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L'efficience de l'eau, l'objectif prioritaire de la coopérative

Le « Groupe Eau » de Limagrain multiplie les expérimentations agronomiques pour faire de la gestion de l'eau une stratégie globale de l'exploitation agricole puydômoise.

Yannick Chassaing (à gauche) et Michel Prévost (à droite) peuvent suivre, via une application mobile, les relevés en temps réels des sondes installées dans la parcelle accueillant le couvert végétal.

L'eau est l'un des grands enjeux agricoles de cette décennie. Les derniers épisodes de sécheresse subis dans le Puy-de-Dôme, et partout en France, ont eu le mérite, en dépit de leur lot de catastrophes, d'accélérer des questions jusque là au point mort. Le stockage de l'eau est de nouveau pleinement débattu et des projets commencent à prendre forme. Les sécheresses ont réveillé les cons-ciences sur la nécessité absolue de disposer d'eau pour assurer la poursuite des activités économiques, sanitaires et sociales. Au-delà de son stockage, rendre son utilisation plus efficiente est l'autre défi sous-jacent face à un changement climatique qui promet de fermer les robinets du ciel. L'agriculture départementale n'échappe pas à cette règle. Via son « Groupe Eau » la coopérative Limagrain a repris ses recherches et ses expérimentations agronomiques sur l'irrigation, dans l'objectif d'offrir à ses agriculteurs un éventail de solutions adaptées et durables sur le long terme.

Les expérimentations s'accélèrent

« Tout est lié. » Michel Prévost, directeur innovation et développement agronomique chez Limagrain, en a fait son mantra. Selon l'agronome, « il n'y a pas une solution à l'efficience de l'eau mais des solutions dont certaines sont valables chez certains agriculteurs et pas chez d'autres ». Le but des recherches menées actuellement par la coopérative est de faire en sorte que le potentiel de chaque goutte d'eau, qu'elle soit d'irrigation ou de pluviométrie, soit valorisé. Limagrain et ses agriculteurs déclarent ainsi la guerre au gaspillage. Ensemble ils mettent les bouchées double, relancent d'anciennes étu-des oubliées, en accélèrent d'autres et multiplient les expérimentations.

La première concerne les « hydro-rétenteurs ». Par une action mécanique, ces petites « capsules » enfouies dans le sol fixent l'eau présente dans ce dernier pour ensuite la restituer aux plantes. Testée depuis trois ans à l'échelle expérimentale, cette expérimentation a fran- chi cette année l'étape de l'essai en production. Une dizaine de parcelles de Limagne, en maïs et tournesol, servent de "cobayes". « Les premiers résultats montrent un meilleur développement racinaire donc une meilleure capacité d'absorption de l'eau par les plantes. »

Dans le même temps, la coopérative a déterré son ancien dossier d'irrigation par goutte à goutte. Les essais conduits il y a plusieurs années maintenant démontraient « une économie d'eau de 15% » mais « sa rentabilité faisait défaut ». Le goutte à goutte de surface a donc été abandonné au profit aujour-d'hui du système enterré. « Le réseau d'irrigation est sous la surface à une profondeur suffisante pour permettre un travail du sol superficiel. Il resterait en place pendant au moins huit ans dans la parcelle. Les études sont en cours mais déjà économiquement cela paraît plus jouable. »

Les couverts acteurs de l'efficience de l'eau

Les couverts végétaux sont aussi expérimentés au sein de la coopérative. Au-delà de leurs nombreux avantages sur la vie du sol, ils apportent leur pierre à l'efficience de l'eau. Ils sont d'ailleurs peut être le projet le plus avancé de la coopérative et de ses agriculteurs.

Depuis plus de 10 ans déjà, 25 professionnels travaillent sur la question à travers le « Groupe Conser- vation du Sol ». à la genèse de celui-ci, non pas la volonté de valoriser l'eau mais plutôt de réduire l'érosion des sols et de favoriser leur activité biologique. La fertilisation, les taux de matière organique, la gestion de l'herbe, le stockage du carbone... sont autant de sujets décortiqués, et certains d'entre eux rejoignent la problématique de l'efficience de l'eau. « Tout est lié » vous rappellera Michel Prévost.

En effet, au détour d'un essai sur des couverts végétaux, agriculteurs et agronomes se sont aperçus d'un gain en humidité dans le sol. L'expérimentation est conduite chez Yannick Chassaing à Clémensat. Dans une parcelle de neuf hectares, il a semé sur quatre hectares, le 18 octobre 2019, un couvert constitué d'un mélange de 8 espèces (légumineuses et graminées) élaboré par le groupe. Le 17 avril dernier après le développement des plantes (environ 5 tonnes de matière sèche par hectare), il a désherbé le tout puis semé son maïs semence le 7 mai. « Le but est de laisser les végétaux morts sur le dessus pour assurer une couverture y compris pendant la culture. Pendant le semis direct des maïs femelles, j'ai simplement passé un coup de rouleau pour bien aplatir le couvert désherbé » explique l'agriculteur. Seul point faible de la technique, sa dépendance au glyphosate.

L'expérimentation élargie à 15 ha

En plus de réduire l'érosion de son sol, Yannick Chassaing a noté plusieurs avantages à la technique. « La gestion du salissement est plus simple parce qu'il y a moins de pression adventice. Mon sol gagne en matière organique et donc stocke du carbone (environ une tonne/ha/an). Quant à l'eau, nous savons qu'il y a un gain mais nous ne pouvons pas encore le chiffrer. » Deux sondes ont été installées à cet effet et délivrent en temps réels les indices d'humidité du sol. Devant des résultats aussi encourageants, Yannick Chassaing, jusque là peu emballé par les couverts végétaux, reconnaît qu'« ils sont un passage incontournable ». A l'automne prochain ce ne sont plus quatre mais quinze hectares de ce même couvert qui seront implantés et expérimentés.

Relier l'économie

Comme un défi en cache en autre, Limagrain veille à ce que ces innovations restent abordables pour les agriculteurs. Pour Michel Prévost « ces solutions doivent aussi avoir un intérêt économique, auquel cas elles ne se développeront pas ». Ces solutions doivent également être aussi diverses que variées pour « permettre à chacun de se les approprier » selon les caractéristiques de son exploitation. « Nous sommes un tout petit territoire mais avec de nombreuses spécificités. C'est pourquoi nous allons prochainement développer notre maillage de station météo pour ne plus avoir de " zones blanches " sur le Puy-de-Dôme. »

Enfin, les équipes d'agronomes de la coopérative travaillent à la création d'un nouveau bilan hydrique ne prenant plus seulement en compte la gestion de l'eau à la parcelle mais à l'échelle de l'exploitation tout entière. « Nous n'en sommes qu'aux balbutiements mais, à terme, cet outil pourrait résoudre les problèmes de gestion du matériel d'irrigation sur les exploitations. »

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