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« Les plus gros vont maigrir, les moins gros vont mourir »

Sur l'exploitation de Franck Rougier, éleveur à Orléat dans le Puy-de-Dôme, les responsables de la FNB ont redit, mardi, l'urgence d'une remontée des cours de l'ordre d'un euro du kilo.

Les responsables professionnels de la FNB réunis sur l'exploitation de Franck Rougier à Orléat.

À force de faire et refaire ses comptes, Franck Rougier en est arrivé à l'inéluctable conclusion : cette année, il arrivera à peine à se sortir un Smic. Une sentence qui malheureusement sera la même pour bon nombre d'éleveurs en cette nouvelle année noire pour l'élevage. Les investissements, n'en parlons même pas, ils sont évidemment à l'arrêt. Pourtant, l'exploitation de Franck Rougier, située du côté d'Orléat à l'est du Puy-de-Dôme, « elle a tout tout pour bien aller » : des investissements de départ loin d'être extravagants, un troupeau de Charolais essentiellement engraissés dans différents circuits histoire de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier, un travail sur la génétique relativement poussé pour améliorer les coûts de production, une recherche perpétuelle d'autonomie fourragère avec notamment la récupération de cornflakes « déclassées » de l'usine thiernoise Brüggen. Sauf que depuis plusieurs années l'élevage multiplie les tuiles. À force d'être fragilisé, le secteur pourrait bien faire sombrer dans son sillage de nombreuses exploitations y compris les plus performantes, comme celle de l'éleveur puydômois. Cette année, les coups ont été particulièrement sévères. La sécheresse a amputé les stocks fourragers. « Je me suis battu tout l'été pour sauver mes maïs. J'ai fait au moins douze tours d'arrosage. Aujourd'hui, si on me dit que nous n'avons pas été touchés par la sécheresse et que nous ne sommes donc pas éligibles aux fonds de calamités, c'est que les gens ne sont pas sortis de leur bureau », témoigne l'éleveur dont l'exaspération est à la mesure du temps qu'il passe sur son exploitation pour lui assurer un avenir : immense.

Le juste prix, c'est possible

Aujourd'hui, l'achat de fourrages supplémentaires induit par la sécheresse va lui coûter 15 000 euros en plus. Des dépenses imprévues, évidemment, qui pourraient être plus facilement absorbées si les prix étaient au rendez-vous. Mais là aussi, Franck Rougier déplore un manque à gagner de l'ordre de 30 000 euros : « Je vends 150 animaux de boucherie par an qui en moyenne font 400 kg par carcasse. Il me manque un euro du kilo pour arriver à prendre en compte tous les coûts de production. » L'épisode FCO a fini de tendre les prix. L'éleveur concède « qu'avec les animaux destinés aux bouchers et aux grossistes, il s'en sort, ce qui est loin d'être le cas pour les animaux destinés aux grandes surfaces ». Preuve que payer le prix des bêtes aux éleveurs à leur juste valeur c'est possible. Non seulement c'est possible, mais c'est l'objectif syndical que s'est fixé la fédération nationale bovine dans la feuille de route établie en juin dernier. « En 15 ans, le prix de la viande à la consommation a augmenté de 62%, les coûts de production des éleveurs de 58% et les prix payés aux producteurs de seulement 10% », rappelle Jean-Pierre Fleury, président de la FNB. Pour lui comme pour les responsables syndicaux départementaux, l'éleveur ne peut plus être la variable d'ajustement d'un système à bout de souffle.

Un euro de plus

« Les engagements pris le 17 juin ne sont pas respectés. C'est ce qui a motivé les actions récentes de la FNB en direction des produits du groupe Bigard », explique Pierre Vaugarny, secrétaire général de la FNB. Aujourd'hui, pour sortir de l'ornière, les responsables professionnels veulent opposer à la logique de minerai, seul dialecte entendu par l'aval, celui de la traçabilité et de la segmentation, seuls capables de générer de la valeur ajoutée. « La filière s'obstine à vouloir transformer la viande issue du troupeau des races à viande en minerai. C'est une erreur, et c'est en cela que nous disons que la filière est incapable de générer de la valeur car nos races constituent une richesse. Les consommateurs sont demandeurs. » Au rythme où va la crise et sans remontée sensible des cours, de l'ordre d'une euro du kilo, Jean-Pierre Fleury est pessimiste : « Sur les 80 000 exploitations d'élevage, 10 000 pourraient déposer le bilan d'ici la fin de l'année. » De son côté, Franck Rougier a sa théorie qui prêterait à sourire si les circonstances n'étaient pas si dramatiques : « Les plus gros vont maigrir, les moins gros vont mourir. »

Sophie Chatenet

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