L'Auvergne Agricole 28 avril 2010 à 11h59 | Par C.Rolle

FNO - Les éleveurs ovins tournent le dos à la morosité ambiante

Le congrès de la Fédération nationale ovine à Clermont-Ferrand restera à jamais celui de la reconquête de la production et du retour à l’optimisme.

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Effondrement de la production ovine française de 8,4 % en 2009 par rapport à 2008, repli des importations de 2 % et baisse de la consommation de 5 % : c'est dans ce contexte chaotique que s'est déroulée jeudi dernier, à Clermont-Ferrand, la 63ème assemblée générale de la Fédération nationale ovine. Une assemblée qui aurait pu être le reflet de la morosité ambiante de l'agriculture et qui, pourtant, affichait une véritable tendance à l'optimisme.

Prix, technique et installation : le tiercé gagnant

En plaçant cette rencontre sous le signe de la reconquête ovine, les producteurs ont montré leur détermination à relancer la production française. Une détermination qu'ils puisent dans le rééquilibrage des soutiens publics obtenu dans le cadre du bilan de santé de la Pac. Pascal Viné, directeur de cabinet du ministre de l'Agriculture, et représentant Bruno Le Maire à l'assemblée générale de la Fno, a d'ailleurs rappelé que «la filière ovine était le premier bénéficiaire de la réorientation des aides avec, en 2009, la revalorisation de l'ICHN et des DPU pour les éleveurs ovins allaitants et en 2010, le versement d'une nouvelle aide ovine dotée de 125 millions d'euros».
Ces soutiens publics sont une bouffée d'oxygène à destination du plan de reconquête ovine imaginé par la Fno. Celui-ci s'appuie sur trois grands axes : le prix, la technique et le renouvellement des générations. «Certes, le rééquilibrage améliorera la trésorerie mais ne fera pas de kilos d'agneaux en plus. C'est bien le prix et la technique qui feront le revenu de nos entreprises» a prévenu Serge Preveraud. Le président de la Fno a insisté sur la mise en œuvre d'un appui technique rénové et collectif dans lequel « les techniciens des différentes structures travaillent en bonne intelligence» afin que la maîtrise des charges et la productivité deviennent «des leviers essentiels de la réussite». Selon Jean Jacques Bery, d'Unigrains, la production ovine a effectivement «des marges de progrès importantes dans ce domaine étant donné sa faible productivité qui contraste avec d'autres productions».
Mais le cœur d'action du syndicat reste la reconquête du prix. «C'est par le prix que l'on incitera l'investissement et les installations en production ovine» pouvait-on entendre dans l'hémicycle. La Fno fait donc du prix son cheval de bataille. Elle se place même en «précurseur» de la contractualisation en brandissant un accord interprofessionnel validé par les pouvoirs publics le 6 janvier dernier dans lequel les éleveurs s'engagent à prévoir leurs sorties d'animaux pour renforcer la connaissance de l'offre. «Nous avons mis tous les acteurs de la filière sur l'escalier de la contractualisation, à chacun de nous aujourd'hui de gravir les marches pour que ce soit une réussite» a déclaré le président.

 

 

Pascal Viné, Directeur du cabinet du ministre de l’Agriculture.
Pascal Viné, Directeur du cabinet du ministre de l’Agriculture. - © DR

Loup : la colère gronde !

Parmi les thèmes d'actualités qui inquiètent les producteurs, la Fno a interpellé le représentant du ministre sur l'identification électronique ovine obligatoire à partir du 1er juillet 2010. Si Pascal Viné parle de «véritable clé de voûte pour moderniser le dispositif de gestion du troupeau» en revanche, les producteurs ovins définissent cette obligation européenne comme «une contrainte qu'il faut essayer de transformer en atout. L'accompagnement financier de l'Etat sur ce dossier doit nous permettre de réussir ce challenge». Concernant le dossier Fco, le directeur de cabinet a confirmé le report de la date limite de prise en charge de la vaccination au 30 juin 2010. Enfin, sur la question sensible du loup, les éleveurs ont mis en garde le ministère sur la situation «insurrectionnelle» dans les zones confrontées au prédateur. Ils réclament une gestion efficace de la population, identique au modèle de régulation appliqué dans d'autre pays et qui prévoit 20 % de l'effectif abattu chaque année. «Peut-on défendre le bien-être animal, la reconquête ovine et en même temps laisser massacrer nos animaux ?» interroge Serge Preveraud. La réintroduction du loup coûte près de 10 millions d'euros par an aux contribuables et conduit au massacre de près de 4000 animaux par an...

 

Une table ronde sur le thème «en route pour 2013».
Une table ronde sur le thème «en route pour 2013». - © DR

Contractualisation, mode d'emploi

En marge de son assemblée générale, la Fno organisait une table ronde sur l'avenir de la production ovine française. Plusieurs sujets ont été avancés, parmi eux la nécessité de valoriser l'image du métier pour susciter des vocations auprès des jeunes. «50 % des producteurs ont plus de 50 ans» note Nicolas Mosnier, représentant des JA. «Pour rendre la production plus moderne et renouveler les générations, il faut donner une dimension économique au projet et une dimension de filière». Pour Nicolas Donzain de la Fédération Nationale de l'Industrie et des Commerces en Gros des Viandes (FNICGV), la question du maintien du volume de production est cruciale. «La perte de 13 000 tonnes d'abattage ovins dans les dernières années doit être définitivement stoppée». Le représentant des Commerces des viandes se dit alors favorable à la contractualisation « mais pas sous la forme proposée par les pouvoirs publics. C'est aux professionnels d'organiser les relations contractuelles». Pour Christiane Lambert, représentante de la Fnsea, «le plus important avant la contractualisation est le regroupement de l'offre. Il faut peser économiquement pour que l'engagement contractuel du producteur devienne une réelle garantie de débouché en volume et en prix». Et d'ajouter, «ce n'est pas à l'Etat d'organiser et d'imposer la contractualisation. Les débats doivent avoir lieu en interprofession, entre les différents acteurs». Une position confirmée par Julien Turenne de la Direction générale des Politiques Agricole, Agroalimentaire et des Territoires (DGPAAT), qui rappelle qu' «en aucun cas l'Etat ne se substitue aux acteurs professionnels dans le domaine de la contractualisation. Son rôle est celui d'un aiguillon pour que les interprofessions se saisissent du dossier».

C.R

 

 

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