L'Auvergne Agricole 09 avril 2014 à 14h03 | Par Sophie Chatenet-Giraud

FRSEA Massif central - Les hommes changent, les idées restent

A 43 ans, Patrick Bénézit vient d'être élu à la présidence de la FRSEA Massif central avec la ferme intention de s'inscrire dans les pas de son prédécesseur, Jacques Chazalet.

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Patrick Bénézit devrait succéder à Jacques Chazalet au bureau de la FNSEA.
Patrick Bénézit devrait succéder à Jacques Chazalet au bureau de la FNSEA. - © S.Giarud-chatenet

Ils se connaissent depuis... dix, douze ans, ils ne savent plus exactement. Qu'importe le nombre des années. L'essentiel est ailleurs. Dans le présent, dans les projets à mener à bien et dans ceux qui restent à accomplir. Patrick Bénézit et Jacques Chazalet se sont passés le relais, il y a peu, pour présider aux destinées de la FRSEA Massif central.

Issus tous les deux d'une famille d'agriculteurs, ils ont goûté au syndicalisme en rejoignant les bancs des Jeunes agriculteurs, du CCJA à l'époque. Jacques du côté de Celles-sur-Durolle où le jeune homme venu de la Drôme a profondément adhéré aux idées de l'un de ses voisins, un certain Michel Debatisse. Patrick(1), bercé par le discours du cantalien Michel Teyssedou, quand il a rejoint le CCJA de son canton de Pierrefort puis quand il est devenu secrétaire général du CDJA du Cantal dans les années quatre-vingt dix. «On est forcément marqué par des gens», confient les deux agriculteurs. Marqué par des gens et par cette idée que le syndicalisme permet « en prenant les attentes du terrain, dans la diversité des productions et des territoires, en les fédérant et en les portant au niveau du centre de décision », d'obtenir des résultats.

C'est nourris de cette conviction, que les deux hommes ont porté, avec d'autres, le combat du bilan de santé de la PAC en 2009, puis celui de la réforme de la PAC 2014-2020. Jacques Chazalet, à la tête de la FRSEA Massif central et Patrick Bénézit, en tant que chef de file du berceau des races à viande. C'est fort d'une et d'un projet porté par l'ensemble des présidents des Chambres d'agricultures, des FDSEA-UDSEA et JA du Massif central (Copamac-Sidam), que la grande région a su faire entendre sa voix.



Stratégie syndicale

« On a bâti un lobbying Massif central, et si je reprends les affaires c'est pour que ce lobbying puisse continuer demain », insiste Patrick Bénézit.

En militant pour une forte revalorisation des indemnités compensatoires de handicaps naturels, dont va bénéficier dès cette année, l'ensemble du Massif central avec ces cinq zones (Zones défavorisées simples, zones de piémont laitier, zones de montagne, zones de haute-montagne et zones de montagne sèche) et pour un renforcement des soutiens en faveur des productions fragiles, la région s'est parfois heurtée à des réticences.

«Même si nous avons parfois été considérés comme les enfants turbulents de la FNSEA, nous estimons qu'il est normal que le débat ait lieu au sein de la FNSEA», insiste Jacques Chazalet. Si, sur un nombre important de sujets, les lignes se rejoignent : le combat sur les prix des produits, la bagarre contre les contraintes administratives..., sur d'autres, les positions divergent parfois. Mais pour Jacques Chazalet, ce n'est pas une raison pour claquer la porte : « il vaut mieux être minoritaires chez les majoritaires, plutôt que majoritaires chez les minoritaires ». Question de stratégie et d'unité syndicale qui ne peut faire l'économie de confrontations d'idées. « Etre à l'intérieur de la FNSEA c'est essentiel, mais ce n'est pas incompatible avec la volonté de faire valoir ses spécificités aussi à l'extérieur », résume Patrick Bénézit. Pour autant, n'allez pas croire que le Massif joue double jeu, non, résolument, il veut jouer coup double, pour encore et toujours donner aux agriculteurs de ce territoire les mêmes chances de réussite que leurs collègues d'autres régions, qui n'ont pas à composer avec les pentes, l'éloignement, la dispersion... Chacun doit composer avec ses spécificités.



Relever le défi des coûts de production

« Le Massif central c'est avant tout des agriculteurs en zones défavorisées. Il paraît naturel que les politiques publiques contribuent encore demain à gommer les handicaps de ces zones pour que tout le monde partent sur un pied d'égalité au niveau de la compétitivité », défend Patrick Bénézit, qui voit dans le choix de l'Europe de remonter les ICHN à ce niveau là, tout sauf le fruit du hasard.

Dès l'automne prochain, il compte travailler avec les départements du Massif central et même au-delà, à l'élaboration d'une feuille de route pour la prochaine PAC.

« Tout en continuant à faire évoluer les choses positivement sur les ICHN et le couplage, nous devrons réfléchir dans le Massif central et ailleurs à une PAC qui prenne mieux en compte les coûts de production ».

 

« L'Europe»

Saisir les opportunités sans dogmatisme, car par nature l'économie fonctionne comme cela, par un besoin auquel on est en capacité de répondre ou pas, voilà pour le second objectif. Sur le développement de l'exportation, de l'engraissement, des AOC, des produits de qualité...Le Massif central peut tirer son épingle du jeu, à condition de bénéficier « d'accompagnements publics bien gérés qui auront forcément un effet de levier ». Sur les énergies renouvelables, là aussi les agriculteurs peuvent être forces de production, si tant est que les politiques publiques deviennent plus incitatives qu'elles ne sont aujourd'hui.

Pour ce qui est de l'énergie pour mettre en musique le projet agricole du Massif central, Patrick Bénézit a confiance en ses troupes, « nos agriculteurs ont toute leur place à prendre dans l'économie européenne. L'Europe est un petit territoire qui a besoin de toutes ces zones pour produire. Que chacun en soit bien convaincu ».

 

(1) Coordinateur du Berceau des races à viande depuis 2004, Patrick Bénézit est entré à la Fédération nationale bovine en 1999. Il en est son vice-président depuis trois ans.

« On a besoin de départements costauds »

 

n Président de la FDSEA du Cantal, depuis trois ans, Patrick Bénézit sait combien la structuration du réseau sur le terrain est capitale. « Nous avons besoin de structures départementales au fonctionnement syndical de plus en plus solide sur lesquelles puisse s'appuyer la FRSEA. Plus les FDSEA-UDSEA auront une adhésion massive de leurs agriculteurs, plus le Massif central parviendra à faire reconnaître ses spécificités ».

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