L'Auvergne Agricole 18 octobre 2012 à 10h20 | Par Mélodie Brut

Pollution - L’élevage et l’azote sous l’œil des scientifiques

L’agriculture est l’une des activités productrices de gaz à effet de serre. Ces émissions inquiètent les pouvoirs publics qui essaient de trouver des solutions.

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- © M. Brut

Le développement de l’agriculture de ces soixante dernières années est associé à l’augmentation de la production mais également des ces émissions. Des rejets principalement d’azote et de méthane aujourd’hui sévèrement pointés du doigt par les pouvoirs publics. Les multiples impacts de l’azote sur la santé humaine et sur l’état des écosystèmes ont été décrits à plusieurs reprises dans diverses expertises.

Cependant, les flux d’azote en élevage et les moyens pouvant réduire et rééquilibrer ces émissions sur les territoires n’avaient encore jamais fait l’objet d’une évaluation. En 2010, les ministères en charge de l’Agriculture et de l’Ecologie ont demandé une expertise scientifique collective à l’INRA. En charge de cette étude, elle a présenté ses pre-miers résultats lors du Sommet de l’élevage.

 

Bilan dans les chaussettes

Les systèmes de productions agricoles présentent trois caractéristiques : un découplage de plus en plus marqué entre productions végétales et animales, une spécialisation des exploitations et une forte concentration géographique des productions sur certains territoires. L’élevage consomme de l’azote via l’alimentation mais il est également un producteur à travers les déjections animales, utilisées souvent comme engrais. Les quantités d’azote contenues dans les effluents sont très variables (alimentation différente, environnement…) et peuvent parfois dépasser les capacités d’absorption des surfaces agricoles sur lesquelles elles sont épandues. Les niveaux d’excédents les plus élevés se trouvent dans les territoires à forte densité animale, combinant l’élevage de ruminants et de monogastriques (porcs) comme le Grand Ouest. Les bilans azotés (différence entre apports totaux au sol et exportations) dépassent les 40 à 50 kg d’azote/ha/an alors que la moyenne nationale est de 29 Kg d’azote/ha/an. Les impacts sur l’environnement et la santé humaine ne sont donc pas négligeables. Avec des chargements animaux plus faibles, les grands Massif central, Jura et Alpes ont des bilans largement inférieurs à 15 kg.

 

Solutions vaporeuses

Malgré tout, l’élevage reste responsable à 80% des émissions nationales en ce qui concerne l’ammoniac et à 30% pour les nitrates. Bien que des améliorations considérables aient été réalisées dans la gestion de ces émissions, ces dernières n’en restent pas moins contraignantes pour les éleveurs et la population. La gestion optimisée des effluents apparaît être la voie majeure du progrès. Cependant, les chercheurs de l’INRA notent dans leur rapport que les éleveurs et leurs conseillers disposent de peu de moyens pour établir un diagnostic et choisir les actions importantes à mener sur l’exploitation. Cependant, des mesures techniques permettent d’ores et déjà de valoriser au mieux cet azote excédentaire. Ainsi, l’implantation de légumineuses dans les prairies, de cultures intermédiaires pièges à nitrate (CIPAN), les cultures sous-couvert végétal ont prouvé leur efficacité. Le traitement technologique des effluents d’élevage serait une marge de manœuvre pour la répartition spatiale des apports. La production d’engrais organiques normalisés et commercialisables offrirait l’opportunité d’exporter l’azote vers les régions céréalières et remplacerait en partie les engrais minéraux. La méthanisation peut également devenir un levier d’action dans la gestion des effluents. Bien que les pistes d’améliorations soient nombreuses, les chercheurs de l’INRA estiment qu’il est encore nécessaire de rechercher des innovations, particulièrement en ce qui concerne le recyclage de l’azote. Pour l’heure, les agriculteurs ainsi que les collectivités essaient de développer le travail en commun pour construire des solutions efficaces.

 

L’Aduhme promeut l’autonomie énergétique des exploitations. Elle a présenté au public les résultats d’une étude sur le potentiel de méthanisation.
L’Aduhme promeut l’autonomie énergétique des exploitations. Elle a présenté au public les résultats d’une étude sur le potentiel de méthanisation. - © Ludovic Vimond

La méthanisation, la poule aux œufs d’or du Puy-de-Dôme

 

La méthanisation, la solution presque miracle pour éliminer proprement les déchets organiques tout en produisant de l’énergie. Cette technique très développée dans les pays nord européens peine à démarrer en France. L’émergence d’une filière commence pourtant à voir le jour. En septembre dernier, l’Aduhme, l’agence locale de l’énergie et du climat a présenté les résultats de son étude sur les gisements et le potentiel en méthanisation du Puy-de-Dôme.

 

Un jeu d’enfant

La règle est simple. Le processus de méthanisation consiste à valoriser la dégradation des matières organiques (fumier, lisier, ordures ménagères…). Cette dernière provoque l’émission d’un biogaz composé principalement de méthane (CH4). Brûlé dans un groupe électrogène, il produit de l’électricité ainsi que de la chaleur de manière constante sur une année.

 

Une mine d’or

Les matières les plus riches en CH4 sont les résidus de cultures tels que les résidus de maïs, de céréales et les tourteaux de colza. Les déchets des collectivités ne sont pas en reste avec les graisses usagées, les résidus de pelouse issus de la tonte et les boues de station d’épuration. Cependant, ces matières ne se comptent pas en grandes quantités contrairement aux effluents d’élevages.

L’Aduhme a également répertorié par canton les potentiels de méthanisation. Ainsi, les Combrailles, la Limagne agricole, la plaine du Lembron et une partie du Livradois sont riches en déchets de menues pailles. Quant aux fumiers et lisiers, de très grosses quantités sont présentes sur l’ouest du département. L’agriculture n’est pas l’unique fournisseur potentiel de matières fermentescibles. Les établissements de soins (hôpitaux, maisons de retraite…) concentrés principalement sur Clermont-Ferrand, Riom, Issoire et Ambert peuvent aussi fournir des déchets. Il en va de même pour la restauration collective et les GMS également basées autour de la capitale puydômoise. Au total, l’Aduhme estime que le potentiel de méthanisation du département s’élève à plus de 1,1 milliard de kWh (base minimale). Ces premiers résultats ouvriront peut-être la voie à des projets de méthanisation collectifs.

 

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