L'Auvergne Agricole 24 octobre 2007 à 00h00 | Par C.Rolle

Interview - “L’agriculture bio ne doit pas être reléguée au rang de niche”

Questions à Emmanuel Renard, président de l’association Bio 63

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Emmanuel Renard est éleveur de volailles fermières bio et producteur de céréales biologiques à Antoingt, près d’Issoire, depuis 1999. Il est favorable au développement de filières locales qui correspondent plus à l’éthique bio.
Emmanuel Renard est éleveur de volailles fermières bio et producteur de céréales biologiques à Antoingt, près d’Issoire, depuis 1999. Il est favorable au développement de filières locales qui correspondent plus à l’éthique bio. - © Auvergne Agricole
Quelles sont les principales productions bio que l'on retrouve dans le département ?
Dans le Puy-de-Dôme, nous avons la chance d'avoir un large panel de productions allant de la culture des plantes aromatiques et médicinales à l'arboriculture, en passant par le maraîchage, l'aviculture, la viticulture, les élevages caprins et ovins. Mais la production de vaches laitières, allaitantes et de céréales reste dominante. En 2006 nous comptions 1341 vaches à viande en mode de production biologique, 570 vaches laitières et près de 950 ha de céréales/oléagineux/ protéagineux.

Comment s'organise la mise sur le marché des produits ?
L'organisation est différente selon les productions. Les plantes aromatiques et médicinales disposent d'une filière bien organisée à travers notamment la Sicarapam et l'association de producteurs Plantes de Pays. Pour le reste, la vente directe reste le moyen essentiel de distribution. Notre faible représentativité sur le département- moins de 2%- et notre dispersion sur le territoire sont un obstacle à la mise en place de filières. Prenez le cas du lait : des opérateurs paient le prix du lait bio au producteur mais le vendent en conventionnel faute de pouvoir organiser une collecte spécifique... Le paradoxe c'est que l'on importe du lait bio pour répondre à la demande !
Au niveau de la viande, la plupart des broutards part dans les circuits conventionnels car il n'existe pas de filière organisée, si ce n'est avec la SICABA dans l'Allier et BIOVIE en Haute-Loire, deux groupements obligés de se tourner vers l'Aveyron pour obtenir des volumes suffisants. L'idée de créer une filière engraissement bio sur le département ou au niveau de la région est aujourd'hui en réflexion. Cela éviterait d'importer en masse de la viande bio d'Italie pour fournir la consommation française.

Comment voyez-vous l'avenir de l'agriculture biologique dans le département ?
Nous avons une carte à jouer avec la bio dans le Puy- de-Dôme. Et je suis très optimiste sur ce point pour trois raisons essentielles. La première c'est que nous sommes dans une région qui a des atouts naturels reconnus. Deuxièmement, nous avons l'avantage, entre plaine et montagne du Puy-de-Dôme, d'avoir une diversité de production. Enfin troisièmement, l'agriculture bio offre une rentabilité économique intéressante au producteur. Je sais de quoi je parle ! Ancien agriculteur conventionnel, je ne reviendrai pas en arrière même au plus fort de la flambée des prix des céréales !

Si autant d'atouts existent en faveur de l'agriculture biologique auvergnate, alors pourquoi ne se développe-t-elle pas plus vite ?
Il y a plusieurs freins : au plan national par exemple, la mise en place des CTE a fait exploser le nombre de reconversions en bio sans exiger de réels engagements sur la durée. Résultat : des aides importantes ont été versées mais sans véritable impact pour la bio, surtout en production céréalière.
Mais le premier frein à l'évolution du bio c'est le manque de formation et d'information.
L'éducation sur l'agriculture biologique se limite à quelques modules destinés essentiellement aux gens déjà décidés à faire du bio. Or, ce qui est important c'est de donner les moyens aux étudiants de choisir, à la fin de leur cursus, entre l'agriculture conventionnelle et la bio. Pour cela, les modules isolés ne suffisent pas, il faut intégrer l'éducation de l'agriculture biologique dans la formation agricole conventionnelle. Cela permettrait aux jeunes d'être mieux armés pour choisir l'une ou l'autre des voies et surtout, cela éviterait de mettre les deux agricultures en opposition frontale. Le développement de la bio souffre aussi du manque d'information, notamment dans la presse agricole et spécialisée dont le rôle est d'aider les agriculteurs à se forger une opinion. Côté grand public, Bio63 se mobilise sur différentes manifestations pour faire connaître ce mode de production et ses produits.
Enfin, je regrette que l'agriculture bio soit si souvent reléguée au rang de niche par la profession alors qu'elle a toute sa place auprès de l'agriculture conventionnelle. Mais les choses évoluent ! Et dans le département, la Chambre d'agriculture a toujours accompagné les agriculteurs bio en mettant à leur disposition l'animation et le secrétariat.

Fermes bio par production principale dans le Puy-de-Dôme en 2006
Fermes bio par production principale dans le Puy-de-Dôme en 2006 - © Auvergne Agricole

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