L'Auvergne Agricole 04 juillet 2007 à 00h00 | Par C.Rolle

OGM - Suspension des essais : décision après le Grenelle de l’environnement

Au lendemain de la destruction d’une parcelle de maïs OGM, Limagrain s’interroge sur la poursuite de ses essais en France. Mais la coopérative suspend sa décision au Grenelle de l’environnement de l’automne prochain.

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Pascual Perez, directeur de Biogemma et Daniel Cheron, directeur général de Limagrain lors de la conférence de presse du 2 juillet
Pascual Perez, directeur de Biogemma et Daniel Cheron, directeur général de Limagrain lors de la conférence de presse du 2 juillet - © Auvergne Agricole


Les étés se suivent et se ressemblent dans le Puy-de-Dôme ! Pour la septième année consécutive, des essais de maïs OGM ont été détruits dans la nuit du 29 au 30 juin sur la commune de Malintrat. Il s’agit de deux essais conduits par la société Biogemma sur une surface totale de 5000 m2 ; l’un portait sur la tolérance à la sécheresse et l’autre sur la précocité de floraison. Erreur de casting ou volonté délibérée d’atteindre les maïsiculteurs ? Au même moment, sur la même commune, deux autres essais sur maïs conventionnel conduits par Maïcentre, et une parcelle de multiplication d’une lignée conventionnelle de Limagrain (à Bergonne) destinée à la production de semences de base, ont également subi les foudres des faucheurs.
Lors d’une conférence de presse le 2 juillet, Daniel Cheron, directeur général de Limagrain, faisait « un constat d’échec. Cela fait sept ans que ça dure, et en vingt ans de recherche nous n’avons obtenu aucune commercialisation de produits alors que d’autres avancent dans ce domaine. Nous creusons notre retard face aux Etats-Unis mais aussi face à l’Asie – Chine et Inde- qui développent à grands pas la production d’OGM ».


L’agriculture, un enjeu économique sensible

 

Limagrain et Biogemma s’interrogent surtout sur la poursuite de leurs essais en France et sur le maintien du « centre de gravité » de leur recherche biotechnologique en Auvergne, « nous sommes une coopérative et nous avons encore la faiblesse de croire que l’on peut avoir une recherche proche de ses actionnaires ! Mais face aux évènements, il semble que nous n’ayons pas d’autres alternatives que de poursuivre nos travaux à
l’étranger où les conditions de travail sont plus faciles. Nous avions cette année trois essais en France, 100 aux Etats-Unis ; et si ça continue dans dix ans, le nombre de nos chercheurs sera multiplié par deux pour atteindre 2600, mais 80% d’entre eux seront sans doute à l’étranger contre 40 % actuellement. Autant de croissance qui ne se fera pas ici en France ! ». Malgré tout, Limagrain reporte sa décision de suspension des essais au Grenelle de l’environnement. «C’est une étape impor- tante à laquelle nous souhaitons être associés afin de sensibiliser les politiques et les ministres concernés aux enjeux économiques que représente l’agriculture ; des enjeux trop souvent oubliés ! » L’agriculture et l’agro alimentaire pèsent en effet 15 % du PIB et constituent le 1er secteur économique français. « Or la France est en train de perdre pied dans ce secteur en tissant une dépendance technologique extrêmement forte avec les autres puissances ». Près de 25 000 ha de maïs OGM issus de la technologie Américaine sont cultivés cette année dans le sud-ouest de la France, soit cinq fois plus qu’en 2006. « Les agriculteurs vont reverser une grande partie de leur revenu à la recherche étrangère, la valeur ajoutée qui va quitter le territoire est donc importante » précise le directeur général.
« C’est de la compétitivité de la recherche et de l’avenir de l’agriculture dont il est question aujourd’hui » poursuit-il. « La France doit s’inscrire dans une dynamique de performance économique, territoriale et écologique de son agriculture et donner, pour cela, à ses chercheurs, publics ou privés, le cadre et les moyens nécessaires pour continuer à produire les connaissances et les outils indispensables. »

 

Philippe Aymard, agriculteur, propriétaire de la parcelle détruite à Malintrat
Philippe Aymard, agriculteur, propriétaire de la parcelle détruite à Malintrat - © Auvergne Agricole

Il a dit :

Philippe Aymard, agriculteur, propriétaire de la parcelle détruite à Malintrat

« Ces actions sont dramatiques pour la recherche et l’agriculture française. Un certain nombre d’anti-OGM du secteur et du département mettent une pression permanente dès qu’il y a un essai de maïs OGM réalisé pourtant dans les conditions légales les plus strictes. Ils ont même pris soin de repérer l’essai! Et c’est d’autant plus inadmissible que ces individus, connus de tous, n’hésitent pas à détruire des cultures de maïs conventionnel. Il est urgent que tout le monde prenne ses res-ponsabilités, y compris la justice et que les auteurs soient sévèrement condamnés pour avoir mis à mal d’un côté le travail de leurs concitoyens et, de l’autre, des années de recherche »

 

Sébastien VIDAL, président de JA 63
Sébastien VIDAL, président de JA 63 - © Auvergne Agricole

Réaction du président de JA 63, Sébastien VIDAL

OGM: Pour certains source d’espoir, pour d’autres les faucher c’est la notoriété…

Ça y est, on y est. Juillet sonnant et trébuchant est là. Pour certains, c'est avant tout un grand moment de stress dans l'attente des résultats des examens, pour d'autres c'est le soulagement avec les vacances qui arrivent à grands pas et pour nous, agriculteurs, c'est sur quelques jours que va se jouer une campagne.
Malheureusement, pour ce 1er jour de juillet, nous n'avons pas eu uniquement droit aux routes surchargées, mais au réveil des anti OGM qui, selon le principe de liberté d'expression, ont exprimé leur "art" en fauchant des parcelles de maïs transgénique…
De quel droit osent-ils agir au détriment d’autrui? Quelle moralité les anime pour leur permettre d'outrepasser les lois ? Mais surtout, quelle légitimité peut leur être accordée quand on sait que pour la plupart d'entre eux "OGM" est un gros mot alors qu'ils les manipulent au quotidien !
En effet, depuis plus de 20 ans, ils sont utilisés en médecine pour sauver des vies et aujourd'hui, quand Limagrain leur explique (parce que oui, les firmes ont fait le premier pas en prenant le temps d'aller à leur rencontre et d'échanger sur le pourquoi du comment!!) nous avons droit à un festival d'hypocrites. Mais mesdames, messieurs, il ne s'agit pas d'entendre, il faut aussi écouter pour comprendre.
Nul aujourd'hui ne peut se vanter de détenir la vérité sur quelque sujet que ce soit. En matière d'OGM, cette affirmation est encore plus vraie dans la mesure où son accès nous est refusé. Pourquoi nous contenter d'une seule version de vérité ? Aujour-d'hui nous voulons nous faire notre propre opinion, seuls. Arguments, contre arguments : à la recherche de nous les avancer, à chaque Homme de synthétiser.
Si pour nous, Jeunes Agriculteurs, "OGM" signifie Objectif de Gestion Mondiale des ressources alimentaires, pour ces réfractaires du progrès et aux estomacs bien remplis, il n'y a aucun sens plus subtil que le nom scientifique, à croire qu'ils manquent d'une Ouverture Générale des Mentalités.
Enfin, on peut noter qu'ils refont surface tous les ans avec le soleil. Comme le maïs ils ont besoin d'un certain indice de température pour s'exprimer. Il faudra penser à remédier à tout ça pour les générations futures (simple manipulation génétique) dans l'espoir que plus jamais des individus usent et abusent de leurs libertés au détriment du droit de vie de l'humanité.

 

Patrick Trillon,  président de l’UDSEA
Patrick Trillon, président de l’UDSEA - © Auvergne Agricole

Patrick Trillon, président de l’UDSEA

« L’actualité nous rappelle combien il faut persévérer dans la défense de la recherche et d’une agriculture de production compétitive. En effet, l’UDSEA condamne fermement les destructions de parcelles de maïs à Malintrat et Bergonne. Ces actions sont lâches et illégales. Alors que la transparence est de rigueur dans la mise en place et la conduite de ces essais, il serait intolérable que les «faucheurs » ne soient pas jugés pour leur méfait au regard de la loi. Il est inadmissible qu’un groupuscule d’agitateurs puisse aisément véhiculer la peur et la méfiance auprès de l’opinion publique ! Des années de recherche sont réduites à néant avec pour conséquence un retard avec les semenciers concurrents. Ce sont aussi les espoirs des paysans et de la société qui sont atteints ! Jamais nous ne pourrons relever les défis technologiques de demain sans la participation active des chercheurs et des entreprises. C’est un droit mais aussi un devoir pour répondre aux besoins de la société. Il est inconcevable qu’un secteur économique aussi important que l’agriculture ne puisse évoluer et se donner les moyens de le faire».

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