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FILIERE  LEGUMES
Légumes de plein champ : les prémices de la filière

Le 17 février dernier, la première réunion d'information autour de la production de légumes de plein champ marque le début des travaux de construction d'une filière dans le Puy-de-Dôme.

Le 17 février, une trentaine d'agriculteurs a répondu présent à l'invitation de la Chambre d'agriculture autour d'une réunion d'information sur la mise en place d’une filière légumes dans le Puy-de-Dôme.

Le 17 février dernier avait lieu la première réunion d'information autour de la production de légumes de plein champ. Dans les locaux de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme, une trentaine d'agriculteurs des Limagnes et de ses contreforts ont répondu à l'invitation de la structure.
Arrêt de la betterave, perte de valeur des céréales et changement climatique poussent les agriculteurs des Limagnes à diversifier leurs productions. La culture de légumes de plein champ, "un produit à haute valeur ajoutée et cultivable sur de petites surfaces" est l'une des solutions envisagées pour répondre aux nouveaux enjeux agricoles du Puy-de-Dôme. Un enjeu d'autant plus important qu'une forte demande émane des GMS et de la Restauration Hors Domicile (RHD).

Les légumes : une solution aux enjeux agricoles puydômois

Tout a commencé par un coup de téléphone puis un autre et encore un autre. "Il y a quelques mois, la Chambre d'agriculture a reçu des appels de GMS qui voulaient qu'on leur indique des producteurs de légumes en demi-gros. Ce n'est pas le rôle de la Chambre de privilégier un producteur plus qu'un autre. Par contre, c'est notre rôle de construire quelque chose, de sauter sur une opportunité, afin qu'elle bénéficie au plus grand nombre" explique Baptiste Arnaud, vice-président de la Chambre d'agriculture. Derrière ces premiers échanges, les agriculteurs-élus ont en effet vu l'occasion de ramener de la valeur sur les exploitations des Limagnes.
Si "la production n'est pas un problème" la distribution, la logistique et le commerce en sont un autre. Le projet de la Chambre passe d'abord par l'élaboration d'un outil permettant de rassembler les productions légumières de chaque agriculteur pour ensuite les faire converger vers les demandeurs. "Individuellement, le coût de la logistique s'élève en moyenne à 23% du chiffre d'affaires d'une exploitation" précise Orane Debrune, animatrice du projet, avant d'ajouter "la préparation des commandes, la livraison et toute la logistique de la vente directe représentent entre 5,8 et 35,5 heures/semaine". Dans la salle, les producteurs déjà engagés dans la production légumière et ayant leur circuit de commercialisation confirment " oui, nous sommes à ces niveaux-là [...] c'est très chronophage".
L'idée est également de planifier les productions dans les fermes afin "d'avoir une offre correspondante à la demande". De tels outils existent déjà à l'image d'Auvabio, créé il y a tout juste un an où à travers une association, les maraîchers bio de la région rassemblent leurs productions pour optimiser leurs charges logistiques et approvisionner de manière plus cohérente leurs clients (magasins spécialisés, GMS...). Si l'idée de la Chambre d'agriculture est similaire, Baptiste Arnaud met cependant en garde : "nous ne voulons pas créer une concurrence avec le bio, nous sommes clairs là-dessus notre offre se concentre sur le conventionnel".

Le projet entre les mains des agriculteurs

Autre point primordiale, si la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme se veut créatrice d'idées, elle ne sera en aucun cas le maître d'œuvre. "C'est vous les agriculteurs impliqués dans le projet qui êtes les maîtres du jeu. La Chambre d'agriculture vous accompagnera techniquement, administrativement... mais c'est à vous de décider si vous voulez créer une association, une société, s'il faut établir une charte, s'il faut désigner un producteur/espèce..." 
Dès lors, le débat avec la salle est ouvert et les producteurs déjà engagés dans la culture légumière sont les premiers à s'exprimer. Ils voient dans un pareil outil, "une chance de réduire le temps de logistique" et surtout "d'optimiser les coûts de transport avec pourquoi pas un contrat avec un transporteur ou, à terme, avoir son propre camion avec un salarié". Ils confirment à leur tour, le besoin de certains clients notamment "les GMS d'avoir un seul et même interlocuteur". Laurent Hennis, producteur à Pont-du-Château, développe : "les chefs de rayon dans les magasins ne veulent plus voir un défilé de producteurs avec l'un qui amène 5 kg de carottes et l'autre de poireaux". Ces mêmes producteurs expérimentés recommandent également d'établir une planification de production "afin de ne pas avoir tous les producteurs qui font de la courgette, ou autres, au même moment" et de "créer des engagements pour garantir la qualité et la quantité". Surtout, agriculteurs et élus de la Chambre d'agriculture souhaitent construire "une production éclatée sur le département" pour là encore assurer l'approvisionnement.

Production et concurrence

L'ensemble des participants semble s'accorder sur plusieurs points. Néanmoins, les producteurs de légumes ne cachent pas leurs inquiétudes concernant la concurrence. "Comment nos clients vont-ils réagir alors que nous avons chacun des marques déjà existantes ? Les négociations avec les GMS sont déjà difficiles, j'ai peur que cela ne joue contre nous. Ils peuvent s'en servir pour tirer les prix vers le bas" témoigne Xavier Chocheyras. En effet, ils sont plusieurs dans l'amphithéâtre à s'être lancés, voilà plusieurs années maintenant, dans la production et la vente de légumes. Tous ont bâti leur réseau de commercialisation voire même leur marque alors quid de leur avenir ? 
Dans ce débat, le sujet de la production vient également sur la table. L'accompagnement technique aujourd'hui inexistant sur le Puy-de-Dôme va bientôt se développer. "Plusieurs étudiants de VetAgro Sup terminent l'élaboration de fiches technico-économiques sur une douzaine d'espèces (carottes, tomates...)" explique Orane Debrune. Maxime Villerest, l'un des concepteurs, détaille :" il y a un itinéraire technique de base et des données économiques, des conseils de traitements et un graphique pour évaluer les périodes de pics de travail".
La production de nombreuses espèces légumières est possible en Limagne mais deux freins importants apparaissent : "certaines espèces ont besoin de matériels spécifiques et l'irrigation est quasiment inévitable".

Un début de collectif

Au terme de cette matinée, une quinzaine d'agriculteurs a souhaité s'engager dans le projet sur les 30 présents. Parmi eux, des producteurs de légumes persuadés "qu'il y a quelque chose à faire et qui sera profitable à tous ". D'autres n'ont jamais fait de légumes dans leurs champs et s'interrogent surtout sur la faisabilité technique. Le besoin d’un accompagnement est important voire même "primordiale" pour certains qui "ne se lanceront pas sans".
Tous s'engagent à travailler sur le projet dans l'espoir "de retrouver de la valeur dans les fermes". "Il y a quelque chose à prendre, il faut le prendre sinon d'autres le feront à notre place" conclut Baptiste Arnaud. Il leur faut désormais aller vite puisque la Chambre d'agriculture espère pouvoir déposer un dossier au Plan de Relance pour le développement de la filière. Les fonds permettraient ainsi de développer l'animation autour du projet.

 

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