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Les CETA, passeurs d’agronomie à la barbe blanche

L’Assemblée Générale des CETA de France se tiendra le 29 janvier prochain dans le Puy-de-Dôme, l’occasion de mettre à l’honneur les deux centres présents depuis plus de 50 ans sur le département.

Les deux CETA puydômois font avancer l’agronomie dans le territoire mais peinent à transmettre cette volonté à la jeune génération

Expérimentations variétales, essais, production de données économiques, formations, le CETA Val de Morge et le CETA Limagnes accompagnent depuis plus de 50 ans les agriculteurs du territoire.

A eux deux, ils rassemblent près de 70 exploitations désireuses de progresser agronomiquement en observant, testant et empruntant des techniques issues aussi bien de l’agriculture conventionnelle, de conservation que biologique, de France et d’ailleurs. Financièrement indépendantes, « elles se suffisent à elles-mêmes […] emploient leurs propres ingénieurs ». Au niveau décisionnaire « la priorité est donnée aux demandes des adhérents » mais doivent demeurer « apoliti-ques ». Malgré leur temps d’avance et l’innovation apportée au fil des ans sur les exploitations, l’avenir des CETA est fragile faute du renouvellement générationnel.

Tournée vers l’avenir

Au CETA Val de Morge, un bon nombre de données ont été produites en cinq décennies. Le désherbage des betteraves à faibles doses, avec multiplication des matières actives, a longtemps été son cheval de bataille. Membre du réseau Arvalis et partenaire de Cristal Union, les CETA ont également testé et distingué plusieurs variétés de betteraves tolérantes à la cercosporiose et de blés résistants à diverses maladies. Outre les essais végétaux, ils ont également longuement expérimenté le Strip-Till, cette technique de travail sur le rang. Désormais, il s’attaque à un autre Léviathan : les alternatives et les réductions des produits phytosanitaires. « Epandre des produits est coûteux et loin d’être anodin à la fois pour l’environnement et pour nous » explique Dominique Deplat le président du centre. Le CETA Val de Morge a entamé cette réflexion à l’époque où le devenir de ces produits n’était pas encore en discussion. Le conseil indépendant, individuel et à la parcelle, par l’embauche d’un ingénieur agronome, a aujourd’hui des airs avant-gardistes. « Notre démarche de l’époque paraît novatrice aujourd’hui. Pourtant, en ce qui nous concerne, il nous a toujours paru essentiel de séparer le conseil de la vente. » Les deux dernières années de sécheresse ont contraint la quarantaine d’exploitations adhérentes à s’interroger sur l’irrigation et comment agir pour tendre vers l’efficience de l’eau. «Nous réfléchissons et étudions l’ensemble de nos réseaux, du pompage à l’arrosage en passant par le transport. Le but est de voir sur quoi nous pouvons agir (réduction du débit, échange de parcelles…) pour devenir plus économes. » La fermeture contrainte et forcée de la Sucrerie de Bourdon influence également l’orientation des recherches. Plus que jamais ancré dans son territoire et son temps, le CETA Val de Morge rencontre pourtant des difficultés à renouveler ses adhérents. « Le collectif est l’avenir de l’agriculture, c’est indéniable. Malheureusement, nous peinons à faire entrer les jeunes dans notre démarche. Nous devons aussi réfléchir à l’avenir de notre CETA. Comment sera-t-il demain ? Doit-il se tourner vers les outils numériques pour être plus actif et réactif ? »

L’indépendance avant tout

Ces mêmes questionnements hantent également le CETA Limagnes. Créé en 1954, il compte environ 26 exploitants adhérents (plus de 4 000 ha) dans un périmètre allant du nord de Moulins (03) jusqu’au sud d’Issoire (63). Le centre a fait le choix il y a longtemps de privilégier le soutien technique et l’information auprès des agriculteurs plutôt que la recherche. Benoît Coste, le président est d’ailleurs un fervent défenseur de cette indépendance. « Le CETA est une structure indépendante et apolitique. Nous sommes un groupe d’agriculteurs qui souhaitons nous détacher des organismes, quels qu’ils soient, pour ne pas subir de pression et prendre avant tout des décisions agronomiques. Notre ingénieur n’a rien à nous vendre, ni de politique à appliquer ! » Le centre emploie en effet une ingénieure agronomique qui a la charge d’accompagner techniquement les adhérents du CETA sur leurs cultures. Elle veille aussi « au développement des opportunités ». Une organisation là encore avant-gardiste puisqu’à l’heure de la séparation du conseil et de la vente, le groupe est d’ores et déjà en ordre de marche. Au-delà de la précision, le centre est un lieu de rencontres. « Le CETA a permis à beaucoup d’entre nous de dépasser les frontières locales. Nous rencontrons des collègues qui sont à 30 Km mais avec qui nous n’aurions sans doute jamais eu de contacts. Ces échanges dans d’autres secteurs géographiques complémentent notre expertise. Nous confrontons nos avis, nos solutions et nos expériences. C’est une grande richesse. » Un trésor dont les jeunes générations « feraient bien de s’emparer » ajoute Benoît Coste. Une trentaine d’exploitants adhérents il y a quatre ans, ils ne sont plus que 26 désormais. Les départs à la retraite se succèdent et les repreneurs semblent peu enclin à rejoindre le CETA. « La difficulté du métier et la morosité ambiante » sont les raisons de cet isolement selon le président.

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