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Calamités agricoles
Douche gelée pour les viticulteurs

Avec des températures qui sont descendues jusqu’à -8°C dans la nuit de mercredi à jeudi dernier et après deux nuits consécutives de gel, la récolte viticole va être fortement compromise dans tous les vignobles français en particulier en Auvergne.

Corinne Laurent, viticultrice dans le saint-pourçinois a posté une photo sur twitter d’un bourgeon avant et après les nuits de gel qui se passe de commentaire. Les dégâts sont immenses.

« On a beau s’y attendre mais une fois face à la réalité, nous ne sommes jamais prêts ». Entre écœurement et impuissance, Jean-Michel Ferrier, viticulteur à Louchy-Montfand dans l’Allier et président du syndicat des viticulteurs de Saint-Pourçain multiplie les coups de fils auprès de ses troupes. Partout, le même constat, les trois nuits de gels consécutives, ont anéanti une bonne partie de la récolte 2021. Avec un thermomètre qui est descendu à -8°C, la nuit de mercredi à jeudi a porté le coup de grâce. Au Nord du vignoble, mercredi matin, la messe était déjà dite chez certains, avec des taux de perte estimés entre 90 et 100 %. « Sous l’effet du gel et de la neige mêlée, les bourgeons ont littéralement brûlé », explique Jérôme Giraud, viticulteur installé à Besson. Des bourgeons qui venaient juste d’éclore, la semaine précédente, à la faveur de températures extraordinairement élevées pour la saison. La combinaison des deux facteurs aura été fatale dans bien des secteurs (voir par ailleurs).

Le feu, un rempart fragile

« C’est encore trop tôt pour savoir si tout est compromis. Il y avait des bourgeons qui n’étaient pas encore partis. On peut espérer que ceux-ci n’ont pas été touchés par le gel. Il va falloir attendre la sortie des bourgeons pour savoir si les raisins ont avorté ou pas. On le saura courant avril. On peut espérer une petite récolte sur le rouge, mais sur le blanc c’est fini », explique dépité Jean-Michel Ferrier. Plus au sud, du côté du vignoble des Côtes d’Auvergne, Pierre Deshors, viticulteur sur la commune du Crest, et président de la fédération viticole du Puy-de-Dôme partage la même inquiétude : « Sur Châteaugay avec des températures descendues jusqu’à -7°C, les collègues estiment les pertes de l’ordre de 90%, le secteur de Billom a également été impacté, plus au sud, cela dépend des versants. Nous y verrons plus clair dans quelques jours ». Les feux allumés ici et là par des exploitants ont pourtant tenté de défier les assauts du gel. Pas sûrs qu’ils aient été suffisants. « En-dessous d’une certaine température, l’efficacité est très limitée », concède Pierre Deshors. Une fois le premier bourgeon mort, quid du cycle végétatif de la vigne ? « Selon les variétés, d’autres bourgeons peuvent sortir mais ils seront beaucoup moins fructifères que les premiers », précise le vigneron puydômois.

La goutte de trop…

Au-delà de l’inquiétude, la lassitude pointe chez tous les acteurs régionaux de la viticulture, déjà ébranlés par une crise sanitaire qui n’en finit plus de déstabiliser leurs traditionnels débouchés. « Côté aval, nous en sommes toujours à gérer quotidiennement des soucis de commercialisation », raconte Pierre Deshors. Le coup de gel constitue la goutte de trop pour Jean-Michel Ferrier. « Si nous n’avons pas de volumes, nous allons perdre des marchés. D’autres prendront la place en France ou à l’étranger car force est de constater que c’est tout le vignoble français qui a été touché par cet épisode violent de gel ». Et demain, il faudra se battre pour les reconquérir… tout comme il faudra certainement batailler aussi pour émarger au fonds de calamités agricoles.

Photo : Corinne Laurent, viticultrice dans le saint-pourçinois a posté une photo sur twitter d’un bourgeon avant et après les nuits de gel qui se passe de commentaire. Les dégâts sont immenses.

En Corrèze : Des dégâts conséquents sur les pommiers en fleurs Christophe Dos Santos aura lutté deux nuits durant. Fait brûler huit tonnes de foin pour tenter de préserver sa récolte de pommes AOP du Limousin…pour constater au petit matin, qu’à -3°C et -4°C, il est difficile de lutter contre le gel, cet ennemi invisible dont les dégâts semblent, à ce stade, hétérogènes selon l’altitude et l’exposition des parcelles. Une chose est sûre « arrivé à un moment, on atteint nos limites, au lever du soleil, cela a été dramatique ». Installé en Gaec avec son fils, en production de limousines et de veaux sous la mère à Estivaux en Corrèze, Christophe cultive un verger de quatre hectares depuis 2009. Ces dernières semaines, les arbres avaient pris de l’avance. « Le gel était annoncé, on s’est battu comme à chaque fois ». Alors que la saison ne faisait que démarrer avec l’éclosion des fleurs, il va donc falloir « composer avec le peu qui va rester et par expérience, on sait que c’est très compliqué ». Cet épisode qualifié de « gelée noire » par Christophe Dos Santos est un nouveau coup dur pour les pommiculteurs du Limousin, confrontés déjà en 2020 à une récolte catastrophique en raison d’un phénomène d’alternance¹. « On pense à nos exploitations, mais aussi aux jeunes, et à tous ceux qui travaillent dans nos coopératives, nos outils de transformation. Franchement, nous n’avions pas besoin de ça ».
La production fruitière et viticole de la Vallée du Rhône touchée de plein fouet  Malgré tous les efforts déployés durant plusieurs nuits, les arboriculteurs et viticulteurs de la Vallée du Rhône et du Diois ont subi les effets d’un gel noir de très grande ampleur. Avec des températures voisines des records de froid jamais enregistrés par Météo France, la production de fruits (pêches, nectarines, abricots, cerises) se trouve gravement compromise. La vigne a également été impactée. Dans un communiqué, la chambre d’agriculture de la Drôme indique que son président « Jean-Pierre Royannez en lien avec son homologue de la Chambre d’agriculture de l’Ardèche, ont interpellé dès jeudi matin, Le Ministre de l’Agriculture pour que des mesures exceptionnelles soient prises pour soutenir les centaines d’entreprises concernées ».
« Avoir -1, -2, -3°C en avril c’est normal, avoir 28°C en mars, ça ce n’est pas normal » Serge Zaka, docteur en agroclimatologie chez ITK et administrateur de l’association Infoclimat, a créé une carte modélisant les risques des dégâts liés au gel sur la vigne et les fruits avant la vague de froid qui a frappé la France la semaine dernière. Interrogé par nos confrères de Réussir Vigne, Serge Zaka, revient sur les épisodes climatiques de ces derniers jours. Pour lui, « ce n’est pas l’évènement de froid qui est le plus remarquable à cette saison. Lors de la descente de froid sur la France, nous avons battu qu’une quinzaine de records de froid, alors que lors de la vague précédente de hausse des températures, nous avons battu 240 records, soit 40% des stations de météo française. Et les conséquences de la vague de chaleur sont bien plus importantes, car pendant cette période la majorité des bourgeons ont éclos en France, juste avant le phénomène de gel. Et ce n’est pas forcément l’effet du Gulf Stream, qui nous apporte plutôt de la douceur. J’y vois plutôt les conséquences du réchauffement climatique. Les gelées se constatent presque tous les ans en avril, mais certes pas sur cette étendue et pas avec une telle amplitude. Avoir -1, -2, -3°C en avril c’est normal, avoir 28°C en mars, ça ce n’est pas normal ». Si de tels phénomènes ont déjà été observés en 2003, 1997, 1991 et 1977, force est de constater qu’ils se répètent depuis trois ans et cette année avec une amplitude d’ordre nationale. Serge Zaka en appelle à une réaction politique.
 
 
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