L'Auvergne Agricole 11 août 2010 à 10h28 | Par David Perret et Angélique Cougoul

UDSEA-FDPL-JA - Un mépris des producteurs au péril de l’économie départementale

Déterminés à sauver l’accord interprofessionnel du 3juin, les producteurs de lait ont invité les journalistes dans une exploitation laitière.

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Est-il décent de demander toujours plus d’efforts aux producteurs de lait, alors que 2009 a été particulièrement difficile ?
Est-il décent de demander toujours plus d’efforts aux producteurs de lait, alors que 2009 a été particulièrement difficile ? - © DR

Les médias n'ont pas eu à beaucoup chercher pour retrouver dans leurs archives les dernières tensions relatives au prix du lait. Il y a à peine plus d'un an, les producteurs de lait avaient manifesté leur colère suite au prix catastrophique d'avril. Ne faisons pas croire pour autant que les négociations actuelles portent aujourd'hui sur un prix élevé, et qu'une augmentation des volumes de production solutionnera la trésorerie des éleveurs. La crise est bien plus profonde. Selon Patrick Trillon, Président de l'Udsea, «la production laitière est l'épine dorsale de l'agriculture départementale. Sans perspective de revenu pour les éleveurs, c'est toute l'économie du Puy-de-Dôme qui est menacée». Et pour Patrick Levet, Président des JA, «on a un retard structurel à combler sur nos exploitations. Cela implique de lourds investissements dans les projets des jeunes agriculteurs. Le remboursement de ces charges nécessite une lisibilité sur le long terme. Or, le non-respect de l'accord sur le prix du lait remet en cause la viabilité des projets».

Rappel de la crise laitière de 2009

2009 a été une année noire en élevage laitier. En Auvergne, pour les exploitations laitières spécialisées, le revenu moyen a été estimé à 7 800 €/exploitant non salarié soit une baisse de - 44 % par rapport à l'année précédente. Entre 2004 et 2008, les revenus ont déjà connu une baisse de - 9,8 % en moyenne triennale (1). En 2009, un accord de recommandation de prix existait pour le 1er trimestre. Les négociations ont abouti à un échec pour le 2ème trimestre avec un prix du lait chutant jusqu'à 0,20 €/L en avril, appliqué de manière unilatérale par les entreprises. A la suite d'un rapport de force entre la FNPL (2) et les transformateurs, un accord a été obtenu le 3 juin 2009. «Dans un contexte de crise mondiale et d'effondrement des cours des produits laitiers, les producteurs, alors qu'ils étaient en grande difficulté, ont accepté de signer cet accord avec un prix moyen annuel à un niveau très bas à 0,28 €/L contre 0,33 €/L en 2008» précise Pascal Servier. «Cet accord, qui a permis de garder un prix 2009 supérieur à celui de nos voisins allemands et aux cours mondiaux, a posé les bases de calcul du prix du lait, encore valables aujourd'hui».

 

 

Problématique actuelle sur le prix du lait

Le Cniel s'est réuni à plusieurs reprises sans aboutir à un accord de prix du lait pour le 3ème trimestre 2010. Les producteurs livrent depuis le 1er juillet du lait sans connaître à quel prix il sera payé. Les indicateurs de marché donnent un redressement du prix du lait à hauteur de 330,10 €/1000 L pour juillet/août/septembre (soit + 31,10 €/1000 L par rapport au même trimestre de l'année précédente). Alors qu'elles ont participé et validé l'accord du 3 juin 2009 donnant les bases de ce calcul, les entreprises laitières refusent aujourd'hui son application. La filière laitière n'a donc pas à ce jour d'accord de recommandation de prix. Patrick Levet déplore que «les efforts portés par les jeunes soient anéantis par le non-respect de l'accord». «Les entreprises n'ont pas peur de renier leur parole et publient même leurs résultats à la hausse sans scrupule» s'offusque Pascal Servier. Les premières entreprises à se positionner souhaitent appliquer unilatéralement un relèvement du prix à hauteur de seulement de 313 €/1000 L pour juillet et août (soit +13,80 €/1000 L). L'écart de prix représente une perte d'environ 17 €/1000 L de lait livré.

 

 

Appel à la responsabilité des entreprises et de l'Etat

Le Président de la Fdpl rappelle que «bon nombre d'éleveurs en difficulté ont souscrit les emprunts du Psea (3) mais ils devront dès 2011 rembourser les premières annuités. Les producteurs ont dû emprunter de l'argent pour pouvoir faire face aux prix bas qui ont permis aux entreprises de faire des bénéfices. N'est-ce pas honteux que les entreprises fassent emprunter leurs bénéfices aux paysans ? Nous n'accepterons pas d'être les sacrifiés de l'économie française !» reprennent en chœur les responsables. L'Udsea, la Fdpl et les JA déplorent que l'industrie laitière cherche par tous les moyens à réduire le prix du lait payé au producteur, alors que les indicateurs de marché sont pour une fois favorable aux producteurs. «Si l'Etat n'agit pas comme un arbitre de la filière, les entreprises laitières vont continuer leur diktat, et instituer leur propre politique destructrice du territoire et de l'économie» fustige Pascal Servier. «L'Etat accepte-t-il d'abandonner l'agriculture aux pouvoirs financiers ? Souhaite-t-il renier toute reconnaissance de notre travail» ? Patrick Trillon estime que la Lma (4) ne réussira pas à limiter les déséquilibres des relations interprofessionnelles si l'Etat ne fait pas «la police». Pascal Servier clame que «l'Economie se fait avec les Hommes et non uniquement avec des projets financiers». Le Président des JA rajoute que «les jeunes agriculteurs ne veulent pas être les larbins de la grande distribution et des industriels». Les montants qui seront affichés vers le 20 août sur les prochaines factures de lait livré en juillet seront déterminants pour les prochaines semaines.


(1) Source : Agreste Auvergne - juillet 2010 - Comptes provisoires de l'agriculture en 2009.
(2) Fédération Nationale des Producteurs de Lait.
(3) Plan de Soutien Exceptionnel à l'Agriculture de 2009.
(4) Loi de Modernisation de l'Agriculture.

 

 

Des actions FNSEA-JA-FNPL partout en France

Les secrétaires généraux de la Fnsea, JA et de la Fnpl, Dominique Barrau, Christophe Chambon et Thierry Roquefeuil se sont réunis le 4 août pour lancer un ultimatum aux entreprises laitières. Ils dénoncent les industriels qui ne respectent pas leur signature, et exigent qu'une nouvelle rencontre interprofessionnelle ait lieu dans les meilleurs délais pour que les producteurs puissent connaître le prix du lait de cet été. Des opérations de «sti-ckage» des produits de ces mêmes industriels (apposition d'autocollant appelant au boycott), des rencontres avec les Préfets ou avec les entreprises se multiplient dans les départements. Les trois syndicats appellent les pouvoirs publics à jouer leur rôle, en proposant et en faisant respecter un cadre équilibré des négociations. Selon eux, «les consommateurs ne doivent pas être oubliés. Le travail des agriculteurs doit être justement rémunéré, mais les consommateurs ne doivent pas en subir les conséquences». Fnsea, JA et Fnpl ont lancé un compte à rebours et donnent 8 jours aux industriels (jusqu'au 12 août) pour respecter leur engagement pris le 3 juin 2009.

 

 

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