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Interview
« Les difficultés en lait bio pourraient durer deux ou trois ans »

Dans un marché du lait bio « difficile », Lactalis veut travailler sur des contrats permettant de distinguer le prix du lait bio et celui du lait déclassé en conventionnel. Fabien Choiseau, directeur approvisionnements lait chez Lactalis n'attend pas d'embellie avant « deux ou trois ans».  

Fabien Choiseau, directeur approvisionnements lait chez Lactalis précise que le groupe a cessé d'accompagner les conversions en bio dès 2020.

Comment percevez-vous la conjoncture sur le marché bio ?
« Nous restons dans une situation difficile, avec une consommation en baisse de 10 % pour l'ensemble des acteurs, alors que les conversions continuent à augmenter. Dans le même temps, la grande distribution tend à diminuer le nombre de références bio dans les rayons. Ce coup d'arrêt est multifactoriel : il y a certainement un effet de l'inflation dans cette conjoncture, mais le consommateur ne s'y reconnaît plus forcément entre le bio et les alternatives types lait de pâturage. L'enjeu pour nous est de défendre les promesses du bio. »
Face à cette baisse de demande, votre stratégie en termes de prix a-t-elle évoluée ?
« En maintenant les prix du lait bio cette année, nous proposons l'un des prix les plus élevés en France. Maintenant, le sujet est d'aller chercher des hausses auprès de la grande distribution, au titre de la matière première agricole et également au titre de nos propres charges. Les producteurs bio ont bien subi des hausses, même si elles peuvent être moins élevées que celles du conventionnel. Ils sont aussi inquiets sur la valorisation des filières avec l'écart qui s'est réduit entre le prix du lait bio et du lait conventionnel passant de 13€ auparavant, à 40€ actuellement. »
Pourriez-vous envisager de réduire le volume collecté ?
« Nous collectons actuellement 250 millions de litres auprès de 650 producteurs liés à une organisation de producteurs (OP Bio Seine et Loire et OP Bio Grand Est) ou deux coopératives partenaires (Ucanel et Unicoolait). Le volume collecté atteignait environ 200 millions en 2019. Considérant que le marché était porteur, nous avons accompagné les conversions, mais nous nous retrouvons aujourd'hui avec un taux de déclassement très important, de plus de 40 %. Dès 2020, en accord avec les organisations de producteurs, nous avons arrêté les conversions. Notre objectif est de poursuivre notre soutien à la filière, tout en maîtrisant les volumes, pour préserver les acquis. Nous entendons que certains opérateurs continuent les conversions : c'est un désastre pour la filière. Nous travaillons aussi avec les organisations de producteurs sur le prix du lait pour distinguer un prix du lait bio et un prix du lait déclassé. Et si un producteur souhaite être collecté en conventionnel, nous le rebasculons en conventionnel sans problème. »
C'est-à-dire ?
« Un certain nombre de producteurs s'interrogent sur le fait ou non de continuer la production laitière en bio. Depuis six mois, nous ouvrons donc la porte dans les OP à ceux qui se poseraient la question de revenir en conventionnel, en garantissant de continuer à les collecter. Nous ne demandons pas de rembourser l'aide de 40 €/1000 L que nous avons accordée pour les conversions, ni les soutiens à l'investissement, et nous n'appliquons pas les pénalités des contrats. Peu de producteurs veulent cependant revenir en arrière : moins de 10 producteurs ont fait ce choix sur les 650 producteurs partenaires bio. »
Comment les OP accueillent-elles l'idée d'un prix différent pour le bio et le déclassé ?
« La discussion est compliquée pour l'instant, il faudra du temps pour construire ce nouveau modèle dans une situation de marché issue de la pandémie qui crée une rupture claire entre offre et demande. La plupart pensent d'ailleurs que la conjoncture ne sera que temporaire, alors qu'elle pourrait durer deux ou trois ans d'après nous. »
Décapitalisation, sécheresse : certains industriels craignent de manquer de lait conventionnel à l'avenir. Le lait déclassé ne pourrait-il pas être intéressant pour Lactalis ?
« Nous ne manquons pas de lait, nous avons même 30 % d'excédent en France sur le volume conventionnel. Notre ambition pour la production bio est bel et bien qu'elle soit valorisée en bio et non pas déclassée. La frontière entre les deux est bien marquée. Pour nous, être sur un marché bio équilibré entre offre et demande serait plus sain, et la relation sera plus facile. Je comprends qu'un producteur de lait bio souhaite que 100 % de son lait soit transformé et bio, c'est aussi notre objectif. Nous investissons pour que la consommation se stabilise, que les marques puissent être dans les rayons, mais nous subissons le marché les uns comme les autres. Nous croyons en cette filière, les ventes peuvent repartir. »
Le marché du fromage bio pourrait-il être un débouché intéressant ?
« Certains acteurs pensaient qu'un développement était possible, mais le fromage bio a du mal à se positionner par rapport au conventionnel, notamment les AOP. La promesse pour le consommateur a besoin d'être à nouveau précisée, et la filière bio demeure plutôt tournée vers le lait, et les yaourts. »

 

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