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MOMA
Mieux évaluer les effets de la libéralisation des marchés

Le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture présente un modèle économique pour « une nouvelle régulation agricole » (NRA).

«En termes de prix, le marché international oscille de un à six ou sept. Il aggrave l’instabilité des cours, ruine la moitié des paysans du monde quand les prix sont bas, et fait mourir de faim les gens des bidonvilles quand les prix sont hauts. La machine à produire de la pauvreté, c’est la libéralisation des échanges agricoles entre des agricultures très inégalement compétitives ». Tel est le constat sévère tracé par Marcel Mazoyer, vice-président de l’association française pour l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), devant les participants du colloque organisé par le Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (MOMA), jeudi 19 octobre, à Paris, dont le thème était « l’agriculture en panne de stratégie : comment concilier libéralisme et développement ». Le MOMA est une initiative française à vocation internationale, lancée en décembre 2005. «Nous avons fait le constat, explique son président, Pierre Pagesse (aussi président du groupe coopératif Limagrain), que les systèmes et outils de décision, que ce soient les modèles économiques, méthodes et fondements des négociations de l’organisation mondiale du commerce (OMC) ne répondent plus aux enjeux que représente l’agriculture pour l’avenir de l’humanité en termes de satisfaction des besoins alimentaires et de réduction des inégalités entre le Nord et le Sud ».

 

Hypothèses irréalistes
Aujourd’hui, l’ambition du MOMA est de lancer « une nouvelle voie pour assurer un avenir aux agricultures du monde ». Pour Pierre Pagesse, « c’est un travail de longue haleine où nous avons décidé de privilégier la réflexion et d’aboutir à des propositions concrètes, durables et adaptées au caractère stratégique et spécifique de l’agriculture ».
Au cœur de la réflexion et des débats : la libéralisation des échanges agricoles internationaux. « C’est un âpre sujet de négociation à l’OMC, souligne l’économiste Jean-Marc Broussart. Cette libéralisation est préconisée par des modèles économiques comme celui de la Banque mondiale, qui mettent en avant leur impact soi-disant positif sur les pays en développement ».
Selon Doaa Abdel Motaal, conseiller du Directeur général de l’OMC à Genève, « l’OMC ne se base pas sur ce modèle. Si on a lancé un agenda pour le développement, c’est précisément parce que l’on pense que ce n’est pas ce modèle qui marche ».
Les experts du MOMA dénoncent en particulier le fait que ces modèles économiques reposent sur des hypothèses irréalistes « comme l’offre qui s’ajusterait parfaitement à la demande, ce qui impliquerait que les prix des matières premières agricoles ne fluctuent pas et que la faim dans le monde n’existe pas ». Pour Jean-Marc Broussard, « une telle vision est dangereuse quand plus de 800 mil- lions de personnes sont atteintes par la famine, et quand la spéculation touche la plupart des produits agricoles, appauvrissant ainsi les agriculteurs du monde ».

Agence internationale d’évaluation

Face à ce constat, l’équipe du MOMA estime essentiel que « la volatilité des prix agricoles soit intégrée dans des modèles économiques de prévision pour évaluer les bienfaits potentiels d’une libéralisation des échanges internationaux ». Or à ce jour, les grands modèles internationaux, en faisant l’impasse de cette spécificité majeure de l’agriculture, ne peuvent ni expliquer, ni simuler, ni prévoir. De plus, tous, que ce soit celui de la Banque mondiale, de l’OCDE(1) ou du FAPRI(2) sont d’origine américaine.
Le MOMA a donc décidé d’élaborer son propre modèle de prévision, en proposant la mise en place d’une « nouvelle régulation agricole » (modèle NRA), construit autour de sept critères centrés sur les problématiques particulières du monde agricole. Il s’agit du niveau d’indépendance vis- à-vis de l’extérieur, des risques climatiques et de marché, des effets sur la pauvreté, de la croissance et des générations futures, de la prise en compte de l’innovation, du lien entre environnement et équilibre des marchés, du développement durable et de l’avenir de la planète.
En voie de finalisation, le modèle NRA devrait être opérationnel début 2008 mais les premières simulations sortiront dès 2007. Les politiques disposeront alors d’une « maquette du monde » capable, par exemple, d’estimer l’impact d’une baisse de certains droits de douane sur les prix, l’emploi, le niveau de vie, l’environnement…
A partir de ces simulations, le Moma souhaiterait la mise en place d’une agence internationale d’évaluation et de notation. Une nouvelle institution de régulation des marchés qui distribuerait des bonnes ou mauvaises notes aux différents pays selon qu’ils respecteraient, ou non, des règles édictées et reconnues par tous. « Cette nouvelle institution, en complément des actions conduites par l’OMC et la FAO, serait chargée de promouvoir un libéralisme « responsable », précise Pierre Pagesse.
(1) OCDE : Organisation pour la coopération et le développement économique
(2) FAPRI : Institut de recherche américaine sur les politiques agricoles (Universités de l’Iowa et du Missouri-Colombia).


 

Rééquilibrer les règles en faveur des pays les plus pauvres
« Le rôle de l’OMC n’est pas d’imposer un seul modèle d’agriculture à ses 150 pays membres. Il n’est pas non plus de définir les normes agricoles pour les produits ou les processus de production, ou de savoir comment les gouvernements doivent subventionner les agriculteurs pour protéger l’environnement. L’OMC ne regarde que les questions liées au commerce ». Doaa Abdel Motaal, conseiller au cabinet de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, reconnaît que « l’OMC n’est pas une organisation parfaite ». Selon elle, « c’est pour cela qu’un nouveau cycle de négociation », appelé « programme de Doha pour le développement », a été lancé. « Ce nouveau cycle essaye, en particulier, de corriger les problèmes identifiés par les pays en développement et les pays les moins avancés et de rééquilibrer les règles en leur faveur ». Pour Doaa Abdel Motaal, « le fait que les négociations de l’OMC soient suspendues ne signifie pour autant qu’il faille les enterrer. Au contraire, il y a des propositions très concrètes sur la table. Si elles devaient disparaître, ce sont les pays en développement qui en paieraient le prix ». Pour que les négociations redémarrent, « il faut un changement de position de la part des Etats-Unis sur le soutien interne, et de la part des grands pays émergents comme le Brésil et l’Inde sur le pilier accès au marché, où ils demandent beaucoup d’exceptions ».
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