L'Auvergne Agricole 15 août 2019 à 08h00 | Par Mélodie Comte

L’estive, fragile écosystème

À 1 400 mètres d’altitude sur les plateaux du Forez, l’estive de La Jacine résiste malgré des conditions climatiques défavorables.

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À l’estive de La Jacine, le tapis d’herbe étouffant d’ordinaire les pas des rares visiteurs se réduit comme peau de chagrin.
À l’estive de La Jacine, le tapis d’herbe étouffant d’ordinaire les pas des rares visiteurs se réduit comme peau de chagrin. - © M.C.

C’est un lieu hors du temps. À 1 400 mètres d’altitude, l’estive de La Jacine sur la commune de Job dans le Livradois-Forez, ferait presque oublier ce mercredi matin qu’il y a quelques jours encore des températures caniculaires nous étouffaient. La fraîcheur a fait son retour pour le plus grand bonheur des 2 200 brebis et leur berger, mais pour combien de temps ? Là où d’ordinaire un tapis d’herbe amortit nos pas, les pieds touchent durement le sol dans un crissement de paille écrasée. L’herbe commence à manquer, comme l’eau absente même sous forme de rosée. Le brouillard matinal se lève rapidement ne laissant guère d’humidité derrière lui. Olivier Stachowisz, le berger de la coopérative d’estive des Monts du Forez, n’a «pas été ennuyé par le brouillard cette année». Son travail de gardien n’est pas pour autant plus simple, bien au contraire. «Avec les grosses chaleurs, les brebis mangeaient uniquement la nuit. Pendant les canicules j’ai dormi avec elles dans les prés. Maintenant, dès que je les déplace, je dois penser à l’eau. Les sources sont à sec. Il n’y a même pas de rosée le matin».

Les maillons d’une longue chaîne

L’estive est un petit monde à part. Un écosystème à part entière où l’activité humaine à travers l’élevage ovin assure la pérennité d’un environnement et l’entretien de sa biodiversité. Ce petit bout des Monts du Forez ne pourrait avoir ce paysage sans l’action des ovins, eux-mêmes élevés et conduits par l’action de l’Homme. Dans le sens inverse, l’activité d’élevage des bergers ne pourrait être pérenne sans ce que leur offre cette nature. Rémy Pumain, éleveur et président de coopérative d’estive l’assure : «l’estive sauve la mise sur nos exploitations en nous permettant de diminuer le chargement durant 6 mois de l’année […] pendant une sécheresse, cela nous permet de réaliser des économies de fourrages». Une estive bien rodée mais qui n’est pas pour autant plus solide que le roc. Un printemps sec et tardif, suivi de chaleurs caniculaires précoces ; cet enchaînement climatique des plus inattendu, nous montre combien l’estive est un fragile écosystème. Car aujourd’hui, les 10 éleveurs de la coopérative se questionnent sur leur devenir. «Nous traînons de l’eau sur la route pour ravitailler l’estive et l’herbe ne repousse pas, même ici à

1 400 mètres. Chaque semaine, nous estimons à la baisse la durée de l’estive». Même le berger Olivier Stachowisz habitué à la vie rude et iso- lée dans les montagnes, témoigne ressentir de la difficulté. «Les brebis ont mangé en 15 jours ce qu’elles mangent habituellement en 30 jours. Je dois être continuellement sur le qui-vive, en mouvement. Se demander dès la fin juillet ce que tu vas donner à manger aux brebis dans les semaines suivantes, c’est difficile psychologiquement».

Chêne ou roseau ?

A la fin août, le troupeau sur lequel veille Olivier Stachowisz sera diminué de quelques têtes. Déjà, les 36 béliers ont regagné les bergeries et dans les semaines à venir, l’ensemble des brebis en fin de gestation entameront elles aussi la dévalade. De quoi donner plus de souplesse au berger.

La météo intransigeante aura fait trembler l’estive des Monts du Forez déjà bien malmenée. Rémy Pumain s’inquiète de sa pérennité pour des raisons indépendantes du climat. «Nous sommes 10 éleveurs à constituer l’estive et sa survie dépend des différentes subventions. Avec le Brexit, nous ignorons comment vont évoluer les aides PAC… Le Conseil Général finance le salaire de nos deux bergers, ici à La Jacine et à Prabouré».

Le groupement d’éleveurs est également touché de plein fouet par les difficultés de renouvellement des générations. « D’ici cinq ans, deux d’entre-nous vont arrêter. Il n’y a pas de repreneurs. La pérennité de l’estive est remise en cause car plus nous sommes nombreux mieux les frais sont dilués». Cette suite d’évènements et d’incertitudes souffle fort sur l’estive dont seul l’avenir dira si elle plie ou rompt sous ce poids.

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