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COLLOQUE
Export : 100 % des perdants ne tentent pas leur chance

Sans surprise, c’est à l’export vers pays tiers qu’était dédié le colloque Interbev 2011.

La table-ronde était introduite par Dominique Langlois, président d’Interbev.

Pourtour méditerranéen, Turquie, Egypte, Liban, Kazakhstan, Singapour…: jamais autant de pays n’ont été ouverts au bétail et à la viande français. Des propos qui ne sont pas ceux de responsables de la FNB(1) dont on sait la détermination depuis un an à développer de nouveaux marchés pour contribuer au redressement du prix payé aux éleveurs de bovins viande, mais ceux de Jean-Luc Angot, en charge du volet sanitaire à la DGAL (ministère de l’Agri­culture) et qui voit aujourd’hui dans les nombreux certificats sanitaires décrochés ces derniers mois autant d’opportunités à saisir pour l’élevage français.

 

Des opportunités à exploiter ou une véritable stratégie à mettre en œuvre ?

C’est la question qui était posée par le traditionnel colloque organisé au Sommet de l’élevage par Interbev. Avec un marché domestique qui commence à tousser et un partenaire italien qui pourrait bien aussi prochainement éternuer, pour Bertrand Oudin, cela ne fait aucun doute : les risques sont grands de voir s’essouffler les deux moteurs d’alimentation de la ferme bovine française. Aussi, pour ce directeur du cabinet Blezat consulting, la filière hexagonale n’a pas vraiment le choix : «Le logiciel France doit se réadapter, changer de culture sans renier son ADN et s’engager dans cette diversification de ses débouchés.»

L’offensive plutôt que l’immobilisme

Quitte à s’exposer aux risques de volatilité de ces nouveaux marchés, aux aléas géopolitiques, de parité moné­taire ? Quitte aussi à mettre un peu plus d’euros ou dollars sur la table pour s’acquitter de ­tickets d’entrée parfois importants ? Quitte encore à réaliser des efforts de mise en adéquation de son offre à une demande portant aussi sur du milieu de gamme et pas seulement sur des produits de l’élevage allaitant haut de gamme ? Oui, oui et re-oui, répond l’expert qui plaide pour que la filière bovine prenne toute sa part au rééquilibrage de la balance commerciale en ciblant cependant certains marchés.

Un message qui va bien au président de la FNB, Pierre Chevalier, qui, interpellé sur sa politique de maîtrise de la production, a rétorqué que le seul «vrai débat» consiste «à retrouver un équilibre économique pour les éleveurs via l’export et des mesures de sécurisation de la production», sous peine de voir disparaître nombre de vaches allaitantes en France.

Du côté des marchands de bestiaux, l’heure est au pragmatisme, comme l’a exposé le président de la fédération nationale Gérard Poyer: «La Turquie est un mot à la mode, mais il faut plutôt parler de transfert que de nouveau flux», les 3 000 animaux vifs destinés à l’abattage qui partent chaque semaine ces derniers temps depuis Sète remplaçant selon lui les exportations de bovins abattus.  Cela dit, le représentant de la FFCB réaffirme l’engagement des marchands au sein du «Gef» (Groupement export français) ou GIE export qui a tant fait polémique et qui a pour lui vocation à «partager, coordonner, rationaliser», les démarches des différents acteurs et opérateurs pour être plus efficaces et visibles dans les pays tiers.

Seul véritable bémol à cette poussée d’un pack export hors UE : celui de François Thomei d’Assocarni (fédération des abatteurs italiens) : «Que la filière française saisisse l’opportunité d’allers vers de nouveaux marchés plus fertiles ne nous pose pas problème mais si on parle d’une stratégie nouvelle, je suis plus préoccupé». Avec sous-jacente une double inquiétude : sur les prix si ces nouveaux marchés font pression à la hausse et sur le maintien d’un front commun franco-transalpin au sein des négociations de la Pac.

Opportunité ou stratégie, la question apparaît bien celle d’un subtil équilibre à trouver entre un marché frontalier fidèle et cet appel d’air de l’autre côté de la méditerranée.

(1) Fédération nationale bovine

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