L'Auvergne Agricole 15 avril 2020 à 10h00 | Par M.Comte

« Le commerce du vin est quasiment à l'arrêt »

Pierre Deshors, vigneron au Crest près de Clermont-Ferrand, vient de prendre la présidence de la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme dans un contexte inhabituel.

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Pierre Deshors, vigneron au Crest, est le nouveau président de la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme.
Pierre Deshors, vigneron au Crest, est le nouveau président de la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme. - © Fédération viticole du Puy-de-Dôme

Les vignerons et viticulteurs puydômois se sont réunis in extremis le 12 mars dernier, à l'occasion de l'assemblée générale de la Fédération Viticole. Un nouveau bureau a été élu (voir encadré ci-dessous) et Pierre Deshors en a pris la présidence. Vigneron installé au Crest depuis 2007, c'est dans un contexte plus qu'inhabituel qu'il a vécu le premier mois de sa nouvelle fonction.

Quelle est la situation chez les vignerons puydômois ?

« Les caves sont encore ouvertes parce que notre produit est considéré comme un bien de première nécessité. Malgré tout, le commerce du vin est quasiment à l'arrêt. Nos clients majoritaires sont les gens du village. Un collègue m'a confié avoir vendu 6 bouteilles en une semaine ! Ne nous leurrons pas, ce n'est pas le vin que recherchent actuellement les consommateurs. Quant aux ventes auprès des cavistes et restaurateurs, elles sont évidemment nulles. Alors qu'habituellement la période est propice au lancement des nouveaux millésimes, et donc mouvementée pour nous ; or en cette période c'est malheureusement le calme plat. Comme tout le monde, nous ignorons vers quoi nous nous dirigeons. Le seul avantage que nous avons est la facilité de conservation de notre produit. »

Mais comme tous les professionnels vous aussi avez besoin d'un revenu ?

« Bien sûr ! Nous avons tous des crédits, des charges de production, des salariés pour certains et besoin de vivre tout simplement. Parce que nous n'avons aucun revenu actuellement, certains collègues n'ont pas embauché de personnel pour réaliser l'attache des vignes. D'autres l'ont fait malgré tout, mais c'est compliqué car Il nous fil faut ut mettre en place les gestes barrières, ainsi que des équipements de protection, et nos métiers, nos outils, nos vignes ne sont pas forcément adaptés. »

 

Après la sécheresse de 2019, cette crise sanitaire est un second coup dur ?

« Nous avons perdu plus de 60% de notre production l'année dernière sur la zone d'appellation. Nous n'avons donc pas une grosse quantité de bouteilles à vendre mais ces ventes auraient permis d'avoir un revenu. On ne fait pas du vin pour qu'il reste en cave ! Alors oui c'est un second coup dur en l'espace d'une année. Les caves vont y laisser des plumes. La Fédération Viticole recense en ce moment même les pertes des vignerons afin de recueillir des chiffres exacts. »

Cette nouvelle campagne démarre mal...

« Et elle n'est pas terminée ! L'hiver a été très sec et certains collègues déplorent des dégâts après les gelées d'il y a 15 jours. La situation économique et sanitaire est inquiétante mais la météo actuelle l'est tout autant. Nous sommes face à une conjoncture qui dans son ensemble n'invite pas à l'optimisme. Si nous devions subir une deuxième année de sécheresse, qui plus est conjuguée aux évènements actuels, ce serait une catastrophe. Les caves ne laisseraient alors pas seulement des plumes mais toute la bête ! Il faut espérer que la pluie reviendra vite. »

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