L'Auvergne Agricole 27 août 2009 à 10h05 | Par J. Kerleaux

Rencontre - Le Préfet à l’écoute des agriculteurs

A l’invitation des JA et de l’Udsea, Patrick Stefanini, nouveau Préfet du Puy-de-Dôme, a visité deux exploitations du département, celle de Yannick Chassaing, sur la commune de Clémensat, et celle du Gaec des Coustilles, à Cournols.

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Chez Yannick Chassaing à Clémensat, les responsables professionnels ont témoigné leur exaspération face à l’effondrement des cours des céréales
Chez Yannick Chassaing à Clémensat, les responsables professionnels ont témoigné leur exaspération face à l’effondrement des cours des céréales - © auvergne Agricole

Des anciennes terrasses de vergers et de vignes, il ne reste presque plus rien. Comme dans beaucoup de communes du canton de Champeix, Clémensat a connu des mutations profondes de son agriculture. Aujourd'hui, les meilleures parcelles de la commune sont cultivées. Yannick Chassaing produit du blé, du maïs, du colza et du tournesol. Les conditions d'exploitation sont relativement difficiles et rien ne serait possible sans l'irrigation.

Les céréaliers étouffés par les contraintes et les contrôles

Un membre du bureau de l'UDSEA s'adresse franchement au Préfet : « Nous n'avons pas peur de dire que nous sommes productivistes ! ». En effet, pour ces céréaliers, présents à l'appel de leur syndicat, l'acte de production est la fierté du métier d'agriculteur. Une production «source de vraie économie et de richesse pour le pays » comme l'explique le président Patrick Trillon ... à condition qu'on laisse aux agriculteurs les moyens de produire. Un large bilan des contraintes environnementales et réglementaires est dressé. L'accent est mis sur la nécessité de garder des solutions techniques pour protéger les cultures, fertiliser et irriguer. « Il faut résoudre les problèmes de prise d'eau dûs à la divagation de l'Allier, en amont d'Issoire » prévient Patrick Trillon.
Il y a, à la fois, de la lassitude et de l'exaspération chez ces céréaliers de Limagne qui sont confrontés par ailleurs à un effondrement des cours des céréales. Après un large tour d'horizon des menaces qui pèsent sur la production céréalière, Yannick Chassaing résume bien le sentiment général : «tout ce que nous voulons, c'est qu'on nous laisse travailler ! ».
L'actualité récente alimente également la réflexion. « Il faut arrêter l'hypocrisie » dénonce Sébastien Vidal au sujet des interdictions de production de maïs transgéniques alors que les importations d'aliments animaux issus des OGM sont massives. Le préfet rappelle que l'annulation de l'arrêté de 2007 par le Conseil d'Etat nécessitera de relancer un débat parlementaire. Il propose d'organiser une rencontre sur ce thème avec les forces vives de l'agriculture, « pour alimenter le débat » précise t-il.

Quels revenus pour les producteurs de lait ?

Une vingtaine de producteurs s'est retrouvée au Gaec des Cous-tilles, un Gaec à quatre associés, qui produit 400 000 litres de lait et élève 400 brebis de race Rava.
« Si nous sommes une charge pour la société alors il faut nous le dire tout de suite ! » commence Pascal Servier, président de la FDPL. Les gorges se nouent et la détresse est palpable lorsque les producteurs de lait témoigent de la situation de crise qu'ils vivent. Très attentif à leurs témoignages, le nouveau Préfet Patrick Stefanini connaît bien le dossier laitier. Il a mis sur pied des groupes de travail avec l'ensemble de la filière laitière pour préparer l'avenir. « Nous devons inventer une nouvelle forme de relation entre les acteurs de la filière » précise le préfet. L'Etat s'impliquera pour donner des garanties et mettre des garde-fous à la contractualisation.
L'exploitation de la famille Mioche est très représentative des exploitations laitières qui ont su se moderniser tout en maîtrisant les charges. « Le coût de production, plus faible que la moyenne, est de 340 €/1000 litres de lait. Avec 145 €/1000 litres de soutiens publics et de co-produit Viande, il faut un prix du lait de 377 €/1000 litres de lait si on veut assurer une rémunération de 1,5 fois le smic aux associés » calcule Magali Boulleau, directrice de la Chambre d'agriculture. « La production n'est pas suffisamment valorisée » reconnaît Patrick Stefanini. C'est tout l'enjeu des discussions des semaines à venir avec la filière : sortir du prix national unique, aller plus loin dans la valorisation des produits, maîtriser l'offre et renforcer la capacité de négociation des producteurs face aux entreprises. Un travail qui demande « une détermination totale » déclare le représentant des pouvoirs publics.

L'indispensable politique des prix

La question des prix agricoles concerne toutes les productions du département. La filière ovine connaît des baisses de prix de vente de l'agneau « injustifiées actuellement » selon Michèle Delesvaux de la FDO du Puy-de-Dôme. Et sans perspectives de prix, il n'y aura pas de relance de la productions et les acquis du bilan de santé de la PAC ne seront que « du sparadrap sur une jambe de bois » assure-elle. L'hyper-volatilité des prix et l'absence de régulation des marchés agricoles sont dénoncés d'une même voix par tous les responsables professionnels. Et pourtant, « les agriculteurs sont prêts à relever le défi de la mondialisation » affirme Bruno Chaput. Le Préfet rappelle alors la vision du Président de la république et du gouvernement: l'agriculture nécessite des régulations spécifiques et « il n'est pas question de s'en remettre au seul marché ».

 

Au Gaec des Coustilles à Cournols, les agriculteurs ont insisté auprès du Préfet sur la nécessité de préserver le revenu des producteurs.
Au Gaec des Coustilles à Cournols, les agriculteurs ont insisté auprès du Préfet sur la nécessité de préserver le revenu des producteurs. - © auvergne Agricole

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