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Interview
" L’aide couplée ovine est une priorité vitale ! "

Dans le cadre de la réforme de la Pac post-2023, les producteurs ovins revendiquent le maintien de l’aide couplée ovine. Leurs arguments avec Michèle Boudoin, éleveuse dans le Puy-de-Dôme et présidente de la Fédération nationale ovine (Fno).

Michèle Boudoin, présidente de la FNO.

La future Pac et le Plan stratégique national (PSN) sont en cours de discussion. Quelles sont les attentes des producteurs ovins dans ce round de négociations ?
Nous demandons simplement le maintien de l’aide couplée ovine ; une aide qui soutienne la production et qui oriente la filière vers la structuration, la performance technique et la qualité. Cela suppose l’octroi à minima d’une enveloppe de 125 M d’€ - montant qui avait été affecté initialement à l’aide couplée ovine-.  Sans ce soutien, le secteur ovin français sera dans l’incapacité de faire face à la forte concurrence internationale et le nombre de ses éleveurs continuera de diminuer inexorablement.
Ces risques valent aussi pour les autres productions de ruminants qui, sans soutien et prise en compte des contraintes d’élevage dans nos zones défavorisées, seraient en danger. En Auvergne et plus particulièrement dans le Puy-de-Dôme nous avons la chance d’une agriculture plurielle où entre plaine et montagne se côtoient cultures et élevages. Cette complémentarité nécessaire doit être défendue et reconnue à travers une Pac équilibrée. C’est ce que nous défendons à la Fno. 


Quel sont les objectifs de l’aide couplée pour la production ovine ?
Depuis sa mise en place en 2010, ce soutien constituait un levier essentiel de progrès. Il a permis de développer la production ovine et de structurer la filière. Et en ce sens, l’aide était couplée au nombre de brebis détenues, conditionnée à un seuil de productivité minimal et complétée par une majoration pour les éleveurs engagés dans une contractualisation. Depuis 10 ans elle a encouragé  ainsi les éleveurs à produire du lait et des agneaux ; aujourd’hui plus de 60% des éleveurs sont organisés en OP (organisation de producteurs) ou en OPNC (organisation de producteurs non commerciale). Et les majorations ont favorisé la montée en gamme des produits, la labellisation et les signes officiels de qualité :  40% du lait et près de 20% de la viande ovine sont sous signes de qualité officiel.
L’aide ovine représente par ailleurs une part essentielle du revenu des éleveurs (en moyenne 60% du résultat courant des exploitations). C’est évidemment un élément crucial à la pérennité de la production et des exploitations ! N’oublions pas que d’ici dix ans, 50% des éleveurs ovins devront transmettre leur outil.  Les jeunes agriculteurs ne seront alors candidats à la reprise que si la production est attractive ; ce qui ne serait pas le cas si l’aide couplée venait à disparaître…


Cette aide n’est-elle pas aussi une contrepartie aux services rendus par l’élevage ovin ?
Oui en effet , l’élevage ovin génère des services environnementaux et économiques précieux. Il contribue à la préservation de la biodiversité, à l’entretien de paysages ouverts. Il participe aussi à la dynamique économique des territoires, notamment dans les régions les plus fragiles puisque près de 85% du cheptel est situé dans des zones défavorisées. C’est une activité d’élevage traditionnelle et vectrice d’emplois que la prochaine Pac et le plan gouvernemental ne doivent pas abandonner mais au contraire soutenir par le maintien de l’aide couplée.
J’ajouterais que la filière ovine est également au cœur des ambitions de la souveraineté alimentaire clamée par le gouvernement. Or à ce jour elle ne couvre que 43% de la consommation française et les rayons sont occupés par une majorité de produits importés. L’interprofession mène un travail de fond avec l’ensemble des acteurs afin de proposer davantage de produits ovins dans les linéaires, mais ces efforts ne pourront véritablement aboutir qu’à condition d’atteindre un niveau de production suffisant dans les exploitations.

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