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Viande bovine
Bruno Dufayet : « Les marchés sont porteurs, ne lâchez pas les prix sur vos fermes »

Eleveur à Mauriac dans le Cantal, Bruno Dufayet déploie la feuille de route de la Fédération nationale bovine qu’il préside, avec en ligne de mire une priorité absolue : ramener de la valeur dans les fermes. Un objectif, selon lui, à portée de main, si toute la filière pousse dans le même sens.

Bruno Dufayet

Quelle est la situation sur le marché de la vache ?

Bruno Dufayet : Aujourd’hui, nous avons une consommation de viande française très dynamique, qui se traduit, ces dernières semaines, par des niveaux d’abattage supérieurs à 2019. L’engouement pour le steak haché est réel tandis que beaucoup de pièces à griller ont été consommées cet été, ce qui a permis d’écouler les stocks accumulés lors du confinement. Sur les prix, le travail d’appel à rétention des animaux que nous avons mené à la FNB a porté ses fruits, puisqu’on a constaté des hausses des cours de l’ordre de +10% sur les vaches de races à viande et laitières ces derniers mois. Il y a eu une prise de conscience de la filière sur la nécessité de mieux rémunérer les producteurs. Même en payant mieux les animaux, la consommation se tient. Ce qui démontre que lorsqu’on propose au consommateur de la viande française de qualité, il est prêt à l’acheter.

Force est de constater que sur la voie des mâles engraissés, cette prise de conscience tarde…

B.D. : Il y a en effet un problème sur cette catégorie avec des cours en retrait d’un euro par rapport aux coûts de production. C’est la conséquence d’une totale désorganisation. Les acteurs de cette filière-là navigue à vue avec aucune anticipation de sortie des animaux. Faut-il continuer d’engraisser des animaux dans ces conditions-là ? Au niveau de la FNB, nous militons pour obtenir au sein d’Interbev un plan stratégique avec l’aval de la filière sur l’engraissement des jeunes bovins. Il est urgent de trouver des solutions pérennes, d’autant qu’en production de viande bovine, c’est le type de catégorie la plus facile à contractualiser.

Alors que la demande italienne reste soutenue, le prix du broutard a dévissé. Comment expliquez ce phénomène, et comment inverser la vapeur ?

B.D. : Sur le broutard, il y a là-aussi un non-sens. Comme sur le jeune bovin, il n’est plus tenable pour l’éleveur de continuer à produire des broutards, qui ont perdu 18 centimes en l’espace de 5 semaines, sachant qu’en 2019, les cours étaient déjà en retrait. C’est inconcevable que les prix baissent dans un contexte où la demande italienne a encore progressé de 1%. L’Italie est devenue tributaire de l’approvisionnement français. Nous avons rencontré, fin août, les principaux exportateurs français pour les interroger sur leur stratégie. Sont-ils là pour vendre l’excellence du broutard français et s’en servir pour chercher de la valeur, ou contribuent-ils simplement à remplir les ateliers italiens en subissant la stratégie italienne consistant à acheter les broutards le moins cher possible ? Nous arrivons à un moment clé. Soit il y a une réaction globale de la filière et nous pourrons donner des perspectives aux éleveurs, soit on va continuer à décapitaliser (ndlr : le cheptel français est en retrait 2% par an depuis quatre ans).

Qu’attendez-vous des opérateurs et de la grande distribution ?

B.D. : Une meilleure organisation est nécessaire. Les coopératives peuvent désormais travailler main dans la main dans le cadre des associations d’organisations de producteurs (AOP), pour le moment, aucune ne l’a fait. Peser dans la négociation implique de jouer collectif. Tant que nous ne serons pas capables à la fois sur le JB ou sur le broutard de s’organiser pour mieux capter de la valeur, on ne pourra pas aller voir les pouvoirs publics pour demander quoi que ce soit. Enfin, par rapport à la grande distribution, la meilleure rémunération des producteurs ne doit pas être que de la communication mais elle doit se faire en toute transparence et de manière très concrète.

Problème récurrent de rentabilité et nouvelle sécheresse cette année entament le moral des éleveurs. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

B.D. : Qu’il n’y a pas de fatalité.  A l’échelle de la ferme, il ne faut pas lâcher sur le prix, il faut se battre même si on cumule plusieurs années de prix bas et d’aléas climatiques. Les marchés de la viande et du broutard sont favorables. S’en tenir au fait rien qu’au fait est la stratégie qui doit primer désormais dans toutes les cours de ferme. Cette stratégie s’appuie sur des indicateurs de marché incontestables produits chaque semaine par la DGAL, mis à disposition de la Fédération nationale bovine depuis le confinement et qui sont publiés chaque semaine (ndlr : dans les pages « cours et marchés » de votre journal agricole). Chaque éleveur doit s’imprégner de ces indicateurs de marchés, pour qu’ils soient solides face aux argumentaires des acheteurs.

La réforme de la PAC va entrer cet automne dans sa dernière ligne droite. En quoi la filière viande bovine a-t-elle des atouts à mettre en avant ?

B.D. : Nous avons tout intérêt à maintenir une PAC forte pour l’élevage. Tout le monde s’accorde à dire que la France dispose d’un modèle d’élevage cohérent et qui remplit l’ambition de durabilité. Le maintenir cela passe par du revenu au producteur. Il y a urgence à maîtriser la décapitalisation, car si nous n’y prenons pas garde la machine peut s’emballer et personne ne pourra arriver à l’enrayer. A ce stade, nous réclamons de la cohérence entre l’agriculture que l’on défend et les soutiens que l’on pourra lui accorder.

Début septembre, la majorité des ministres européens se sont dits très sceptique sur une possible ratification de l’accord UE-Mercosur. C’est une bonne nouvelle pour l’élevage français…

B.D. : Il est certain que nous avons besoin du soutien des pouvoirs publics pour préserver notre modèle d’élevage. Se féliciter du modèle c’est une chose, le protéger c’est faire en sorte de ne pas le mettre en concurrence avec des modèles qui sont diamétralement opposés. A ce stade, l’accord UE-Mercosur ne paraîtrait pas convenable à la majorité des ministres européens, il faut aller plus loin en stoppant ces accords-là. Sur le Ceta (accord avec le Canada) qui est en application provisoire, des rapports démontrent déjà des défauts de contrôle, qu’attendent nos gouvernants pour tout stopper ? Les états ne peuvent pas d’un côté s’engager dans la stratégie « De la Ferme à la table », et de l’autre faire du commerce avec des pays qui ne respectent pas le quart du dixième des standards de production européens. C’est une question de cohérence politique.

2020, une année malheureusement sans Sommet de l’Elevage. Comment donner un écho aux revendications des éleveurs en l’absence d’une caisse de résonnance aussi puissante que le Sommet ?

B.D. : Le Sommet va manquer à tous les éleveurs de ruminants cette année. C’est un manque car les salons ont des vertus. C’est un lieu d’information, d’échanges fort, et c’est aussi une mise en avant de l’agriculture et de l’élevage. Nous mettrons les bouchées double en 2021 avec quatre jours de Sommet (du 5 au 8 octobre 2021). En attendant, nous allons redoubler de présence sur le terrain, et dans les médias pour parler de notre production.

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