L'Auvergne Agricole 22 octobre 2014 à 08h00 | Par Sophie Chatenet-Giraud

Maigre récolte de « made in France » chez les grossistes

A l’appel de la FNSEA et des JA Auvergne, une cinquantaine d’agriculteurs ont passé au peigne fin les rayons viande des magasins Métro et Promocash de Clermont-Ferrand.

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Opération contrôle de l’étiquetage des viandes, vendredi matin chez les grossistes de Clermont-Ferrand.
Opération contrôle de l’étiquetage des viandes, vendredi matin chez les grossistes de Clermont-Ferrand. - © S.CHATENET

Opération contrôle de l’origine des viandes, vendredi en milieu de matinée, à Clermont-Ferrand. Une cinquan-taine d’éleveurs venus du Puy-de-Dôme, du Cantal et de Haute-Loire ont pris pour cible deux grossistes de l’agglomération : Métro et Promocash. Dans une ambiance sereine, les agriculteurs ont procédé à l’examen de la plupart des étiquettes des morceaux de viande vendus en rayons frais et surgelés et constaté la maigre proportion de viande d’origine française. Chez Métro, en cette matinée, un tiers de la viande vendue était française, le reste provenait de l’Union européenne.

L’Espagne, l’Allemagne ou encore l’Irlande sont arrivés en tête des origines les plus fréquemment rencontrées. En revanche, point de viandes venues d’Amérique du Sud en vue. La prévision de l’action syndicale de la FNSEA et des JA Auvergne aurait-elle conduit la direction à bouter hors de son magasin tout morceau de «barbaque» estampillé Brésil ou Argentine ? Possible, mais pas certain… Le chef du rayon boucherie de Métro a expliqué que « la viande du Brésil ou plus largement des pays du Mercosur ne correspondait pas à la demande des clients». D’où son absence des rayons…

 

Deux pièces suspectes ont été découvertes chez Promocash.
Deux pièces suspectes ont été découvertes chez Promocash. - © S.CHATENET

Deux morceaux suspects

Dans leur traque, les éleveurs sont toutefois tombés sur des os, comme ces steaks hachés fabriqués à base de viande allemande et transformés en France dans l’Aveyron. «On marche sur la tête, mais finalement on doit y être bien puisqu’on y reste », lançait dépité un éleveur du Cantal. Globalement, chez Métro, principal fournisseur des acteurs de la restauration hors foyers, à peine 10% de la viande était estampillé «VBF» (viande bovine française).

Si le directeur du magasin n’a pas souhaité communiquer sur le volume de viande bovine écoulé par semaine, les responsables syndicaux savent pertinemment que c’est auprès de ses «gros» que la promotion de l’origine France aura un impact certain.

« Dans un contexte de crise pour nos filières de production et nos entreprises agroalimentaires, la promotion de l’origine France constitue un levier majeur. Les efforts de chaque acteur dans ce domaine - opérateurs, distributeurs, restaurateurs, cantines publi-ques comme privées - doivent être amplifiés pour privilégier des produits français dans les approvisionnements», a expliqué Bruno Dufayet, président de la section bovine de la FDSEA du Cantal. L’argument du «trop cher» n’est pas recevable pour les éleveurs, considérant, comme Christian Peyronny, président de l’UDSEA du Puy-de-Dôme que « nous sommes arrivés au bout de la politique du moins disant ».

Les éleveurs n’ont pas obtenu toutes les informations souhaitées.
Les éleveurs n’ont pas obtenu toutes les informations souhaitées. - © S.CHATENET

Poursuivre les contrôles

En difficulté parfois pour répondre aux interrogations légitimes des éleveurs sur la traçabilité des viandes, les responsables locaux des magasins ont eu tôt fait de rejeter la responsabilité sur leurs centrales d’achats. Chez Promocash Clermont, où à peine 20% de la viande vendue est d’origine française, la délégation a découvert un morceau douteux emballé sans étiquette et un autre portant une étiquette ne mentionnant pas l’origine. A l’heure des comptes, les employés ont eu bien du mal à en rendre aux agriculteurs. Absence d’explications ou suffisamment floues pour ne rien y comprendre. Une chose est sûre, la FNSEA et les JA Auvergne ne comptent pas stopper leurs opérations de contrôles. Objectif : mettre les pouvoirs publics devant leur responsabilité. «Le mangez français ne doit pas être une douce utopie mais une réalité. Pour cela, il convient de desserrer l’étau qui entoure l’attribution des marchés publics notamment pour la restauration hors-foyer(1) ; de contrôler les pratiques abusives de la grande distribution mais aussi de répercuter la hausse des coûts de production tout au long de la chaîne alimentaire », résume Anthony Fayolle, président des JA de Haute-Loire. Une nouvelle action syndicale menée à l’échelle nationale par le réseau FNSEA et Ja, est prévue pour le 5 novembre prochain.

(1) Aujourd’hui, sur les six milliards de repas distribués par an en France en restauration hors-foyer, deux plats sur trois ne sont pas d’origine française.

 

Ils ont dit...

Roger Lamadon, producteur de viande bovine à Moureuille (Combrailles)

Pour quelles raisons êtes-vous présent ?

«La conjoncture est particulièrement difficile pour les producteurs. Les cours chutent, la consommation de viande bovine baisse ce qui entraîne un report du départ des animaux vendus. Tout cela cumulé pèse lourd sur la trésorerie de nos exploitations et instaure un climat de « ras-le-bol » qui pousse à agir. La viande est toujours au même prix en rayon voire augmente alors qu’elle nous est payée moins cher aujourd’hui qu’il y a deux ans ! En France, les éleveurs allaitants produisent une viande de qualité, à partir d’animaux bien finis ; elle est saine, sans hormones et sans antibiotiques. Elle répond aux critères d’exigence d’un consommateur de plus en plus soucieux de ce qu’il met dans son assiette. A contrario, la restauration hors foyer sert à 80% de la viande d’origine étrangère pour laquelle nous n’avons aucune garantie ni traçabilité. Les collectivités territoriales doivent faire l’effort de changer les choses au lieu de se cacher derrière le code des marchés publiques.»

 

Benoit Crégut, secrétaire général adjoint des JA 63

Quelles est votre ressenti suite à cette action ?

«J’ai été très déçu mais aussi très surpris de ne pas trouver dans ce type de magasins de la viande française, alors que beaucoup de restaurants du département se fournissent chez eux. Quant on va au restaurant, on s’attend à manger de la viande française, surtout avec le prix des repas aujourd’hui ! La surprise fut aussi de voir que des produits ont un macaron qui laisse penser que la viande vient de France, alors qu’elle est juste emballée chez nous et qu’elle vient de l’étranger ! C’est tromper le consommateur et flouer le producteur français. La moindre des choses serait que ces enseignes se mettent à soutenir la production française en proposant dans leurs rayons de la viande issue de la production nationale !»

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