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« Alea jacta est »(1) pour la dernière campagne d’arrachage

La dernière campagne d’arrachage marquera à jamais les esprits des professionnels puydômois tant dans la faiblesse des rendements que le contexte tumultueux de la fermeture de la sucrerie.

Les EDT ont entamé la dernière campagne d’arrachage de betteraves entre sens du devoir et désarroi.

Les conditions sont idéales pour récolter les betteraves. Les dernières averses ont assoupli les sols permettant d’arracher aisément les racines tout en limitant le tassement sous le poids des machines. Un tiers de la campagne est d’ores et déjà terminé. Elle aurait pu être belle mais il s’agit de la dernière, et elle ne clôturera pas l’histoire de la Sucrerie de Bourdon sur la meilleure des notes.

La sécheresse des 14 derniers mois apporte un coup fatal à la production avec des rendements jamais observés jusqu’alors. « Dans certaines parcelles ce ne sont pas des betteraves mais des carottes ! » témoigne Éric Alexandre, président des EDT (Entrepreneurs Des Territoires) du Puy-de-Dôme avant d’ajouter : « cette campagne est la pire de toute ».

La campagne de tous les désastres

Déficit pluviométrique, périodes de canicule intenses et répétitives, restrictions d’irrigations… La betterave, comme toutes les cultures puydômoises, n’a pas bénéficié d’un alignement favorable des planètes. Sur la sole qu’il a déjà ramassée, Éric Alexandre a observé des récoltes allant de « 10 t/ha à 90 t/ha ». Au-delà des mauvais rendements, l’entrepreneur se trouve par ailleurs confronté à ce qu’il n’aurait jamais cru possible : le dénouement d’une filière vieille de plusieurs siècles.

La betterave représentait à elle seule 70% du chiffre d’affaires de l’entrepreneur. « Nous sommes nombreux dans ce cas » précise-t-il. Les EDT assuraient 85% de l’arrachage de betteraves en Limagne grâce à des outils désormais impossibles à revendre. « Une machine intégrale coûte environ 500 000€. J’en ai quatre dont une que j’ai achetée en 2018, sous les encouragements de Cristal Union… » Dès l’annonce de la fermeture de la Sucrerie, l’entrepreneur a mis en vente l’une d’entre elles. Depuis, il attend, sans grand espoir, les premiers coups de téléphone. « D’autres sucreries ferment en France. Le marché est inondé d’arracheuses d’occasions. Et puis, les agriculteurs ont perdu toute confiance dans la production sucrière française. Ils vont réfléchir deux fois avant d’investir. »

« Veni, vidi, vici»

Acculé entre difficultés financières, étiolement des relations humaines et sens du devoir, Éric Alexandre ne sait plus quoi penser de cette dernière campagne d’arrachage. « Je la fais parce que je me suis engagé auprès de mes clients. Mais à peine avait-elle commencé, que certains me disaient déjà que je ne serais pas payé parce qu’ils n’ont plus de trésorerie. Tout le monde est sur les dents… et sur la paille. Très franchement, je me demande si je vais réussir à finir cette dernière campagne.»

Loin d’en vouloir à qui que ce soit, « ce qui se passe n’est ni une volonté des planteurs, ni du conseil de section », l’entrepreneur n’accorde cependant aucun pardon à la coopé- rative. « Une fermeture de sucrerie, ça ne se décide pas du jour au lendemain. Je suis persuadé que Cristal Union mûrissait ce projet depuis au moins deux ans. » Il étaye son propos en prenant pour exemple le démantèlement de l’usine. «Quand ils ont annoncé la fermeture, beaucoup nous ont dit « vous n’aurez qu’à faire de la luzerne déshydratée» . «L’outil jusqu’alors présent à Bourdon, a été démonté par Cristal un an avant l’annonce de la fermeture ! Et les machines pour la cristallisation ? Elles vont aussi être démontées début 2020. Une opération de cette ampleur ne se décide pas en 9 mois  ! ».

Éric Alexandre va jusqu’à croire que « tout a été fait pour rayer la production betteravière de la Limagne » avant de conclure : « ils ont fait comme César : veni, vidi, vici » ; ils sont venus, ils ont vu et ils ont vaincu.

(1) Le sort en est jeté.

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