L'Auvergne Agricole 01 juillet 2020 à 11h00 | Par Mélodie Comte

Nouvelles cultures, le mouvement est en marche en Limagne

Les nouvelles cultures se développent bon train en Limagne sous l’impulsion de la création de nouvelles filières et l’arrêt d’autres.

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Nicolas Chatard, agriculteur à Aigueperse, a implanté plus de 650 pieds de melons en plein champ pout tenter de pallier ses pertes de revenus.
Nicolas Chatard, agriculteur à Aigueperse, a implanté plus de 650 pieds de melons en plein champ pout tenter de pallier ses pertes de revenus. - © O.Debrune

Les agriculteurs de Limagne sont de plus en plus nombreux à diversifier leurs productions végétales. Le 25 juin dernier, la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme a organisé en Limagne Nord, un tour de plaine dans cinq exploitations agricoles engagées dans ces nouvelles filières. Lentilles, pois chiche, haricots rouges et légumes de plein champ ont été présentés aux visiteurs avec l’objectif pour Orane Debrune, conseillère agronomique et animatrice de la PRA Limagne Nord, « de montrer qu’il est possible de conduire de nouvelles cultures avec une valorisation en vente directe ou contractualisée ».

« Viser la rareté et l’excellence »

À Aigueperse, Nicolas Chatard est l’un de ces agriculteurs novateurs. Installé en 2018 en cultures sèches et poulets de chairs, il s’est engagé dans la production de légumes de plein champ pour tenter de pallier aux pertes de revenus de ces dernières années. « Mon projet d’installation prévoyait la production de betterave sucrière sur huit hectares. La fermeture de la sucrerie a tout stoppé. En plus de cela, j’ai eu de très mauvais rendements en 2019. » Le jeune producteur doit rapidement trouver une solution pour se dégager un revenu. Face à l’engouement des consommateurs pour les filières courtes et locales, la production de légumes de plein champ lui apparaît comme la réponse à ses besoins.

Sur 1,5 hectare, il implante plus de 650 pieds de melons ainsi que des potimarrons et butternut. Il consacre également 60 ares à la culture de la pomme de terre et de rattes. « J’ai choisi des variétés peu communes et très recherchées par les restaurateurs comme les Prunelles et la Liberta. »

Afin de sécuriser ses rendements et garantir une certaine qualité, il a obtenu un droit de pompage avec une autre exploitation agricole, dans le ruisseau Le Buron. « Jai semé mes melons sous serre le 10 mars pour les planter en plein champ à la mi-avril. Les premiers melons sont bien formés et n’attendent que le soleil. Quant aux butternut et potimarrons, ils sont en fleurs. Ce sont des cultures gourmandes mais grâce à mon poulailler, je bénéficie d’une grosse quantité de fumier. »

Sa production sera vendue en partie en vente directe et à Jardin de Limagne. L’entreprise a d’ailleurs demandé à Nicolas Chatard de produire pour cet automne des rutabagas et des navets ronds violets « très appréciés des consommateurs ».

« Retrouver de la valeur pour sauver l’exploitation familiale »

A quelques kilomètres de là à Entraigues, Brice Megemont a également fait le choix des légumes de plein de champs. Double actif, installé depuis le mois de janvier, il a choisi les légumes pour se dégager un revenu et sauver ainsi l’exploitation familiale. « Mon père partait à la retraite. Son exploitation fait environ 40 ha. C’est ridicule en pleine Limagne ! Sur une si petite surface, les grandes cultures ne dégagent pas suffisamment de revenus. Il faillait quelque chose de plus rémunérateur pour conserver notre patrimoine familial. » En plus du blé, du maïs semence et consommation, du pois et du tournesol, Brice Megemont cultive 1,6 ha de pommes de terre, un demi-hectare de bulbes (ail, oignon et échalotte) ainsi que des carottes et des fruits et légumes d’été (melons, courgettes…). La totalité de sa production est vendue en direct à la ferme. « Mes 50 tonnes de pommes de terre produites annuellement sont vendues dans les 10 jours après la récolte. Lors du ramassage autant j’en rentre autant il en sort. » L’agriculteur a fait le choix de ramasser l’intégralité de ses pommes de terre à la main pour garantir « une qualité prémium » et « optimiser la conservation ». Une charge de travail considérable mais qui vaut son pesant d’or. « Deux hectares de légumes de plein champ rapportent plus que mes 35 ha de grandes cultures. En maraîchage, chaque mètre carré est rentable à condition d’avoir l’irrigation pour assurer le rendement. »

Semés le 10 mai dernier, les haricots rouges de Simon Roche ont bénéficié de conditions favorables à leur développement.
Semés le 10 mai dernier, les haricots rouges de Simon Roche ont bénéficié de conditions favorables à leur développement. - © O.Debrune

« Le haricot rouge demande de la vigilance »

D’autres agriculteurs en revanche ont opté pour la culture de légumineuses. Là aussi, ces productions à destination de la consommation humaine sont nouvelles en Limagne. A Aubiat, Simon Roche cultive pour la première fois des haricots rouges contractualisés avec Limagrain. Le 10 mai dernier il a implanté la culture sur environ quatre hectares. « La préparation du sol se rapproche de celle de la betterave. J’ai semé avec le semoir mono-graine. Les haricots sont sortis huit jours plus tard. » L’agriculteur est accompagné chaque semaine par un technicien de la coopérative. Le jeune producteur considère cette présence « indispensable » en raison de la « technicité de la culture ». « Le haricot demande beaucoup de vigilance. Il faut aller voir les parcelles au moins une fois tous les deux jours. » La récolte sera assurée par deux entrepreneurs puydômois.

Lentilles et pois chiche dépendants de l’année

À Maringues, Jean-Luc Chabert expérimente, sur trois hectares, la culture du pois chiche pour tenter de pallier aux pertes de la betterave. Semé fin mars à une dose de 300 kg/ha avec un semoir à céréales classiques, la légumineuse méditerranéenne se révèle peu exigeante. Après un désherbage et un fongicide, aucune autre intervention n’a eu lieu depuis plus de deux mois. L’agriculteur regrette en revanche le manque d’informations agronomiques entourant le pois chiche. « Peu de temps après la levée, j’ai eu un problème sanitaire. J’ai cru que c’était fichu. Puis la plante est repartie. Encore aujourd’hui, personne n’est capable de me dire ce qu’elle a eu. » La floraison est en cours et l’on peut observer la formation des premières graines. La récolte est prévue aux alentours du 15 août. « La culture n’est pas très compliquée mais je pense qu’il faudra encore une année d’expérience pour bien la maîtriser. »

Une expérience qu’a acquise Geoffrey Quinty. Depuis 6 ans, il cultive de la lentille de semence. Cette année, il a choisi de s’orienter vers la production de lentilles de consommation sur 4,5 ha. « La conduite est la même et sa réussite est tout aussi aléatoire. Suivant les années, on peut récolter 8 qtx/ha comme 24 qtx/ha. La lentille est très délicate » précise-t-il. Le jeune homme préfère cultiver du soja. Plus régulier sur les rendements, il est en revanche « très gourmand en eau ».

C’est ainsi un champ des possibles qui s’ouvre pour les agriculteurs de Limagne. Que l’on veuille une production intégrée ou écoulée en vente directe, que l’on soit grandes cultures ou plutôt maraîchage, l’engouement de la consommation alimentaire « made in France » permet l’ouverture de nouvelles filières ; à chacun de trouver sa voie. Ce que l’histoire ne dit pas en revanche, c’est quelle est l’amplitude de ces marchés ? Risque-t-on de les voir rapidement saturés ?

Mais surtout, chaque agriculteur rencontré s’accorde à dire d’une part que « sans irrigation ces cultures ne sont pas envisageables ». D’autre part elles manquent selon eux « d’un accompagnement technique » pour les cultures maraîchères et « d’informations agro- nomiques précises » pour les légumineuses.

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