avril pour surveiller la situation et assurer un contact régulier avec la profession. Nous sommes cependant très clairs : nous tolérons à l’ADIRA* la récente réduction de prélèvement de 25% dans la rivière Allier mais nous nous opposons fermement à davantage. Les barrages de Naussac et Villeret sont bien remplis, pourquoi devrait-il y a avoir de telles restrictions ?

Et concernant la coopérative ?

Nous investissons dans des filières pour lesquelles nous avons besoin de volumes. Ces investissements sont lourds mais essentiels à notre activité. C’est pourquoi le conseil d’administration de Limagrain s’interroge sur l’élaboration du futur plan de production de semences : est-il raisonnable de repartir sur le même schéma de production ? Ou est-il préférable de réduire la voilure ? Nos réponses dépendront du niveau de remplissage des nappes phréatiques et des différents barrages. Nous souhaitons par ailleurs soutenir les projets ayant l’objectif d’optimiser la ressource en eau. Nous évaluons également la possibilité de développer de nouvelles filières de production de protéines végétales. Toutes ces solutions ne seront réalisées qu’à moyen terme. Elles n’apporteront pas de réponses immédiates à la détresse des agriculteurs de Limagne.

L’année promet donc d’être compliquée pour tout le monde ?

Je crois qu’aucun d’entre nous ne mesure encore pleinement l’ampleur des conséquences de cette campagne particulièrement atypique. La détresse des agriculteurs est réelle au point que des tensions émergent entre eux, notamment autour de la disponibilité en eau. J’appelle à passer au-delà de ces divisions. Elles ne feraient qu’accentuer la détresse psychologique dans laquelle nous nous trouvons tous déjà. Je tiens à préciser que malgré les difficultés que traverse Limagrain cette année, nos adhérents peuvent compter et s’appuyer sur le groupe.

(*) Pascal Viguier est également président de l’Association pour le Développement de l’Irrigation en Auvergne

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