L'Auvergne Agricole 14 avril 2010 à 11h34 | Par UDSEA

Congrès de la FNSEA - Un avertissement musclé au gouvernement

Plongé dans une grave crise des revenus, la profession agricole a tenu des propos d’une grande fermeté au ministre de l’Agriculture, notamment par la voix de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.

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Voici quelques extraits du discours de clôture du congrès de la FNSEA à Auxerre le 1er avril dernier, adressé par Jean-Michel Lemétayer à Bruno Lemaire, ministre de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche.

Sur la situation des agriculteurs aujourd'hui :
« Monsieur le ministre, vous êtes le septième depuis que je suis Président de laFNSEA. Ça tourne vite. Depuis 9 mois vous montrez une réelle défense de l'agriculture. Mais vous devez entendre le véritable SOS que vous lancent aujourd'hui les paysans.
Vous devez le transmettre au Gouvernement et au Président de la République :
- Sur le plan économique, nous vivons un désastre,
- Sur le plan financier, nous vivons une faillite,
- Sur le plan social, nous vivons en citoyens de seconde zone,
- Sur le plan environnemental, nous vivons en accusés permanents.
Alors Monsieur le Ministre, cela suffit. Nous en avons ras le bol !»

Sur la compétitivité et les distorsions de concurrence :
«... Cependant, de nombreux indicateurs sont dans le rouge et montrent une dégradation de la compétitivité de l'agriculture française sur son premier marché, celui de l'Union européenne. Dans cette perte de compétitivité, je veux pointer du doigt les distorsions de concurrence intra-communautaires qui sont un handicap pour l'agriculture et l'agroalimentaire français. Un coup de chance : on oublie la taxe carbone ! Que de mobilisations pour dénoncer le caractère injuste de cette taxe dont nous avons toujours refusé une application franco-française. A croire que le bon sens paysan est sorti des urnes !»
«Le pouvoir politique doit assumer ses choix et éviter les incohérences. Les paysans vivent un paradoxe : d'un côté, un marché unique européen qui signifie la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux ; de l'autre côté, chaque Etat membre, libre de procéder à sa guise en matière fiscale, sociale et environnementale. L'hypocrisie est à son comble avec les OGM : la commission les autorise, des Etats en produisent, d'autres les interdisent, l'Europe les importe et tout circule ! Et pendant ce temps là, 14 millions d'agriculteurs dans le monde en cultivent 134 millions d'hectares.»

Sur le poids des charges franco-françaises :
« Monsieur le Ministre, à votre calculatrice, nous allons peser ensemble :
- Le passage à 44 tonnes de Poids Total Roulant que Dominique Bussereau, un de vos prédécesseurs, a annoncé il y a plus de 4 ans n'est toujours pas honoré alors qu'il est maintenant chargé des transports. Cette interdiction entraîne un surcoût de 100 millions d'euros pour notre secteur. Il serait temps pour votre collègue d'arrêter de jouer l'Arlésienne !
- La redevance prélèvement d'eau représente 30 millions d'euros.
- La redevance phyto coûte aux paysans 70 millions d'euros.
- La contrainte des bandes enherbées que nous avons été, d'ailleurs, jusqu'à présent les seuls à appliquer, représente un manque à gagner de 42 millions!
... Alors de grâce, n'en rajoutez pas avec l'obligation franco-française de couverture hivernale des sols qui coûtera à la France 80 millions : cette mesure est aussi chère qu'inapplicable !
... Il ne faut pas s'étonner si les résultats d'exploitation baissent avec de telles distorsions! Les athlètes les plus performants ne battraient jamais de records s'ils étaient obligés de courir avec des semelles de plomb !! »

Sur le développement durable et les dérives du discours écologistes :
«Nous sommes les premiers écologistes : nous stockons du carbone, nous développons avec succès la méthanisation, les biocarburants, l'énergie photovoltaïque et éolienne et je pourrai allonger la liste ! Il faut nous donner les moyens de pouvoir continuer d'endosser ce formidable rôle nourricier et protecteur ! Mais, de grâce, mettons fin aux débats inutiles. Vous savez, ces réunions avec plusieurs dizaines de participants dans lesquelles acteurs économiques et scientifiques osent à peine s'exprimer devant l'arrogance, les certitudes, le mépris des représentants de mouvements associatifs et environnementalistes de tout poil ! De grâce, mettons fin aux débats comme ceux du Haut Conseil des Biotechnologies, où les dés sont pipés et où le sectarisme l'emporte sur la raison.... Nous, les paysans, qui connaissons trop bien les caprices de la nature, ne pouvons ni comprendre ni accepter les «Y a qu'à faut qu'on» de bobos ou de militants pétris de certitudes, et qui ne représentent souvent qu'eux-mêmes.
... Monsieur le Ministre, si le débat est tronqué, si développement durable rime avec décroissance et désertification des campagnes, je vous le dis tout net, Grenelle ou pas Grenelle, le débat se fera sans la FNSEA.»

Sur l'Europe et la PAC
«Le Président de la République est, je le cite, prêt à aller à une crise en Europe plutôt que d'accepter le démantèlement de la PAC». Tope là ! Mais au-delà des belles paroles, nous attendons des actes. Sachez que nous serons mobilisés derrière lui, derrière vous... Oui derrière vous, Monsieur le Ministre, pour vous empêcher de reculer.
Pour nous, la PAC doit d'abord rester une politique économique, qui comme cela est stipulé dans les traités, doit viser à :
- Assurer le développement de l'agriculture,
- Assurer un niveau de vie équitable aux paysans,
- Stabiliser les marchés,
- Garantir la sécurité des approvisionnements,
- Protéger les consommateurs d'effets erratiques de prix.
[...] Pour cela, il faut bien évidemment de l'ambition et un budget à hauteur des besoins, pour garantir l'efficacité des outils de marché, permettre une régulation indispensable. Vous voyez Monsieur le Ministre, on est bien loin du tout DPU !»

Sur les relations avec la distribution :
«Le partage des marges et de la valeur ajoutée reste un grand combat syndical. Nous avons besoin de prix. Nos actions du printemps dernier ont abouti à la création des brigades spéciales de contrôle. Elles ont permis d'épingler 9 enseignes de distribution sur leurs pratiques illégales ! Mais pas d'effet feu d'artifice ! Le soufflé est en train de retomber ! RGPP ou pas, il faut continuer à surveiller et sanctionner les pratiques abusives. ... Nous demandons instamment que soit fait, enfin, le bilan de l'article toxique de la LME, vous savez la loi Michel Edouard, sur la négociabilité des conditions générales de vente. Les négociations qui s'achèvent entre industriels et distributeurs ont été une nouvelle fois d'une rare violence. La LME n'a pas empêché une dérive généralisée ni un détournement de l'esprit de la loi, au mépris des avis de la commission d'examen des pratiques commerciales.»

En Conclusion
«Monsieur le Ministre, vous avez devant vous des militants qui savent se remettre en question sans oublier leurs valeurs. C'est la grande force de notre syndicalisme. Les paysans sont en demande de visibilité et de réponses concrètes face à leurs difficultés croissantes.
Dans une telle situation, le risque est fort de se réfugier dans la démagogie et le poujadisme. Pourtant, il nous faut parler d'avenir sans mentir. Parfois la FNSEA a l'impression de devoir endosser cet inconfortable discours de vérité et de lucidité. Mais elle assume, c'est ça le syndicalisme responsable : revendiquer quand il le faut et négocier à bon escient ! Alors Monsieur le Ministre, jouez votre rôle. Ne nous racontez pas d'histoires !
Pas de faux espoirs, parce qu'au rythme où se succèdent les ministres de l'agriculture, vous risquez de ne plus être là pour en assumer les conséquences. Faites nous une bonne politique et nous continuerons de faire une bonne agriculture et une bonne alimentation!
Nous sommes ici, en face de vous, pour représenter ces femmes et ces hommes, fiers de leur métier, fiers de faire vivre leur territoire et surtout convaincus que l'agriculture est un grand secteur d'avenir. Ils sont devant vous, debout. Ne les trompez pas.»

 

 

Il a dit :

Patrick Trillon
«J'ai toujours pensé que l'agriculture française était indispensable à notre pays. Alors que tout le secteur plonge, il était nécessaire que le congrès de la FNSEA mette les pouvoirs publics en face de leur responsabilité. Et c'est pourquoi, au-delà des querelles de chapelles et au delà de la question des hommes et des personnalités, j'en appelle à l'unité paysanne et à la mobilisation derrière la FNSEA, derrière un syndicalisme à la fois revendicatif et responsable. L'heure est grave et je sais que les enjeux dépassent largement les divisons et les états d'âmes des uns ou des autres».

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