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Interview de Thierry Boulleau, animateur au SIDAM*
“Maintenir le potentiel de production”

Comment se situe la production laitière du Puy-de-Dôme par rapport à l’ensemble de la France ? En France, on compte aujourd’hui près de 91 000 producteurs laitiers dont 2 000 sont situés dans le Puy-de-Dôme.

Thierry Boulleau, animateur au SIDAM
En terme de références, la moyenne nationale s’élève à 240000 litres alors que dans le département elle s’établit péniblement à 161 000 litres. En un mot, nous détenons la moyenne référentielle la plus faible ! Ceci étant, le nombre d’installations en production laitière se maintient voire même progresse dans le Puy-de-Dôme et plus largement dans le Massif central. Elles représentent en effet 40 % dans la région sur plus de 1 000 DJA en 2006.
 
Et quelles formes revêtent ces installations ?
Les exploitations individuelles représentent encore les 3/4 des producteurs du Puy-de-Dôme contre moins de la moitié en France. Cela n’est pas sans conséquences sur les conditions de travail, sur le montant des investissements à réaliser. Ceci étant, dans notre région la majeure partie des installations laitières se font aujourd’hui dans un cadre sociétaire.


On dit que malgré des systèmes économiques efficaces, le revenu des producteurs laitiers du Massif central est le plus faible comparé aux producteurs des autres régions. Comment expliquez-vous cela ?
C’est vrai qu’il existe un paradoxe entre nos systèmes de production qui, économiquement, sont pertinents, et de l’autre côté, un revenu moyen par actif qui reste faible. Il faut savoir que dans le Massif Central, pour sortir un euro de production, il faut investir trois euros.
A l’inverse, dans des pays com-me les Pays-Bas ou l’Irlande, très souvent cités comme exemples en matière de réussite laitière, il faut investir quatre fois plus pour extraire un euro de produit.
Au Pays-Bas, c’est le système des quotas payants (près d’1,5 euro par litre) qui alourdit les coûts de production. Les producteurs hollandais passent leur vie à travailler pour rembourser l’achat de leurs quotas… Je ne crois pas que ce soit le modèle le plus fiable à long terme.


Et comment expliquez-vous alors la faiblesse du revenu des producteurs du Massif central ?
Il y a trois facteurs :
Le premier tient à une productivité par actif plutôt faible par rapport aux autres zones laitières ; le quota par UTAF est de 113 600 litres dans le Massif central, il est de 201 300 l en plaine et de 215 300 dans l’ouest. Cela s’explique par les handicaps naturels et par le fait que nous sommes aujourd’hui au bout du système extensif. J’insiste sur ce point en soulignant que les systèmes laitiers du Massif central sont les plus extensifs de l’Europe. Nous sommes dans une moyenne de 1,1 UGB/ha de SFP contre 1,8 dans l’Union européenne et 1,5 en France. S’il fallait extensifier encore plus, cela constituerait un point de non retour pour la production régionale.
Le deuxième facteur, c’est un prix du lait qui n’arrive pas à se différencier du prix moyen national alors que nous disposons de six AOC fromagères et d’un secteur de transformation performant, marqué par une forte spécificité fromagère. 75 % du lait du Massif central sont en effet transformés en fromage (84 000 tonnes) et près de la moitié sont des AOC.
Prenez l’exemple de la Franche Comté, cette région a su valoriser son lait 20 % au dessus du prix de base des autres régions. Pourquoi ? Parce que l’essentiel de la production repose sur une AOC dont la qualité et la quantité mise sur le marché, sont maîtrisées. Nous, nous avons six AOC dont il est difficile de coordonner les politiques entre elles. Pensez que dans certains secteurs du Puy-de-Dôme ou du Cantal on peut faire 5 AOC différentes avec le lait d’une même exploitation sans que celui-ci soit valorisé au dessus de la moyenne nationale ! Il faudra lancer une vaste réflexion sur la cohérence de notre système. D’autre part, il existe d’autres possibilités de valorisation pour notre lait que les AOC, comme les produits montagne voire les marques d’entreprises. Aucune voie ne doit être négligée.
Enfin, la troisième raison, c’est l’existence de compensations qui ne compensent pas ! En un mot, la PAC soutient mieux les productions de plaine que celles de montagne. Le revenu moyen par unité de main-d’œuvre dans le Massif Central est de l’ordre de 15 000 euros. En Bretagne, zone de production de beurre et de poudre de lait, il est supérieur à la moyenne nationale soit
22 000 euros. Les soutiens de la PAC jouent un grand rôle dans cet état de fait. Le soutien aux systèmes herbagers est très insuffisant et, de plus, soumis à des contraintes environnementales de plus en plus fortes. Cela crée de véritables distorsions de concurrence entre les zones d’élevage intensives et les zones extensives de montagne ou défavorisées.


La baisse du prix du lait est-elle, selon vous, une fatalité ?
Non certainement pas ! Tout indique aujourd’hui que le prix du lait ne devrait pas baisser plus. Le prix est fonction de plusieurs paramètres : de la demande mondiale –or, tout le monde sait aujourd’hui les besoins croissants de pays tels que la Chine ou l’Inde- de la production, de l’équilibre entre les différentes productions, de la capacité de valorisation en utilisant la segmen- tation du marché et de l’efficacité de la politique européenne en matière de préférence commerciale.
Sur le plan européen, le plus gros de la réforme est passé, la collecte est aujourd’hui stabilisée, la consommation du fromage augmente et de nouveaux marchés s’ouvrent avec les nouveaux pays entrants (les PECO). La baisse du prix n’est donc plus une fatalité.


A propos de la réforme de la PAC, pensez-vous que le découplage des aides puisse conduire à une déprise laitière ?
Non je ne le crois pas ; et d’autant moins dans notre région où la production laitière est ancrée au territoire. Le Massif central n’a pas d’autres choix que de produire du lait car les possibilités de reconversion vers d’autres productions sont minimes. Il y aura de la déprise laitière dans les régions où l’on peut faire d’au-tres choix.


Quel est votre sentiment sur l’avenir des soutiens de la PAC ?
Avant de répondre à la question, je poserai le préalable suivant : l’avenir de la compétitivité des exploitations et des filières du Massif central, et du Puy-de-Dôme en particulier, passe inévitablement par des soutiens équilibrés. Or, ce n’est un secret pour personne, dans le Massif central, le niveau de soutien par actif (y compris les compensations de handicaps naturels permanents) est nettement inférieur à celui d’autres régions. Nous devons nous pencher sur les compensations octroyées aux systèmes herbagers qui ne permettent pas d’assurer la compétitivité de nos exploitations tout en imposant des contraintes de plus en plus fortes. Quant à l’avenir des quotas, la Commission veut mettre leur suppression anticipée sur la table des négociations à l’occasion du bilan de santé de la PAC de 2008. La question qui se posera alors est de savoir quand ils seront supprimés ? Par quoi les remplacer ? Il faudra réfléchir à des systèmes de contractualisation entre la production et la transformation. Il y a eu une vie avec les quotas, il y en aura une autre sans les quotas. L’important pour nous est de ne pas perdre le potentiel de production de la région.
Après 2013, les soutiens à l'agri-culture vont indéniablement évoluer. Certains seront peut-être destinés à aider les agriculteurs à se prémunir contre les aléas climatiques et du marché, d’autres seront attribués aux handicaps naturels ou aux fonctions non marchandes de l’agriculture (agri-environnement, emploi, aménagement du territoire…).
Mais de nouvelles logiques de soutien pourraient également voir le jour, c’est la voie que préconise le MOMA (Mouvement pour une Organisation Mondiale de l’Agriculture).
 

Mais alors, quelles orientations doivent prendre les laitiers du Puy-de-Dôme pour l’avenir de leur production ?
Malgré des difficultés à surmonter (faible revenu, besoin de modernisation des outils, insuffisance de formes sociétaires d’exploitations, peu de possibilité de reconversion…) la production laitière de la région a des atouts à faire valoir : ses producteurs sont plutôt jeunes et bien formés, son système de quotas, attaché au foncier, est pour l’heure un signe de stabilité. Elle bénéficie, par ailleurs, de réelles possibilités de différentiation et d’outils de transformation performants. Enfin, elle évolue dans un environnement préservé et reconnu.
A nous de faire valoir ces atouts. L’avenir appartient aux producteurs du Massif si on sait valoriser nos produits, moderniser nos outils de production, préserver nos filières, travailler en commun et défendre les soutiens.
Le véritable enjeu pour le Massif central est de maintenir la production laitière à travers la dynamique d’installation mais sans soutiens dignes de ce nom, nous n’installerons plus de jeunes dans nos montagnes. Alors à nous d’être vigilants !


* Service Interdépartemental d’animation du Massif central

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