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Forêt
Les forêts de nos contrées se meurent

Les arbres dépérissent partout en France sous les effets du changement climatique et certaines essences historiques des massifs puydômois ne sont plus adaptées

Forêt qui dépérit de Celle-sur-Durolle, au cœur des Bois Noirs

jadis qui fut donné à ces forêts non loin de Thiers. Peuplées d'innombrables sapins, collés-serrés dont le soleil peine à traverser la ramure hérissée, elles ont pendant des decennies attisé autant les craintes que l'admiration des habitants alentours. Légendes et histoires sont nées entre leurs racines et une nouvelle s'écrit aujourd'hui : celle de leur possible disparition.


Sapin, roi des forêts noires


Les noires forêts de nos contrées sont en proies au mal du siècle qu'est le changement climatique. Pluies irrégulières et élévation des températures fragilisent ces géants les rendant vulnérables aux parasites. Sur les hauteurs de Celles-sur-Durolle, déjà 10 hectares de sapins ont été coupés, à blanc mais "plus de 50 ha de forêt sont menacés sur ce seul secteur" selon l'expertise de Marc Lafaye, technicien forestier au CNPF (Centre National de la Propriété Forestière). Sur ce versant Sud/Sud-Ouest à moins de 800 mètres d'altitude, le sapin pectiné était jusqu'à lors le roi incontesté de ces bois. "Les bons sols limoneux sableux profonds" lui assuraient une implantation vigoureuse et pérenne tout comme les conditions climatiques. "En moyenne il tombe ici environ 1 200 mm par an."
Pourtant, partout dans le paysage forestier les mêmes images s'installent. Des sapins rouges voire nus de toute épine, squelettiques, voilà ce qu'il reste de ces géants sombres. Leur tronc et branches absents de toute vie sont les derniers témoins de leur présence avant que les coups de hâches ne mettent un terme à ce déclin. Alors que se passe-t-il dans nos forêts ? "Les sapins dépérissent sous l'effet d'une réaction en chaîne."


Des sécheresses successives


Le phénomène a débuté en 2015 après la succession des sécheresses estivales. Le sapin pectiné ne peut supporter, sur une décennie, que deux années de déficit hydrique pour un total de 150 mm. "Là nous sommes à cinq années de déficit en 5 ans avec un manque cumulé de 170 mm sur la période estivale."
A cela s'ajoute l'élévation des températures moyennes accentuant l'évapotranspiration et la sécheresse des sols. "Les pluies orageuses sont inutiles parce que sur ces pentes, l'eau n'a pas le temps de pénétrer les sols en profondeur. L'eau de surface ne profite pas aux arbres. La quantité de pluie sur une année reste sensiblement la même mais sa répartition, par à-coups, pose problème." Pire que les sécheresses d'été, celles d'hiver empirent la situation. Au repos durant la saison froide, les arbres et la végétation alentours puisent peu dans les réserves souterraines leur donnant la possibilité de se reconstituer. En l'absence de pluie ou encore de neige, cet avantage naturel est inutile. Les sols s'assèchent. "Ces plantations de sapins sont vieilles. Certaines sont entretenues et d'autres laissées à l'abandon. Lorsqu'une sapinière n'est pas jardinée, les arbres sont trop serrés créant une concurrence pour l'eau très importante. Ce problème structurel amplifie le phénomène de sécheresse."


Le système immunitaire des arbres en panne


"L'arbre est un être vivant" vous dira Pierre Faucher, président de Fransylva Puy-de-Dôme, Fédération des " Forestiers Privés de France ". Comme tout être vivant, le sapin affaibli est plus sensible aux attaques de ravageurs. L'un d'entre eux se repait de cette situation malheureuse : le scolyte. Ce miniscule coléoptère pénètre sous l'écorce des sapins pour creuser des galeries où pondre ses oeufs. Lors de l'éclosion, les scolytes naissant peuvent alors se nourrir de la sève sans aucune difficulté. "Ce sont ces réseaux sous écorce qui font mourrir les arbres parce que la sève n'est plus acheminée convenablement" explique le forestier. Le cycle de ces ravageurs se déroule durant le printemps. La réaction en chaîne se met alors en place jusqu'à devenir "un cercle sans fin" pour Marc Lafaye. "Les sapins sont armés pour repousser les scolytes puisqu'ils émettent de la résine quand leur écorce est blessée. Mais sans eau, moins de résine ; et moins de résine : plus de scolytes sous l'écorce. La sève, déjà peu abondante, est encore moins disponible pour l'arbre et ce dernier s'affaiblit encore davantage... Jusqu'à sa mort."


Des conséquences en cascade


La situation est d'autant plus préoccupante qu'hormis la coupe à blanc des parcelles touchées, aucune autre solution n'existe. "Les conséquences économiques sont dramatiques" témoigne Pierre Faucher car ceux qui exploitent aujourd'hui ces parcelles ne sont pas ceux qui les ont plantée. "Un arbre n'est pas planté pour soi, ni même ses enfants mais pour ses petits-enfants !"
Le contexte désespère davantage le forestier que la forêt d'Auvergne-Rhône-Alpes est la plus morcelée de France. Le Puy-de-Dôme a lui seul compte
120 000 propriétaires forestiers et la plupart ignorent qu'ils possèdent une parcelle. "La gestion des forêts est quasi inexistante à la différence d'autres pays. La forêt est le 2ème poste commercial déficitaire de la France après le pétrole ! A elle-seule, elle représente 10% du déficit de la balance commerciale française." Malgré l'attrait environnemental et économique qu'elle peut représenter, la forêt peine à encourager ses propriétaires à investir. Pourtant, face à son dépérissement, la question devrait être au coeur des débats. "A terme, on pourrait avoir des forêts d'arbres morts. Environnementalement il faudra m'expliquer l'intérêt " s'emporte Pierre Faucher.


"Le sapin n'a plus sa place ici"


Pour ceux qui jardinent la forêt, comme ici sur les hauteurs de Celles-sur-Durolle, le dépérissement des arbres est une catastrophe. Marc Lafaye suit le dossier d’un propriétaire depuis sa demande de coupe il y a cinq ans. "Devant l'état de ses arbres, il n'avait pas le choix." Là où des sapins auraient pu être utilisés pour du bois d'oeuvre ou d'ameublement, ceux-ci vont partir vers le destin plus funeste du bois de chauffage. Dans le lot certains arbres avaient près de 100 ans. Leur tronc couché au sol présentent des signes de souffrance qui ont entamé jusqu'à leur coeur. "La perte économique pour le propriétaire est considérable. Elle est d'autant plus importante qu'il a l'obligation de replanter après une telle coupe. L'investissement s'élève à plus de 4 000€/ha."
Là où les centenaires se dressaient, de jeunes pousses ont pris leur place sur plus de 10 ha. Le roi sapin pectiné est remplacé par des douglas. "Devant l'ampleur du dépérissement partout sur le territoire, nous sommes arrivés à la conclusion que le sapin n'a plus sa place ici. Il nous faut alors réintroduire d'autres essences, capable d'endurer les conditions climatiques de demain. Nous travaillons pour les 60 prochaines années." Le douglas d'ordinaire installé dans les zones de piémont, se trouve désormais à près de 800 mètres d'altitude. De de fait, le technicien forestier témoigne se poser beaucoup de questions sur "le devenir des arbres de piémont et de plaine face au changement climatique".
Ce dépérissement n'a pas lieu dans la simple couronne des Bois Noirs mais partout dans le Puy-de-Dôme, en région, en France et même en Europe. "Les forêts de sapins et d'épicéas sont les plus concernées. Depuis 2018, le grand quart Est de la France, l'Autriche, l'Allemagne et même les pays Scandinave réalisent de grosses coupes de bois pour tenter de préserver leurs forêts." Les résineux sont les plus lourdement touchés par le phénomène mais il semble malheureusement s'étendre. Marc Lafaye a ainsi observé des "dépérissements importants" dans les chênais de l'Allier.

 

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