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La protection du foncier agricole : de la parole aux actes

Le 2 avril dernier, à Riom, s’est tenue une conférence sur la protection du foncier organisée par Agir Ensemble.

A l’heure où la population mondiale ne cesse de s’accroitre et grignote inlassablement les terres pour se loger et développer les zones urbaines. La France n’échappe pas à la règle.

 

Un constat préoccupant

A notre échelle locale, sur le territoire du Grand Clermont, ce sont environ 184 ha de terres agricoles qui ont disparu par an entre 1995 et 2005 au profit de l’urbanisation. Depuis 2009, cette dernière est mieux contrôlée et l’emprise moins conséquente. Pourtant une «verrue» vient d’apparaître en pleine zone agricole : la prison de Riom. Elle condamne des terres de Limagne de grande valeur agronomique et est à l’origine de cette prise de conscience collective. La coupe est pleine pour la profession, il est urgent de trouver des solutions pour stopper l’hémorragie.

Une protection législative

Le législateur s’intéresse au foncier et a la volonté d’enrayer la consommation de terres agricoles. Des outils sont mis en œuvre par la loi d’Avenir. La CDCEA devient la CDPENAF (Commission départementale de préservation des espaces naturels agricoles et forestiers) dont le rôle a été renforcé et la composition élargie. Les SCoT (schéma de cohérence territoriale) vont tenir compte du potentiel agronomique des terres. Il faut «créer un maximum de valeur à l’unité de surface pour enrichir le territoire» argue Jean-Yves Foucault, président de Limagrain. Les agriculteurs permettent de mettre en place des outils de valorisation créateurs de richesses et d’emplois. Il rappelle que l’analyse économique est primordiale.

La loi ALUR (loi d’accès au logement et à un urbanisme rénové) régit l’utilisation du foncier notamment par des documents d’urbanisme plus contraignants afin de densifier l’habitat. Les moyens sont créés, des zones sont définies, « c’est bien, mais faire une vraie politique d’aménagement foncier, c’est indispensable» dénonce Serge Charret, éleveur bio à Orcines. Il estime que le travail réalisé par le SCoT du Grand Clermont a permis de maintenir l’agriculture dans son secteur mais que rien n’est fait pour la faire perdurer. Le morcellement des parcelles et le «mitage» pavillonnaire rend la gestion des exploitations très difficile. Marion Vedel, présidente de JA 63, enfonce le clou et prédit des «zones désertées dans les années à venir car les jeunes s’installeront dans les endroits où il est plus facile de produire et où le foncier présentera des parcelles exploitables. »

Communiquer pour mieux gérer

De part et d’autre, tous les acteurs concernés par la consommation foncière sont unanimes : il faut que chacun prenne part au dialogue. « La communication est le préalable à toute politique d’aménagement réussie » précise Thierry Boulleau, directeur de la Safer Auvergne. «Tout le monde a ses contraintes à gérer» explique Jean-Pierre Buche, maire, agriculteur et vice-président du Grand Clermont. Plusieurs élus présents montrent la volonté de faire de Clermont une métropole d’équilibre qui préserve l’agriculture familiale à taille humaine.

Il est cependant difficile de faire comprendre aux citoyens qu’il faut concentrer les zones pavillonnaires et diminuer la surface constructible. La France est en retard à ce sujet. D’autres pays ont su gérer l’espace et éviter le gaspillage. Si l’utilisation de terres peut s’avérer incontournable dans le cadre de certains projets de voierie par exemple, le système des compensations peut être une solution efficace. Il est primordial que les agriculteurs prennent part aux projets et assistent aux réunions de PLU.

Si la plupart des élus ou représentants d’organismes se disent confiants quant à la prise de conscience générale et à la volonté de faire évoluer les choses dans le bon sens, les agriculteurs sont plus sceptiques et restent prudents. «Pas moins de 26m² de terre disparaissent chaque seconde sous nos pieds à coup de pelleteuse» image Daniel Prieur, Secrétaire général adjoint de la Fnsea. « Il ne faut pas s’interdire de réfléchir avant de prendre le crayon et redonner du pragmatisme aux réflexions». Les exploitants agricoles craignent la confusion entre espaces naturels et agricoles. Jean-Yves Foucault remet les choses à leur place : « Il faut distinguer la nature sauvage, peu hospitalière, et le paysage : action de la main de l’Homme dans le territoire naturel. » Et Daniel Prieur, de rajouter : « Sanctuariser la nature pour la sauvegarder, cela ne marche pas !».

Au-delà des mots et des échanges riches, la volonté d’Agir Ensemble est de transformer les paroles en actes pour se donner les moyens de gérer efficacement l’outil de travail de la profession agricole.

C’est une obligation de résultat qui pèse sur les différents acteurs du système si on veut maintenir tout un pan de l’économie du territoire, pourvoyeuse de richesses et d’emplois et sauvegarder les paysages ouverts et accueillants si chers aux Clermontois.

Elle a dit...

 

Elizabeth Montfort, adjointe au maire de Riom en charge de l’attractivité du territoire et de la communication, ancienne députée européenne.

 

Les élus doivent prendre conscience de leur rôle qui est de développer l’économie locale et les emplois. Il faut stopper cette dichotomie entre le maintien du foncier et le développement économique. L’un et l’autre peuvent être complémentaires. Les élus de Riom s’attachent à avoir une politique du logement et de réhabilitation du centre-ville dans une perspective gagnant-gagnant. C’est aux élus de donner envie à la population de réintégrer le centre-ville en le rendant attrayant. Cela enrayerait une partie de l’extension pavillonnaire péri-urbaine.

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