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Présidence française de l'Union Européenne
Jérémy Decerle : « On a une équipe de France agricole qui doit faire passer des messages »

Elu député européen¹ après avoir présidé aux destinées de JA national, Jérémy Decerle voit dans la présidence française de l’Union européenne, une opportunité inédite pour faire converger les vingt-sept sur des dossiers aussi stratégiques que celui de la réciprocité commerciale.

Chaque Etat membre préside l’Europe une fois tous les treize ans. La France sera le prochain pays a endossé cette responsabilité du 1er janvier au 30 juin 2022, ce qui va coïncider avec la tenue de l’élection présidentielle (10 et 24 avril 2022). Ce hasard du calendrier vous paraît-il problématique ?

Jérémy Decerle : Il n’y a pas de question à se poser de cet ordre-là. Peu importe si cette présidence va tomber pendant la campagne présidentielle française, l’essentiel est de profiter de cette opportunité. L’évènement est suffisamment rare pour en saisir toute la portée. Pendant six mois, l’administration française va avoir ce souci de répondre aux sujets européens, on sous-estime souvent la portée d’un tel évènement. Cela représente une responsabilité énorme, mais aussi un moyen d’ancrer un certain nombre de messages.

L’agriculture ne risque-t-elle pas d’être noyée par les problématiques autour de la santé, de la défense, de l’environnement…

J.D. : Nous avons la chance d’avoir un président qui connaît les enjeux (voir par ailleurs). Dans l’agenda, l’agriculture fait bien partie des sujets. Quand je sais ce que la France, grâce à l’Etat, ses régions, ses élus professionnels dispose de talents et d’expertises pour défendre l’agriculture, je suis plutôt rassuré.

Quels dossiers agricoles prioritaires doivent-ils être défendus ?

J.D. : Obtenir la réciprocité dans le commerce est une priorité majeure. La présidence française doit inscrire cette nécessite de manière plus franche dans le cerveau européen. Le caractère du juste échange doit devenir une règle. C’est ce qu’on appelle les clauses miroirs pour que les questions agricoles et alimentaires arrivent à être traitées dans un cadre dédié pour avoir de la réciprocité. Une  des priorités du ministre c’est la mise en place de clause miroirs pour la limite minimale des résidus de pesticides et antibiotiques.

Comment y parvenir ?

J.D. : Il y aura deux étapes importantes. D’abord, dans la PAC, il y aura dans le texte législatif de l’organisation commune de marché (OCM), une déclaration commune des trois institutions européennes qui s’engagent pour une meilleure prise en compte des normes environnementales européennes et la réciprocité. Inscrire cela dans les textes législatifs est un pas important. Nous savons que si aujourd’hui le dossier de libre-échange avec le Mercosur était mis au vote, au Parlement européen, le Parlement serait contre. Maintenant, il s’agit de profiter de cet alignement des planètes pour amener le Parlement et le Conseil à débattre sur ces sujets-là. La France pourra profiter de son pouvoir pour amener des positions, poser des jalons, donner le tempo des rendez-vous importants et au final, nous l’espérons tous, influencer davantage.

Quels sont les alliés de la France pour avancer sur cette réciprocité des normes ?

J.D. : Aujourd’hui, le ministre de l’Agriculture espagnol, et la ministre autrichienne sont plutôt de notre côté. Au sein du Parlement, nous pourrions aller chercher les néerlandais. Les allemands, sous Merkel, étaient sans doute un peu moins partisans de ces contraintes-là, mais avec la coalition aux affaires désormais intégrant des écologistes, y compris à la tête du ministère de l’Agriculture, ils pourraient devenir des alliés de poids. Ce qui est positif pour nous, c’est que le problème de réciprocité des normes est désormais clairement identifié. Au moment du débat sur le CETA (accord de libre-échange avec le Canada), le doigt a été mis sur cette concurrence déloyale.

Concrètement, comment se prépare la présidence française de l’Union ?

J.D. : Il y a déjà eu des rendez-vous entre les ministres français à Bruxelles et Strasbourg. Pour préparer la PFUE, la France a également consulté la République tchèque et la Suède, les deux pays qui lui succéderont à la tête du Conseil de l'UE, pour élaborer de grands objectifs communs. Chaque pays met ensuite en avant ses propres priorités pour six mois. L’administration française à Bruxelles est en échange permanent avec les députés. Sur les clauses miroirs, par exemple, elles font désormais l’unanimité auprès des groupes politiques. Une chose sur laquelle, nous devons marquer les esprits, c’est sur notre consistance et notre cohérence dans la vision portée. Parce que notre agriculture est très diversifiée, et draine beaucoup d’acteurs…il y a souvent un éclatement des messages…Pendant la présidence française de l’Union, en plus des clauses miroirs, il faut dégager une ou deux autres priorités sur lesquelles nous sommes tous d’accord : la démographie avec le renouvellement des générations, et la structuration de filières et d’organisation de marché... On a une équipe de France agricole qui va faire passer des messages. Le ministre de l’Agriculture en sera le capitaine.

¹ Jérémy Decerle a été élu sur la liste Renaissance, portée par la majorité présidentielle (LREM), lors des dernières élections européennes.

Présidence : Plus d’Etats, plus de temps entre les rotations

En 1959, la France prenait pour la première fois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Une fonction occupée 12 fois, au total. Depuis 1959 et la première présidence française (PFUE), l’exercice a beaucoup évolué. Dans son intitulé d’abord puisqu’on parlait jusqu’à l’adoption du traité de Maastricht en 1992, de présidence du Conseil des Communautés européennes. Mais aussi et surtout dans sa régularité et dans les tâches qui incombent à l’exercice. En raison de l’augmentation du nombre d’Etats membres, l’écart entre deux PFUE s’est ainsi creusé. Alors qu’elle n’attendait initialement que 3 ans pour présider une institution de 6 membres, la France doit désormais patienter 13 ans pour laisser aux 26 autres états membres de l’UE le soin d’occuper cette fonction. Après l’annonce des résultats du référendum britannique en faveur du Brexit en 2016, un nouveau calendrier des futures présidences a vu le jour pour tenir compte du départ du 28e membre.

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