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Limagrain
Le premier semencier européen ne connaît pas la crise

Résultats records pour la coopérative en 2011, qui cherche à construire un équilibre entre local et international.

En ces temps tourmentés, où l’ombre de la récession plane sur la France, où chaque journée est ponctuée par une nouvelle toujours plus mauvaise que celle que l’on nous avait annoncée la veille, ça fait du bien d’entendre qu’un groupe fait de bons résultats en 2011. Limagrain est de ceux-là. Les résultats de la coopérative auvergnate, dont les frontières sont désormais européennes et mondiales, ne sont pas seulement bons, ils atteignent des niveaux records.

« Limagrain est une entreprise en forte croissance. Notre chiffre d’affaires pour l’exercice 2010-2011 augmente de 11,6% à périmètre constant et atteint 15,3% si l’on intègre les acquisitions. Ce record historique des résultats de Limagrain est encourageant, mais il se relativise face à notre environnement concurrentiel », explique Daniel Chéron, directeur général du groupe.

Comprenez, même si via sa holding Vilmorin § Cie, Limagrain est le quatrième semencier mondial, les trois premières marches du podium sont encore éloignées.

 

Gain de rendements

Le chiffre d’affaires consolidé du quatrième du peloton n’est tout de même pas si mal, puisqu’il s’établit à 1.555 milliards d’euros. L’effort de recherche s’est nettement intensifié, pour représenter 14 % du chiffre d’affaires professionnel. La recherche, c’est la clé de voûte d’une entreprise de cette dimension, qui travaille sur du vivant dont on n’a pas encore percé le dixième des secrets. « Notre ambition, c’est de relever le challenge de l’efficience de la plante au champ», insiste Pierre Pagesse, président de Limagrain, qui vient de passer la main à Jean-Yves Foucault (lire interview page 2).

Les phénomènes à comprendre sont encore immenses, et pour gagner en rendements, le groupe a besoin d’investir toujours davantage, y compris sur des recherches OGM conduites, depuis les opérations de fauchage, en France et aux Etats-Unis(1).

L’an prochain, la coopérative inaugurera le plus grand centre de recherche et le plus moderne d’Europe. Ce centre, basé sur la commune de Chappes, dans le Puy-de-Dôme, devrait employer à terme 300 personnes.

Acquisitions

Si en 2011, le groupe semble avoir multiplié ses efforts en matière de recherche, l’année aura été aussi marquée par le rachat stratégique de l’entreprise Brossard.

En mai 2011, Jacquet, filiale de Limagrain, a en effet consolidé son activité en rachetant Brossard, société spécialisée en pâtisserie individuelle, dont l’unité de production se situe à Pithiviers dans le Loiret. Jacquet-Brossard devient n°2 en boulangerie-pâtisserie industrielle en France. Dans la gamme boulangerie-pâtisserie-viennoiserie, Jacquet Brossard est passé dernièrement devant le géant Lu, selon les informations délivrées par Daniel Chéron.

En matière de stratégie semencière, Limagrain a opéré, début 2011, une alliance en maïs avec le semencier brésilien Sementes Guerra. 24 ans que le groupe n’avait plus mis les pieds au Brésil. Ce rapprochement constitue une étape décisive dans le développement des grandes cultures en Amérique du Sud. Du côté de

l’Asie, et de la Chine en particulier, des tractations sont en cours pour développer une filière maïs. Mais autant dire qu’on ne rentre pas en Chine comme dans un moulin, alors les pourparlers sont longs, mais Daniel Chéron a bon espoir que tout cela aboutisse dans le courant de l’année 2012.

Une vision d’avenir

Une année qui devrait donner lieu à d’autres négociations dans plusieurs filiales du groupe, avec un objectif : « consolider notre dispositif ». Ce que Daniel Chéron appelle un dispositif c’est une entreprise aux métiers divers et aux ramifications multiples, dont le mode de gouvernance est inédit parmi les leaders de la semence. Depuis l’Auvergne où sèment, labourent, moissonnent ses 3500 adhérents, la coopérative a déployé ses ailes pour devenir un groupe international. Cette stratégie lui a permis et lui permet encore de chercher de nouvelles voies de valorisation, de créer des synergies et de répartir les risques. Bref, d’avoir une vision d’avenir et par les temps qui courent, c’est comme qui dirait indispensable.

 

 

 

(1) Daniel Chéron a indiqué que le groupe pourrait refaire des expérimentations OGM aux champs en 2013 en France, à condition d’être soutenu par les politiques. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Quand Pierre tourne la page

19 ans qu’il occupait la présidence de Limagrain. Alors, à l’heure de franchir la porte de sortie, Pierre Pagesse veut à nouveau mettre en avant le modèle coopératif, et parle sans détour du principe d’un homme-une voix et de la notion de capital social qui reste le même à l’entrée et la sortie de l’adhérent. « Si nous avions revalorisé le capital social en même temps que le groupe a grandi, jamais les jeunes n’auraient pu entrer dans le conseil d’administration ». Il dit avoir tiré de l’énergie de « ce rapport de confiance qu’il a entretenu avec les adhérents actionnaires qu’il connaissait tous », et considère que « d’avoir une vision stable et dans le temps est un atout précieux pour la mise en œuvre de stratégie ». A 65 ans, l’homme regrette cependant « que la profession n’ait pas mobilisé un peu plus de moyens pour la recherche, alors que cela lui aurait été grandement profitable ». Mais ce qu’il déplore surtout, c’est ce regard jeté sur les agriculteurs souvent par le grand public, cette vision rétrécie à la pollution et à la subvention, lui fait mal. « Le monde agricole n’a pas compris suffisamment tôt que pour exercer notre métier, il faut savoir l’expliquer ». Pierre Pagesse a bon espoir que les choses changent et que les agriculteurs retrouvent leur dignité.

S.G.

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