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Enseignement agricole
Mettre l’énergie au cœur des projets de l’enseignement agricole

Les directeurs des exploitations des lycées agricoles de toute la France, réunis à Sées (Orne), ont axé leur 5ème rencontre sur la production et l’économie d’énergie. Contexte.

Vous devez être des pionniers et une vitrine. Le défi pour le siècle à venir est lourd à relever. Il faut faire preuve d’initiatives. Être des locomotives ». C’est en ces termes, que les 200 directeurs des exploitations liées aux lycées d’enseignement agricole ont reçu le message, la semaine passée à Sées (Orne), de la part de Maryline Laplace, la conseillère technique du ministre de l’Agriculture, ou d’Henri-Hervé Bichat, président d’Europôle-Agro. Une incitation à travailler dans des projets liés aux économies et à la production d’énergies renouvelables. Le lieu était bien choisi. Le lycée de Sées, très engagé dans le développement durable, vient d’inaugurer sa nouvelle exploitation agricole. Le contexte actuel est connu de tous. Il est cependant rappelé par Henri-Hervé Bichat : « Des réserves pétrolières, il en reste pour quarante ans… Face à cela, les alternatives technologiques nouvelles ne sont pas disponibles immédiatement ». La biomasse, c’est une solution : mais la densité énergétique à l’hectare reste limitée. Autre contrainte : « avec une population terrestre de 9,5 milliards d’hommes en fin de siècle, il faudra produire deux fois plus d’aliments agricoles ». D’où la question fondamentale : produire ou non du non alimentaire ? Le cadre est posé : « Ce sont des défis considérables, et une source de stimulations » et d’ajouter : « La valorisation de la biomasse est à l’ordre du jour à travers les filières longues (bioraffineries) et courtes (de l’autonomie énergétique des exploitations au développement de schémas territoriaux énergétiques durables, à partir des ressources locales et en lien avec les intercommunalités». Enfin, chaque action, courte ou longue doit se raisonner globalement : la valorisation énergétique doit comptabiliser le coût transport et répondre à un ensemble d’objectifs sociétaux parfois contradictoires (exploitation d’une forêt et approche touristique, production intensive et biodiversité). « Ce que je conseille aux ateliers pédagogiques de l’enseignement agricole, c’est de penser globalement et d’agir localement. Quant à la compétitivité de ces actions face par exemple au Brésil, capable de produire à très bas prix du bioétahnol, H-Hervé Bichat précise : « Ce pays aura toujours une rente de situation. Mais à côté, existe un large champ de compétitivité car la demande est là et elle dépasse les capacités du seul Brésil. »

Un réseau
Mais plus que d’initier des projets dédiés : «le volet énergétique et la démarche agriculture durable doivent être au cœur de tous vos projets. Approfondir la thématique énergétique vous permet de tisser des liens sociaux. Enfin, il vous faudra développer ensemble des réseaux de compétences, mutualiser vos avancées et les diffuser. » Ce réseau de références, Maryline Laplace y fait également allusion : «les exploitations agricoles d’application sont l’élément déterminant de l’exception culturelle que constitue l’enseignement agricole. L’enseignement agricole doit réconcilier et faire cohabiter économie et pédagogie. » Sur ce volet de l’énergie, thème habilement choisi pour ces rencontres, selon Maryline Laplace, une réserve cependant : « c’est un sujet bouillonnant, parfois propice à trop d’emballements ». Elle met ainsi le doigt sur les coûts élevés des projets. En conclusion : « Pour tout ce qui est valorisation de la biomasse, l’enseignement agricole devra suivre et mettre en place des formations initiales et professionnelles et cela, idéalement, très vite ».

Le point sur… Projets et limites

Les rapporteurs des différents ateliers organisés sur ces journées ont mis en évidence les problématiques posées par la création de projets de production ou d’économie d’énergie. Principale évidence : la question d’éthique est fondamentale, d’autant plus qu’il faudra l’aborder de façon pédagogique avec les élèves.

Les circuits courts
Brûler de la paille, oui, mais brûler du blé ? est-ce « socialement » possible ? (et pourquoi pas brûler le blé déclassé par la nouvelle réglementation sur les mycotoxines ?). Autre question soulevée : celle du temps de mise en place d’un projet avec des partenaires territoriaux et la recherche de financements : « parfois 7 à 8 ans sur une exploitation individuelle. Or nous sommes contraints au résultat et n’avons pas le droit à l’erreur ! » Point positif : un projet tel qu’installer une presse à huile sur l’exploitation d’un lycée agricole permet de faire évoluer l’image de l’établissement.


Les circuits longs
Au delà des biocarburants, les cultures dédiées intéressent de plus en plus certaines industries souhaitant diversifier leurs approvisionnemens énergétiques. De nouvelles cultures dédiées à la production de biomasse pourraient procurer un gisement pour un carburant de 2e génération. Parmi elles, le myscanthus, le saule. Première contrainte dégagée : « Créer une culture dédiée engendre une notion de contractualisation ». Autre limite : «des cultures pérennes bloquent l’assolement ».


Audit énergétique
« Planète » est un outil de diagnostic énergétique « qui ne pose pas de questions d’éthique » Le système a cependant ses limites : « il ne s’applique pas à certains secteurs comme l’horticulture ». Autre : « il ne comptabilise pas l’énergie humaine ». Points positifs décrits par l’atelier : « cet outil permet de travailler en réseau et de tracer les évolutions »

Zoom sur Bernard Lachal, physicien (Université de Genève) : « une filière complexe »

Bernard LACHAL est «Energicien». Ce professeur de l’Université de Genève a présenté son approche des systèmes de production d’énergies renouvelables. Pour lui, les filières énergétiques (du producteur au consommateur) doivent être le plus rationnelles possibles : « produire de l’énergie en en consommant le moins possible ». D’où le recours au renouvelable. « Or, cette énergie coûte chère aujourd’hui, car une maturation des technologies doit s’opérer ». Plusieurs réalisations en Suisse replace les énergies renouvelables, et tout spécialement celles issues des activités agricoles, dans un contexte territorial (biogaz, biocarburant et réseau de chauffage à paille). « De mon point de vue, la principale contrainte est de concilier la complexité : production agricole, sécurité alimentaire, environnement et production d’énergie ». Le conseil donné aux établissements agricoles français : « Raisonner localement et bien gérer la taille de l’outil. Rien ne sert de voir trop grand et de devoir, par exemple pour faire fonctionner un investissement, acheter de la matière première trop éloignée ! Il faut savoir où mettre le curseur » Enfin : « Des pionniers ont essuyé les plâtres. Il faut se servir de ces retours d’expériences ».

Biomatériaux

Claire Hubert est sous directrice du RIC : appui recherche et développement à l’enseignement agricole. « Il n’y a pas que la bioénergie. Il faut également penser biomatériaux. La bioénergie étant l’utilisation des sous-produits de cette première industrie. »
Elle pense également à l’intégration dans les réseaux des établissements d’agriculteurs
pionniers, extérieurs à l’enseignement.

 

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