L'Auvergne Agricole 04 mai 2016 à 08h00 | Par Mélodie Comte

Vent debout contre l’arrêt des fourrages fermentés

L’interprofession Saint-nectaire a présenté lors de son assemblée générale, les nouvelles propositions sur l’alimentation des vaches afin de repousser l’échéance «tout foin 2017».

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Lors de l’assemblée générale de l’Interprofession Saint-nectaire, les nouvelles propositions au cahier des charges ont été présentées.
Lors de l’assemblée générale de l’Interprofession Saint-nectaire, les nouvelles propositions au cahier des charges ont été présentées. - © M.COMTE

Souvenez-vous : en juin 2015 le Comité National de l’INAO refusait l’utilisation des fourrages fermentés au-delà de 2017, dans l’alimentation des vaches laitières de la zone AOP Saint-nectaire. Or l’application d’une telle mesure fragiliserait l’ensemble de la filière. «Le passage en tout foin ne permettrait pas de maintenir les volumes de productions, déjà déficitaires» explique Jean-Luc Dischamp, président de l’Interprofession Saint-nectaire (ISN). Cette importante modification du cahier des charges mettrait également en difficulté de nombreuses exploitations d’après le président Patrice Chassard. «Environ 60% des producteurs ne sont pas prêts à passer au tout foin pour des raisons structurelles et économiques.» Face à cette position unanime pour conserver les fourrages humides, l’Interprofession a convenu d’un consensus afin, espère-t-elle, de changer la position du Comité National de l’INAO.

 

Les nouvelles propositions

Lors de l’assemblée générale de l’ISN, le 28 avril dernier, les nouvelles propositions aux cahiers des charges ont été présentées. Etablies suite à la visite en février dernier de la commission d’enquête, elles établissent entre autres, une nouvelle ration pour les vaches laitières.

Ainsi, sur une année, la ration totale en Matière Sèches (MS) comprend au minimum 70% d’herbe issue de la zone AOP ; 1,8 tonne de MS de concentrés et le reste de la ration peut être de l’herbe sous forme de fourrage sec, non issue de la zone. Quant aux fourrages fermentés (taux de MS inférieur ou égal à 80%), ils ne doivent pas dépasser 15% de la ration totale en MS sur l’année. Les fourrages secs devront représenter au moins 60% en MS de la ration de base hors période de pâturage. Ces nouvelles conditions de production ont été élaborées, assure l’interprofession, pour permettre à un maximum de producteurs de rentrer dans les clous et d’apprendre à valoriser au mieux leur herbe, avant le passage au tout foin. « Ces nouvelles propositions devraient repousser l’échéan-ce et faire pencher la balance en notre faveur auprès du Comité National. Les producteurs auront ainsi davantage de temps pour apprendre à valoriser l’herbe et s’informer sur le séchage en grange ou d’autres techniques» précise Patrice Chassard.

Les éleveurs déjà en système tout foin pourront valoriser leur technique de production par l’apposition d’une mention spéciale sur l’étiquetage des fromages. « Nous espérons une segmentation du marché grâce à cet étiquetage tout foin. Les producteurs ayant fait cet effort technique auront ainsi une valorisation supplémentaire en termes de communication. À ce jour, nous n’avons pas de réponse quant à une valorisation économique du tout foin » commente Jean-Luc Dischamp.

 

Les contreparties

Comme dans tout consensus, il y a les accords et les contreparties. La commission d’enquête a demandé une réduction du chargement (1,3 UGB/ha contre 1,4 UGB/ha) et un rallongement de la durée de pâturage (160 jours). Ce cahier des charges révisé sera présenté au Comité National de l’INAO en juin prochain. «Rien n’est encore fait, nous devons attendre la validation du Comité National pour mettre en place ces mesures. Si elles sont actées, ce nouveau cahier des charges permettra à tous les producteurs de valoriser leur production» explique Jean-Luc Dischamp. Du côté des éleveurs, on place également de nombreux espoirs dans cette validation selon Patrice Chassard. «Les producteurs ne passeront pas le cap de l’arrêt des fourrages en 2017. Ce consensus n’est pas déconnecté de la réalité ni des exigences du Comité National. Je ne vois pas de raisons pour que ces propositions soient refusées.»

 

Mention fermière en suspens

Depuis le 1er septembre 2015, la mention «fromage fermier» ne peut être apposée que sur les fromages produits, fabriqués et affinés à la ferme. Cette modification résulte du recours, auprès du Conseil d’Etat, par l’association des producteurs fermiers de Corse, Casgiu Casaniu. Le décret concernant l’étiquetage fermier a donc été cassé au motif que toutes les étapes de fabrication d’un fromage «fermier» doivent avoir lieu à la ferme. Les organisations professionnelles CNAOL et ATLA se sont mobilisées avec les services de l’État pour trouver une solution à cette situation. A ce jour, seule une voie législative via une modification du code rural pourrait remettre les choses en ordre. Néanmoins, la situation reste floue.

 

Des rats dans le fromage

Autre sujet de préoccupation, l’invasion des campagnols terrestres. Dans certaines communes de la zone, la situation est devenue critique. «On a l’impression d’être au bug de l’an 2000 ! Même l’administration semble démunie. Nous arrivons à une situation de désespoir, légitime, où les producteurs ne savent plus quoi faire. Et encore, heureusement que le process de fabrication du Saint-nectaire est moins sensible au taux butyriques que les fromages à pâtes cuites ! Pour l’instant à l’Interprofession, nous pouvons seulement gérer le problème et demander des dérogations pour les producteurs touchés » commente Jean-Luc Dischamp. En effet, pour répondre au déficit de fourrage engendré par les dégâts des ravageurs, cumulés à la sécheresse, l’ISN a été contrainte de faire une demande de dérogation auprès de l’INAO. Cette dernière a permis d’assouplir les contraintes, de réduire la durée de pâturage et d’autoriser la réimplantation de prairies permanentes. Présente à l’assemblée générale de l’ISN, la sous-préfète d’Issoire, Christine Bonnard, en charge du dossier départemental des campagnols terrestres, a tenté de rassurer la filière Saint-nectaire en rappelant que plusieurs techniques de luttes contre le ravageur (immuno-contraception, virus, bactéries…) sont à l’étude.

 

Un groupe de parole

L’ISN a travaillé en 2015, avec la MSA, à l’accompagnement des producteurs ayant subi des alertes sanitaires. Ces situations souvent mal vécues sont particulièrement anxiogènes. C’est pourquoi un groupe de parole entièrement anonyme et animé par un psychologue, a été constitué. Il permet aux participants d’échanger entre eux tant sur l’aspect humain que technique du métier. L’objectif étant d’aider les producteurs à reprendre confiance en eux et à mieux vivre les contrôles et inspections sanitaires. La première rencontre a eu lieu à Murol et a rassemblé 11 personnes venues parler de leurs difficultés. Le prochain groupe de parole se réunira toujours à la mairie de Murol, le 12 mai prochain.

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