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ÉPIZOOTIE
Les volailles fermières d'Auvergne face à l’Influenza aviaire

Après un épisode 2021-2022 dévastateur ; 1 400 cas, plus de 20 millions de volailles abattues, l'épizootie d'influenza aviaire se poursuit cet automne, menaçant les filières volailles d'une nouvelle crise majeure.   

Poussins

Avant un hiver à haut risque sanitaire, le scénario redouté par les aviculteurs prend forme : l'influenza aviaire est en passe de devenir endémique en France. Contrairement aux années précédentes, le virus n'a pas cessé de circuler durant l'été, avec de très nombreux cas en faune sauvage. Depuis le 11 novembre, la protection des élevages est renforcée et les mesures de prévention sont généralisées avec notamment la mise à l’abri de toutes les volailles, sur l‘ensemble du territoire. Au 16 novembre, 60 foyers en élevages sont dénombrés quand le premier cas de l'an dernier avait été observé le 27 novembre. Dès lors, la question n'est plus seulement de lutter contre la maladie, mais de s'organiser pour continuer à produire. La vaccination, en cours d'expérimentation en France sur les canards, est attendue au mieux pour l'automne 2023.

AuRA sauvée par sa faible densité d'élevage de volailles ?

L'Auvergne-Rhône-Alpes a été épargnée par la grippe aviaire l'hiver dernier mais la maladie n'en demeure pas moins une épée de Damoclès. "Nous ne sommes pas à l'abri de connaître une contamination" avoue Patricia Nifle, directrice du Syvofa, syndicat de défense des volailles fermières d'Auvergne, avant d'ajouter "le virus circule moins rapidement dans notre région du fait de la faible densité des élevages". Les grands bassins de production, lourdement touchés à chaque épizootie, s'attèlent justement à dédensifier la production face à l'endémisation de la grippe aviaire sur le territoire. La réponse à court terme des filières canards gras et volailles de chair passe par le plan Adour, mis en place cet hiver dans le Sud-Ouest. Le principe ? Un « vide sanitaire synchronisé » du 15 décembre au 15 janvier dans les 68 communes les plus denses de la zone, rappelle Marie-Pierre Pé, la directrice du Cifog (interprofession du foie gras). Un plan qui, espère-t-elle « permettra d'éviter un nouvel épisode dans le Sud-Ouest ». Dans son rapport de juillet, l'Anses appelle à aller encore plus loin, estimant que « la diminution durable de la densité des élevages de canards dans certaines zones est un objectif structurel à moyen-long terme ». Tout en mettant en garde contre le « risque de déconcentrer par endroits pour concentrer dans d'autres ».
En volailles de chair, contrairement aux accouveurs et sélectionneurs, l'hypothèse de déplacer des élevages de production n'est aujour- d'hui « pas envisagée » du côté d'Anvol.

La concentration génétique fragilise les volailles auvergnates

La poursuite de la production de volailles nécessitera de la part des producteurs, une rigueur sanitaire et une adaptation des pratiques. Les éleveurs de volailles fermières d'Auvergne ont ainsi réaménagé leurs bâtiments pour améliorer le bien-être de ces animaux de races rustiques. "Les races que nous utilisons sont plus nerveuses que d'autres. Elles ont besoin d'aller en extérieur et la mise à l'abri conduit systématiquement à des comportements de piquages. Les éleveurs ont donc multiplié les perchoirs, entre autres" explique Patricia Nifle. Ces mêmes volailles sous Label Rouge et bio, élevées exclusivement en plein air, bénéficient d'un assouplissement de la réglementation. L'arrêté du 29 septembre 2021 autorise à ces volailles, lorsqu'elles ont plus de dix semaines, de sortir en parcours (réduit), du 15 novembre au 15 mars, mais « exclusivement pour des questions de bien-être animal, après réalisation d'une visite vétérinaire et autorisation de la DDSPP » souligne Patricia Nifle.
Bien qu'épargnées jusque-là par la grippe aviaire, les volailles fermières d'Auvergne ont toutefois subi les déséquilibres de la filière induits par la maladie. D'une part les demandes ont explosé : "nous avons soutenu les bassins très touchés en réorientant une partie de notre offre sur ces territoires".  D'autre part, la production auvergnate a rencontré des difficultés d'approvisionnement en poussins. "Notre fournisseur principal est dans l'Allier, à Saint-Germain-de-Salles mais nous devons faire appel à d'autres accouvoirs, notamment en Vendée, pour compléter notre demande. Or, sanitairement, faire venir des poussins d'une zone contaminée vers une zone saine est très compliqué" explique Patricia Nifle.
Le maillon sélection-accouvage de l'élevage de volailles en France (chair, œufs, foie gras...) est concentré dans les Pays de la Loire. Lourdement touché au printemps dernier, c'est toute la sélection génétique avicole qui s'est retrouvée en sursis. La priorité des filières avicoles est désormais de « préserver le cœur du réacteur » résume Yann Nedelec, le directeur d'Anvol (interprofession des volailles de chair) notamment en déconcentrant cette génétique.

 

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