L'Auvergne Agricole 15 janvier 2020 à 14h00 | Par Mélodie Comte

« L’eau de boisson est rarement le souci des éleveurs »

La disponibilité en eau dans les bâtiments d’élevage est souvent sous-estimée pourtant la déshydratation des animaux peut entraîner des pathologies directes et indirectes.

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L’abreuvement des animaux au pré est un souci permanent mais bien moins considéré dans les bâtiments.
L’abreuvement des animaux au pré est un souci permanent mais bien moins considéré dans les bâtiments. - © AA

Le changement climatique remet en question les techniques de productions. Sécheresses répétitives à l’intensité et la durée croissantes apparaissent comme le lot de ces prochaines années. « Nous sommes presque passés de deux à quatre saisons. Comment l’agriculture va-t-elle réfléchir à cela ? » Pierre-Emmanuel Radigue de la société 5mVet, étudie les systèmes d’exploitation en France et ailleurs. S’appuyant sur des résultats de recherches et sur l’observation technique et scientifique de pratiques des pays chauds, il a livré aux adhérents du GDS 63 une analyse pertinente notamment sur l’abreuvement des animaux. « En France, l’eau de boisson dans un bâtiment d’élevage est rarement le souci des éleveurs. »

 

20 à 30 cm linéaire par vache

L’eau apparaît évidemment comme un enjeu pour la poursuite de la production agricole y compris l’élevage. Afin d’affronter les sécheresses et canicules futures, Pierre- Emmanuel Radigue exhorte les éleveurs à se réintéresser à l’hydratation de leurs animaux. « La déshydratation n’entraîne pas toujours des pathologies directes mais est souvent la cause de pathologies indirectes. Les avortements à la fin de la gestation, par exemple, beaucoup ne sont pas d’origine infectieuse. Alors qu’est-ce qui les provoque ? Dans près de 80% des cas c’est la déshydratation de la mère. » L’expert est formel même si l’eau est à disposition des animaux dans les bâtiments, elle ne l’est pas suffisamment. Selon ses recommandations, il faudrait compter entre 20 et 30 cm de linéaire d’eau par vache et 3 cm par chèvre et mouton, le tout à un débit de 30 L/min. Cependant, avant tout, Pierre-Emmanuel Radigue recommande d’observer et de s’inspirer des systèmes Suisse où « lors de la construction d’un bâtiment, un géobiologiste(*) intervient obligatoirement afin de s’assurer de la conduc- tivité de l’eau en fonction des réseaux électriques ». Car si l’eau est disponible elle n’est en revanche pas forcément hydratante dans les bâtiments où réseaux d’eau et d’électricité ne sont pas installés convenablement. Cette notion géobiologique parfaitement abstraite joue pourtant son rôle dans le maintien sanitaire de l’élevage. « Le bâtiment d’élevage doit être un milieu équilibré. Or en France, la majorité des stabulations n’ont aucune mise à la terre ! »

Les prairies, des puits à carbone

S’appuyant toujours sur des exemples étrangers, Pierre-Emmanuel Radigue recommande aux éleveurs de ne pas céder à la simplification des systèmes. « La tendance naturelle face aux difficultés est d’être plus nombreux sur une même exploitation, d’augmenter les surfaces et d’enfermer les animaux. » Aujourd’hui en France, 70% du lait est produit dans des systèmes intensifs sans pâturage. Loin d’être le cas dans la région, l’expert incite les éleveurs à valoriser et à préserver autant que possible les ressources des prairies y compris les années de sécheresse. Il invite à prendre exemple sur les pratiques des pays chaud où lorsqu’il n’y a plus d’herbe « les animaux sont enfermés dans une prairie et nourris au foin dans celle-ci ». Ainsi une seule parcelle est surpâturée et les autres voient leur végétation préserver assurant des conditions de repousses optimales à la saison prochaine. Les prairies sont d’ailleurs au cœur d’enjeux démesurés. Puits de carbone par excellence, elles capteraient « autant de gaz qu’une forêt ». Au point, selon Pierre-Emmanuel Radigue, d’intéresser de gros investisseurs. « Si les agriculteurs croient de moins en moins en leur métier, d’autres s’y intéressent de très près et sont capables de mettre des millions, voire des milliards pour bâtir des modèles efficients. »

 

 

(*) Géobiologie : étude ésotérique des relations de l'environnement, des constructions et du mode de vie avec le vivant, de l'ensemble des influences de l'environnement sur le vivant, et notamment des ondes liées aux champs magnétiques et électriques, courants d'eau souterrains, réseaux dit « géobiologiques », failles géologiques, etc.

 

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