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Du flou encore et toujours au rayon jambon

Une délégation de l'Udsea et des JA du Puy-de-Dôme s'est rendue dans deux hypermarchés, pour contrôler l'origine des viandes entrant dans la fabrication des produits à base de porcs.

L'action a été l'occasion de renseigner les consommateurs très intéressés par les informations fournies par les éleveurs.

A l'appel d'un mouvement national, les producteurs de porcs se sont mobilisés cette semaine aux quatre coins du pays pour dénoncer le manque de transparence des transformateurs. « Non seulement, ils ne contribuent pas au patriotisme français, en fabricant leur jambon et autres à partir de viande produite hors de France, mais en plus ils indiquent sur les emballages des allégations promptes à tromper le consommateur », fulmine Alain Robert, président de l'URPAL et de la section porcine de l'Udsea du Puy-de-Dôme.

Avec une vingtaine d'autres agriculteurs du département, mardi, il a repris son bâton de pèlerin pour scruter les rayons charcuterie et viande fraîche de deux géants de la distribution de l'agglomération clermontoise : Leclerc et Auchan. Au rayon «jambon blanc, lardons, saucissons et autres spécialités » à base de porc, force est de constater que le logo « porc français » est loin d'être légion. Pas question pour les producteurs de se contenter d'un vulgaire « élaboré en France », de se laisser berner par une évocation ambigüe comme « Le Bon Paris » ou par le sourire d'un chef étoilé. Dès qu'un étiquetage ne stipule pas noir sur blanc l'origine du produit, les éleveurs n'hésitent pas à dégainer un autocollant «viande de nulle part.com»(1). Un message explicite imaginé par les Jeunes agriculteurs du Finistère et de Bretagne dont s'est emparé l'ensemble du réseau syndical Fnsea-JA depuis quelques semaines.

Les géants pas tout blancs

A ce jeu de dupes, écartant de fait la production française à priori pour des raisons économiques, les grandes marques comme Herta, Fleury Michon ou encore Madrange seraient, selon les professionnels, les plus habiles. « Les marques distributeurs jouent davantage le jeu du porc français», selon le président de la section porcine. Dans les rayons, les éleveurs ont pu le constater.

«Aujourd'hui, la mention d'origine de la viande de porc figure sur seulement la moitié des produits transformés», explique Alain Robert. « On ment aux consommateurs, ni plus ni moins », estime pour sa part Daniel Quatressous, éleveur à Médeyrolles. Pour lui comme pour la plupart des éleveurs, il est temps de dénoncer « les pratiques des lobbys ultra-puissants ». Car derrière c'est l'avenir de toute une filière qui est en jeu. « Si tous les salaisonniers se mettaient à acheter français cela constituerait un levier considérable en termes de prix et de volumes», estime Alain Robert. « Aujourd'hui l'enjeu est de limiter les importations, car ce sont elles qui contribuent à casser les prix », renchérit Christian Peyronny, président de l'Udsea du Puy-de-Dôme. Par ce type d'actions, les agriculteurs souhaitent fournir aux consommateurs une information lisible pour qu'ils puissent acheter non seulement en connaissance de prix mais aussi d'origine. La saucisse Herta a beau être à la charcuterie ce que le Coca est à la boisson, si demain le consommateur ap-prend que pas un gramme de viande de porc français entre dans sa composition, il y regardera peut-être à deux fois avant de le mettre dans son chariot.

 

(1) Dans le cadre d'une démarche constructive, les JA ont créé un contraire au logo « viande de nulle part.com », il s'agit du logo « viande connue.com », histoire de valoriser les produits dont on connaît l'origine.

A quand un cadre législatif ?

L'étiquetage des produits transformés est un débat récurrent. En 2010, un accord interprofessionnel a donné la possibilité à chaque industriel de stipuler sur ses emballages l'origine des viandes transformées. La possibilité mais pas l'obligation. Une nuance de taille qui ne contraint pas les transformateurs à l'information. Si à compter du 1er avril 2015, les lieux d'élevage et d'abattage des animaux devront figurer obligatoirement sur les viandes fraiches, réfrigérées ou congelées d'ovins, caprins, porcs et volailles, la Commission européenne ne prévoit pas de légiférer à court terme sur l'obligation d'étiqueter l'origine des viandes entrant dans la composition des plats préparés et des charcuteries. Le débat au Conseil et au Parlement européen a été ouvert en 2014 notamment sur la base des conclusions d'une étude d'impact.

En France, les autorités et les professionnels ont entendu la préoccupation des consommateurs face à la crise des « lasagnes au cheval » et leur position est unanime : obtenir au plus vite un texte européen encadrant l'étiquetage de l'origine pour les viandes utilisées en tant qu'ingrédient. Ils considèrent que le prix ne peut pas être le seul critère de choix face à une demande forte des consommateurs. C'est dans ce sens que le Sénat a adopté un amendement rendant obligatoire cet étiquetage dans le cadre du projet de loi française relatif à la consommation. L'étiquetage en France sera défini par un décret en Conseil d'État, mais devra néanmoins être conforme aux futures règles européennes. S.C.

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