L'Auvergne Agricole 19 juillet 2017 à 08h00 | Par M.COMTE

ILS ONT DIT...

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« Des vies de famille sacrifiées »

Mathieu Trillon, Responsable de la section céréales JA63 et céréalier à Sardon.

« Les comptes des exploitations céréalières du Puy-de-Dôme sont à la soustraction plutôt qu’à l’addition depuis quatre ans. Les premiers éléments de récolte et de prix laissent présager que 2017 sera la cinquième. Bon nombre d’exploitations tiennent grâce aux conjoints(es) travaillant à l’extérieur et qui réinjectent une partie de leur salaire dans l’activité agricole. Mais pire encore, nombre de céréaliers retardent leurs divers paiements (impôts, intrants, semences…) et accumulent les dettes pensant qu’un jour meilleur viendra. Même les exploitations ayant du maïs semence et de la betterave sont à la peine. Le contexte social est plus qu’alarmant. La vie de famille est sacrifiée et les hommes et les femmes sont lessivés. Jusqu’où serons-nous capables de tenir ? Nous sommes les seuls professionnels français à travailler près de 60 heures par semaine pour un salaire de misère. »

 

« Les conditions de travail se dégradent »

Romain Vernet, responsable de la section bovine, JA 63 et éleveur à Ambert.

« Les éleveurs allaitants se serrent la ceinture. Face à cette crise, ils réduisent leurs achats d’aliments et engraissent moins leurs animaux. Moins longtemps nous gardons les bovins, moins nous perdons d’argent. On constate également une hausse de la mortalité dans les cheptels, du fait de la réduction des interventions vétérinaires. Tout est bon pour faire des économies ! Chez tous les éleveurs du département, on ressent de l’amertume et surtout de la frustration. Les trésoreries s’affaissent et nous ignorons tous où nous serons dans cinq ans. Beaucoup d’entre nous cessent les investissements. Nos conditions de travail se dégradent chaque jour davantage. C’est un cercle vicieux. Moins de broutards vendus, moins de rentrées d’argent. Des exploitations dégradées : moins d’installations et de transmissions. Si les prix des bovins allaitants, qu’ils soient Charolais ou races rustiques, poursuivent leur chute, beaucoup de jeunes vont être dégoutés du métier. D’ici 10 à 15 ans nous aurons bien du mal à transmettre nos exploitations. À ce jour, je dirais que les trois-quarts des élevages allaitants du Puy-de-Dôme sont en difficulté. »

 

«Entre réalité et ressenti, l’écart est important »

Richard Randane, président de la FDO et éleveur ovin à Vernines

« La situation de la filière ovine peut se résumer ainsi : la température est de 22°C mais le ressenti est de 19°C ! Certains éleveurs ont peu de difficultés financières parce qu’ils ont orienté leur production vers des Signes Officiels de Qualité. D’autres n’arrivent pas à joindre les deux bouts du fait de l’accumulation des handicaps (support végétal de mauvaise qualité, exploitation vieillissante… ). Aujourd’hui, ce sont la segmentation du marché et nos faibles coûts de production qui nous maintiennent hors de l’eau. Malheureusement, si le prix est plus élevé qu’à une époque, il n’est pas encore suffisant pour créer une vraie dynamique au sein de la filière ovine. Nous nous sentons toujours menacés à la fois par un manque de visibilité sur les variations de tarif et par les pouvoirs publics. Les questions écologiques et certaines idéologies animales (notamment le loup) nous pénalisent. Il est facile de nous conseiller d’augmenter la productivité par brebis ou de diminuer nos charges mais encore faut-il être soutenu à la fois par les pouvoirs publics français et l’Europe. Comme dans toutes les autres productions, la construction d’un prix rémunérateur est essentielle à notre survie. »


« Les éleveurs ne retrouveront pas 50% de leur revenu en diminuant leurs charges »

David Chauve, président de la Fnsea 63 et producteur laitier à Ambert

« Nous n’avons jamais connu une crise laitière d’une telle ampleur et un contexte agricole général aussi dégradé. Les revenus de tous les producteurs laitiers du Puy-de-Dôme ont fortement diminué. Les zones AOP sont quelque peu épargnées avec un prix supérieur de 60 €/1000 l par rapport au conventionnel mais la situation reste fragile. Le salaire moyen d’un producteur s’élève à 450€/mois. Cette situation n’est plus tenable et engendre des comportements instables. Désormais deux dynamiques se dessinent dans la production laitière départementale. Il y a les éleveurs qui font le dos rond et essaient de réaliser des économies pour résister. Mais la rupture n’est peut- être plus très loin ! Et il y a ceux qui investissent malgré la crise pour s’adapter à la nouvelle donne et répondre aux enjeux sociétaux. San aucune visibilité et lisibilité des événements à venir, c’est clairement un pari sur l’avenir que font ces producteurs. L’état doit se saisir urgemment du problème et créer une véritable politique de prix, en révisant la LME, appliquan la Loi Sapin 2 et établissant un équilibre entre les acteurs d’une filière. L’Europe doit aussi être plus réactive pour répondre aux situations de marché et réguler les volumes en conséquence. Ces décisions politiques sont indispensables à la survie de la production laitière française.»

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