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Bois et forêt
Anne-Marie Bareau : « Un bois qui reste sur pied, c’est un bois qui meurt »

Première femme élue présidente à la tête du Centre national de la propriété forestière (CNPF) fin 2021, la puydômoise Anne-Marie Bareau, porte un regard optimiste sur le monde des propriétaires forestiers, quand bien même les défis à relever sont immenses.

Investie dans Fransylva au niveau départemental, puis régional, présidente du CRPF d’Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2017, vous avez été élue récemment présidente du CNPF. Quelles ambitions portez-vous pour les propriétaires forestiers et la forêt en général ?

Anne-Marie Bareau : Le CNPF rassemble 3,5 millions propriétaires forestiers, rien qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, nous en dénombrons 700 000. Un de nos rôles essentiel tient dans le conseil que nous leur prodiguons avec une mission : garantir la gestion durable de nos bois et forêts. Le CNPF est un établissement public assorti de conventions d’objectifs avec l’Etat. Nous représentons au CNPF, les onze régions qui composent le territoire national. Leur spécificité, leurs caractéristiques, leurs faiblesses et leurs atouts sont très différents. En France, aucune forêt ne ressemble à une autre. Toute la gageure est donc de représenter un ensemble de forêts privées sans être trop généraliste. Nous apportons de la connaissance auprès de plusieurs cibles, des grandes propriétés, qui généralement sont déjà dans une démarche de valorisation, et une multitude de petits propriétaires. Notre premier travail est d’inciter au regroupement des propriétés pour mieux répertorier le bois, estimer ses usages, programmer des plantations. On commence à récolter des résultats, mais il y a encore beaucoup à faire.

Quels leviers utilisez-vous pour inciter les propriétaires à « cultiver » leur forêt ?

A.M.B. : Pour beaucoup, le bois pousse tout seul, mais pour augmenter les volumes et la qualité, comme en agriculture, il faut s’interroger sur la structure du sol et sur les essences. Les plans simples de gestion ont été déployés dans cet esprit-là. Ils sont conclus pour une durée minimum de dix ans. C’est un travail de longue haleine, d’autant que nous devons faire face à un important morcellement des surfaces. Pour autant, notre travail porte ses fruits, puisque que grâce à ces plans nous sortons plus de bois de nos forêts. Aujourd’hui, la forêt française produit plus ce que nous consommons. Des difficultés subsistent pour aller chercher le bois en zone de montagne notamment. Nous avons un potentiel, charge à nous de savoir le maîtriser à travers une gestion raisonnée.

Cette gestion raisonnée va de pair avec les nouvelles attentes sociétales, qui comme en agriculture s’immiscent de plus en plus dans le secteur forestier…

A.M.B. : La forêt est effectivement un patrimoine multifonctionnel : elle sert à produire du bois, à stocker du carbone, et à accueillir des activités sportives ou touristiques de pleine nature. Il est important que tout cela cohabite. Nous avons certainement manqué de communication auprès du grand public, si bien que certains comparent le fait d’abattre un arbre à la mort d’un homme. Les proportions sont complètement perdues. Ce que nous disons, c’est qu’un bois non entretenu, qui reste sur pied, finira par mourir. L’entretien des forêts est un gage de biodiversité, qui plus est dans un contexte de changement climatique comme celui que nous traversons.

La forêt est déjà fortement éprouvée par la hausse des températures. Comment le CNPF accompagne-t-il les propriétaires dans la voie de l’adaptation ?

A.M.B. : Notre patrimoine forestier en France est important, la qualité de nos chênaies, reconnues au niveau international, en est la preuve. Cette ressource constitue la plus-value de la France. Nous devons contribuer à améliorer cette valeur ajoutée tout en composant avec le changement climatique. On s’aperçoit en effet que ce changement est rapide sur certaines espèces. Les épicéas sont fragilisés par les scolytes, car dans un contexte limite d’apport hydrique, de manque d’éclaircies, ils manquent de nourriture et finissent par mourir. L’ensemble des résineux est fragilisé, et on commence à rencontrer des problèmes sur des feuillus (chênes et hêtres). Le changement va vite mais l’adaptation est longue. Pour autant, nous avons au CNPF, un pôle de recherche et développement qui travaille en collaboration avec l’INRAE et l’ONF. Des essences plus résistantes sont testées chez des propriétaires, des outils d’aides à décision ont été mis sur pied. L’ONF mène actuellement une étude sur des sapinières qui sont encore en bon état. L’idée est d’en déterminer les raisons. Nous disposons d’un vrai laboratoire expérimentale grandeur nature : évolution des dates de plantation, système sylvicole à réinventer…nos équipes ne négligent aucun paramètre.

Les récentes crises ont incité des investisseurs à se tourner vers des valeurs refuges comme la terre. Y-a-t-il un marché du foncier forestier ?

A.M.B. : Il existe un marché mais qui n’est pas sur la place publique. Il passe par les Safer ou des agences immobilières spécialisées. Les parcelles très morcelées suscitent évidemment moins d’engouement. Globalement, le volume de forêt qui change de main est très restreint. Des fonds d’investissements, la Caisse des dépôts et consignations, des associations environnementales comme le Conservatoire des espaces naturels (CEN) s’y intéressent. En général, ces gens là ont un vrai plan de gestion derrière.

La captation du carbone par la forêt est regardée avec intérêt par des entreprises désireuses de « verdir » leur image. Des projets « carbone » émergent-ils ?

A.M.B. : Nous avons mis en place au sein du CNPF, un service d’utilité forestière qui développe les activités « carbone ». Concrètement, il s’agit d’une compensation carbone volontaire d’une entreprise, qui s’engage à soutenir un propriétaire forestier dans sa politique de reboisement, de gestion forestière, sachant que c’est grâce au bois d’œuvre que nous captons le plus de carbone.

 

Un outil numérique pour mobiliser la ressource

Initiée en Auvergne, avec le site internet « bois d’Auvergne », la plateforme « La Forêt Bouge » menée au niveau national est issue d'un projet de mobilisation du bois en Auvergne. Le site a pour but de favoriser le contact et créer du lien entre les acteurs privés, économiques ou institutionnels du monde forestier. Il (leur) permet de faciliter les démarches, la gestion des forêts et la réalisation d’opérations sylvicoles des propriétaires et des professionnels en favorisant le regroupement du foncier et/ou de la gestion.

https://www.laforetbouge.fr/

 

 

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