L'Auvergne Agricole 18 décembre 2019 à 14h00 | Par Mélodie Comte

L’agriculture française, pour combien de temps encore une puissance économique ?

Mathieu Darnaud, sénateur de l’Ardèche et Laurent Duplomb, sénateur de Haute-Loire ont répondu présent à l’invitation de Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme pour une rencontre avec les élus puydômois.

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De gauche à droite : Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Mathieu Darnaud, sénateur de l’Ardèche et 
Laurent Duplomb, sénateur de la Haute-Loire ont répondu aux interrogations des maires notamment sur les questions agricoles.
De gauche à droite : Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Mathieu Darnaud, sénateur de l’Ardèche et Laurent Duplomb, sénateur de la Haute-Loire ont répondu aux interrogations des maires notamment sur les questions agricoles. - © MC

À Orcines, le 16 décembre, les élus puydômois étaient invité par Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, à rencontrer Mathieu Darnaud, sénateur de l’Ardèche et Laurent Duplomb, sénateur de la Haute-Loire. Une réunion d’information durant laquelle ils ont pu évoquer avec les intervenants le budget national agricole. Cette rencontre est la deuxième du genre et s’apprête à devenir un rendez-vous annuel. « Je crois qu’il serait important d’inviter tous les ans, un ou deux sénateurs pour échanger avec vous (les élus NDLR). Car, aujourd’hui, nous sommes confrontés à des situations impensables. A titre d’exemple, j’ai été choqué il y a quelque semaine, de recevoir à la mairie de Laqueuille, où je suis conseiller municipal, un courrier nous demandant de ne plus distribuer du fromage au lait cru dans les cantines scolaires ! Il nous faut rétablir les vérités » insiste Jean-Marc Boyer.

L’agriculture se délite

Des vérités et de l’exactitude, il en a été question lors de cette réunion. La cinquantaine d’élus présents a ainsi bénéficié du regard sur l’agriculture française de Laurent Duplomb, rapporteur de la mission agricole du Projet de Loi de Finance 2020. Le sénateur avoue : « j’ai rejeté le budget agricole proposé parce qu’on dirait un budget de croisière ». Or à en croire son exposé, le bateau connaît d’innombrables avaries. Au travers de son rapport répondant à cette question « combien de temps encore l’agriculture restera une puissance pour le pays ? », les réponses produites sont pessimistes. Entre érosion de la masse salariale à la fois dans la difficulté de renouvellement des chefs d’exploitations que dans la production en générale, la perte en 60 ans de foncier agricole égale à la surface de la région Grand-Est (57 433 km² soit 5 743 300 ha NDLR) et la stagnation des volumes produits depuis le début des années 1990 ; «notre agriculture devient souffrante. Si nous continuons dans cette voie, nous allons connaître un déficit sur la balance agricole. Nous avons déjà perdu en 5 ans, près de 50% de nos parts de marchés à l’international. Notre excédentaire commercial est en chute. D’ici 2023-2024, l’agriculture française ne sera plus capable d’exporter autant qu’elle importe ! » La conséquence logique de cette situation est alors simple : l’augmentation des importations.

Toujours avec son rapport en main, Laurent Duplomb expose des faits d’ores et déjà existants. « Depuis 2000, nous avons multiplié par deux les importations de produits laitiers, de 34% de viande de volailles et la quasi-totalité du jambon Bio consom-mé en France est exclusivement espagnol. Les français consomment 1,5 jour par semaine des repas composés uniquement de produits étrangers, dont 25% ne correspondent pas à nos normes de productions. » À noter, d’après le sénateur, que la France dépense 100 M €/an pour contrôler les produits importés.

«Obscurantisme moyenâgeux »

Les causes de cette perte de vitesse et de puissance économique, sont multiples. Laurent Duplomb appuie néanmoins sur le dumping social(1) pratiqué par de nombreux voisins européens. « Une pomme polonaise lorsqu’elle arrive à Rungis coûte 0,40€ tandis que la française vaut le double. Tout se joue dans le coût de la main d’œuvre. » Le sénateur accuse également les nombreuses polémiques d’agribashing qui sont parvenues en l’espace de quelques mois à s’inviter dans les débats politiques et les décisions gouvernementales. « Au regard de tous, la seule échappatoire pour notre agriculture est la montée en gamme. C’est une hérésie ! A croire que les cas d’intoxications ont brutalement augmenté ces dernières années alors que depuis les années 1950, ils ne cessent de diminuer. Et que dire de la division des français que cela provoquerait ? Parce que tout le monde n’a pas les moyens financiers d’acheter du Label Rouge tous les jours. Aujourd’hui encore, malgré les polémiques et les images choc, 60% des français achètent des œufs de poules en cage parce qu’ils n’ont pas le choix. » Les trois sénateurs présents appellent donc les élus à ne pas succomber trop vite aux sirènes des associations antispécistes, écologiques ou aux diverses polémiques naissantes qui font « retomber l’agriculture dans un obscurantisme moyenâgeux ».

 

(1) Pratique visant à abaisser les coûts de production en abaissant le coût de la main-d'œuvre.

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