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Irrigation
L'irrigation puydômoise de plus en plus contrainte

Dans un contexte où la production agricole revient sur le devant de la scène comme un enjeu stratégique pour l'autonomie du pays, la nouvelle campagne s’ouvre avec quelques changements de taille pour les irrigants individuels et collectifs.  

L'efficience de l'eau est la première préoccupation des agriculteurs ; pourtant la méthode rencontre de plus en plus d'opposants.

Les réseaux d'irrigation s'apprêtent à ouvrir dans le Puy-de-Dôme. Une nouvelle campagne marquée d'ores et déjà par l'accumulation des contraintes pour les irrigants.

La gestion volumétrique

La gestion volumétrique est la grande nouveauté de cette campagne. Jusqu'à maintenant, chaque irrigant avait un droit à débit en m3/h dans le cours d'eau où il prélevait. Désormais, ce droit, toujours valable, est conditionné d'un certain volume à ne pas dépasser.
Cette gestion volumétrique découle du texte de la loi sur l'eau de 2003 "selon les dires de la DDT" souligne Bertrand Nicolas, élu de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme, en charge du dossier eau. Cette obligation devait être complétée par des décrets et arrêtés pour définir la méthode de calcul permettant de fixer les volumes prélévables dans un cours d'eau, sans que cela n'affecte le fonctionnement de son milieu. Or rien n'est encore fait. Sur les petits cours d'eau, des volumes ont été donnés à titre indicatif. Sur la rivière Allier, le Comité de bassin via l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, n'a pas attendu les modalités d'application pour déterminer sa propre méthode de calcul. "La profession s'est rapidement saisie du dossier. Les négociations ont été très difficiles. Nous avons été confrontés à une Agence refusant de répondre à toutes nos attentes -comme toujours d'ailleurs- et de retenir le volume prélevé dans l'Allier en 2019."
Un compromis a néanmoins été trouvé et correspond à un volume inférieur à celui de 2019. "C'est insuffisant en ce qui nous concerne."

Comment ça marche ?

Désormais, irrigants individuels et collectifs de l'axe Allier sont soumis à cette gestion volumétrique en plus de la gestion de débit. Les agriculteurs doivent donc raisonner leurs apports d'eau selon ces deux contraintes. "Si j'ai épuisé tout mon volume mais que j'ai encore du débit,  je ne pourrai plus irriguer ! Si je n'ai plus le débit mais encore du volume,  je ne pourrai pas irriguer non plus !"
Dans le cas des réseaux d'irrigation collectifs, " un volume global a été alloué à chaque ASA qui a la charge en interne de le répartir entre chaque irrigant" explique Philippe Aymard, vice-président de l'ADIRA.
Dans le cas des irrigants individuels, la détermination des volumes a été plus complexe. La Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme a proposé une "répartition des volumes la plus homogène possible et la moins pénalisante (...) nous avons dû faire des choix pour soutenir les irrigants mais aussi péréniser les nouvelles installations. Cette répartition découle de négociations difficiles et contraintes (...) nous sommes parfaitement conscients que ces volumes ne sont satisfaisants pour personne" témoigne Bertrand Nicolas.

Une nouvelle gestion complexe

Bien que 2022 soit une année expérimentale pour la gestion volumétrique, cette nouvelle obligation compléxifie le pilotage de l'irrigation. Philippe Aymard craint de voir les irrigants faire des concessions sur leurs cultures. "Dès le mois d'avril, je vais me poser la question de savoir si j'irrigue le blé ou si je garde mon volume pour irriguer les maïs et me prémunir d'une hypothétique sécheresse... Nous ne sommes pas devins ! Cette nouvelle contrainte risque certaines années de nous obliger à choisir quelle culture privilégier par rapport à une autre, et donc d'accepter des pertes de rendements."
Selon le vice-président de l'ADIRA, la gestion volumétrique de l'irrigation va donc contraindre naturellement les agriculteurs à réduire l'utilisation de l'eau par crainte d'en manquer.
Une aberration pour l'agriculteur qui rappelle les progrès réalisés par les professionnels pour une meilleure efficience de l'eau. " Toutes les ASA ont été rénovées et de nombreux pivots ont été acquis grâce au soutien de la Région et du fonds Feader. L'eau n'est pas gaspillée!" martèle-t-il. Baptiste Arnaud, président des irrigants individuels du Puy-de-Dôme appuie les propos de son confrère en rappelant : "l'irrigation permet d'alimenter nos outils agroalimentaires et de pérenniser nos marchés locaux (...) elle rend notre agriculture plus résiliente".
Alors pourquoi une telle mesure restrictive, qui plus est dans un contexte gouvernemental favorable à l'irrigation ? "C'est un paradoxe... Nous n'avons pas la réponse" témoigne Bertrand Nicolas. Profondément marqué par la mise en place de cette obligation, l'élu de la Chambre d'agriculture ne décolère pas. "La volonté politique est de soutenir l'agriculture française mais l'administration (Agence de l'eau, DREAL,  ministère de l'Ecologie...) ne pense qu'à nous mettre des bâtons dans les roues et à nous diviser." Bertrand Nicolas fait ainsi référence à la manière dont les administrations incriminées ont "jeté le bébé avec l'eau du bain" dans les bras des professionnels. "Nous avons dû nous débrouiller seuls. Ils décrêtent et nous devons faire ! Si ce n'est pas diviser pour mieux régner..."

L'arrêté cadre sécheresse

Mis en place par la Préfecture l'année dernière, il est toujours d'actualité. L'arrêté cadre sécheresse détermine pour l'année, les conditions de gestion de l'eau pour l'ensemble des usagers du département, en cas de sécheresse. L'arrêté puydômois fixe différents seuils par territoire :  vigilance, alerte, alerte renforcée et critique. Ces derniers obligent la réduction de l'irrigation (-25% en alerte, -50% en alerte renforcée et arrêt total en crise) pour préserver la ressource. L'arrêté encadre ainsi la mise en place de tours d'eau jusqu'ici enclenchés et gérés par les agriculteurs eux-mêmes. Cet arrêté a redécoupé dans le même temps, les 7 zones hydrographiques du Puy-de-Dôme pour en créer 11. Ce redécoupage sous-entend par conséquent une surveillance accrue à la fois sur la rivière Allier mais surtout sur les cours d'eau annexes tels que le Bédat, la Sioule, l'Ambène, la Morge... " Il est important de préserver la ressource mais attention à ne pas avoir aussi faim que soif ! L'eau est aussi là pour assurer une certaine production" appuie Baptiste Arnaud.

Les projets en cours

La Chambre d'agriculture et l'ADIRA accompagnent une vingtaine de dossiers pour la création de retenues hivernales individuelles et collectives. "Plusieurs zones sont clairement identifiées" souligne Bertrand Nicolas avant d'ajouter que "la Limagne n'est pas la seule concernée". Ces réalisations peuvent voir le jour uniquement parce qu'elles sont portées par un ou des agriculteurs motivés comme le rappelle Philippe Aymard. " L'ADIRA et la Chambre sont des facilitateurs pas des faiseurs. Ces projets sont durs et lourds mais ils participent à structurer et préserver l'agriculture puydômoise de demain. Les agriculteurs doivent se motiver et prendre leurs projets en main."
Plus localement, un projet de transfert est en cours sur un secteur régulièrement en difficulté. "Il consiste à déplacer de façon ponctuelle les pompages du Bédat et de l'Ambène sur l'Allier. L'idée est de limiter l'impact de l'irrigation sur ces cours d'eau non réalimentés" explique Baptiste Arnaud.

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