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Interview
"L'année 2022 est l'année d'expérimentation de la gestion volumétrique"

Philippe Chopin, préfet du Puy-de-Dôme, répond à nos questions autour de la politique de gestion de l'eau dans le département.

Philippe Chopin, préfet du Puy-de-Dôme

Au vu du contexte 2022, quel avenir pour le stockage de l’eau dans notre département ?
Les années successives de sécheresse de 2018 à 2020, et encore cette année 2022, ont montré que la ressource en eau pouvait être limitée durant la période estivale et qu’à moyen terme, il faut s'orienter sur du stockage hivernal, lorsque l'eau est disponible, plutôt que sur des prélèvements directs pendant l'étiage, qui seront inévitablement contraints. C'est plus cher, bien sûr, mais c'est la seule voie pour sécuriser les productions et il y a des aides pour accompagner. Plusieurs projets collectifs d’agriculteurs sont d'ailleurs à l'étude et pourraient aboutir prochainement.


La gestion volumétrique a été mise en place pour cette campagne, quelles sont les modifications pour les irrigants ?
Effectivement le changement climatique et la limitation de la ressource font que les usages se retrouvent nécessairement contraints et qu'il nous faut gérer collectivement au mieux la ressource et la répartition du disponible. Ce disponible a été déterminé, pour chaque ASA comme pour l’ensemble des irrigants individuels, sur la base de 93,7 % des volumes prélevés en 2019. Il a ensuite été réparti au sein de chaque ASA d’une part et entre les irrigants individuels d’autres part.
Dans ce cadre, chaque irrigant individuel sur l’axe Allier s’est vu affecté un volume au prorata de son historique de volume prélevés sur les années 2017 à 2020 (englobant deux années de sécheresse). Chaque année, la Chambre d’agriculture, structure mandataire pour les irrigants individuels, peut intégrer de nouveaux irrigants et notamment des jeunes agriculteurs et modifier la répartition des volumes en fonction des besoins des irrigants et des modifications de leur assolement tout en restant dans l’enveloppe.


Comment ces volumes ont-ils été définis ?
Cela a été défini :
- en lien avec la DREAL de bassin à Orléans qui gère tout l’axe, avec deux enveloppes, l’une pour les ASA et l’autre pour les individuels mais les règles et la façon dont les volumes ont été déterminés sont les mêmes pour tous
- en cohérence avec les prélèvements historiques réels des agriculteurs sur la période récente.


Nous avons parlé des prélèvements sur l’axe Allier, qu’en est-il sur les autres cours d’eau ?
Nous avons commencé par l’Allier (et sa nappe d’accompagnement bien sûr) car c’est l’axe le plu mobilisé du département et où la ressource est en tension.
Nous poursuivons ensuite la même démarche de fixation de volumes pour le reste du département. Il était par ailleurs nécessaire d’opérer cette bascule pour l’axe Allier car il n’était pas possible sinon d’autoriser de nouveaux prélèvements ou des augmentations de prélèvements sur l’Allier. Cela a permis d’attribuer des volumes d’eau à des jeunes agriculteurs qui souhaitaient par exemple s’installer en maraîchage (circuits courts et projet alimentaire territorial). Or, le renouvellement des générations est un enjeu majeur pour l’agriculture du département.


Comment ces volumes vont-ils évoluer au fil des années ?
Ces volumes sont définis pour une période transitoire jusqu’à la définition des volumes prélevables dans le cadre de l’étude Habitat Milieux Usages Climat (HMUC) en cours portée par le SAGE Allier aval et qui aboutira d’ici 2023. Il sera ensuite nécessaire de la répartir entre les utilisateurs concernés. La concertation sera importante. Cette étude réalise une analyse en profondeur de la disponibilité de la ressource et des besoins en se projetant sur les 10 à 30 ans à venir. Elle permettra de définir une enveloppe pour chaque usage.


Cette gestion volumétrique s’applique-t-elle également à l’industrie ?
La réglementation impose de définir un débit et un volume pour chaque point de prélèvement. En conséquence, tous les usages sont concernés par l’attribution d’un volume : irrigation, industrie et eau potable. Dans le cadre de l’application de l’arrêté cadre sécheresse que j’ai signé le 31 mars 2021, il est demandé aux industriels de s’engager dans une réduction de leur consommation en eau via un plan d’utilisation rationnelle de l’eau (PURE). Les 28 plus gros consommateurs du département (> 40 000m³ /an) se sont engagés dans cette démarche. Quatre PURE ont déjà été signés au 15 juin 2022.


Peut-on mesurer les impacts de cette gestion, lors d’une année de forte sécheresse, à la fois sur les résultats agricoles ?
La campagne d’irrigation 2022 est l’année d’expérimentation de la gestion volumétrique. Un bilan de cette saison sera fait à la fois pour les irrigants individuels et pour les ASA. À ce stade, il n’est pas encore possible de tirer un bilan et de mesurer les impacts de cette gestion.

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