L'Auvergne Agricole 29 juillet 2015 à 08h00 | Par Mélodie Comte

Clermont-Ferrand occupé par plus de 500 agriculteurs

La semaine dernière ils étaient plus de 500 agriculteurs puydômois à bloquer les principales entrées de Clermont-Ferrand avec près de 280 tracteurs. Retour sur la mobilisation.

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A 11 h les entrées sud de Clermont ainsi que le Brézet et Clermont-Nord étaient paralysées. Les tracteurs ont été placés en travers de la route pour couper la circulation.
A 11 h les entrées sud de Clermont ainsi que le Brézet et Clermont-Nord étaient paralysées. Les tracteurs ont été placés en travers de la route pour couper la circulation. - © M.Comte

FNSEA 63 et JA attendaient 150 tracteurs pour paralyser cinq points stratégiques de Clermont-Ferrand. Le jour J, jeudi 23 juillet à 11 heures, ce sont près de 280 engins qui ont bloqué non pas cinq mais six des principales entrées de la capitale puydômoise. A leurs bords plus de 500 agriculteurs venus défendre leur profession et surtout exprimer leur colère face à l’insuffisance du plan d’urgence annoncé la veille par le Chef de l’Etat français.

 

Les tracteurs paralysent les routes

Les agriculteurs devaient bloquer les grandes entrées de Clermont-Ferrand à partir de 10 heures. Ce n’est véritablement qu’à 11 heures que les ronds-points de Pérignat, Beaumont, du Brézet, de La Pardieu et d’Auchan Nord ont été paralysés. Un répit de courte durée pour les automobilistes d’autant plus qu’un sixième points de blocage, non prévu au programme, se rajoute : le carrefour de Décathlon. Tout le sud de Clermont-Ferrand est alors coupé à la circulation et les agriculteurs sont déterminés à ne rien lâcher. Pas une voiture ni un camion ne passent les barrages durant les premières heures. Si certains automobilistes sont excédés d’autres prennent leur mal en pa-tience et soutiennent les agriculteurs par des applaudissements, des sourires ou quelques mots d’encouragements : «Vous êtes courageux, bravo» ; «Il est triste que dans une démocratie comme la nôtre il faille agir de la sorte pour se faire entendre» ; «Nous sommes de tout cœur avec vous, il n’est pas normal que certaines personnes s’enrichissent au détriment des agriculteurs et des consommateurs.»

 

Au carrefour de Décathlon, un camion transportant des saucisses de porcs provenant de Pologne s’est vu délester d’une palette entière. Les barquettes ont été distribuées aux automobilistes. D’autres poids lourds transportant des produits français (cf photo) ont pu continuer leur route.
Au carrefour de Décathlon, un camion transportant des saucisses de porcs provenant de Pologne s’est vu délester d’une palette entière. Les barquettes ont été distribuées aux automobilistes. D’autres poids lourds transportant des produits français (cf photo) ont pu continuer leur route. - © M.Comte

Actions choc contre la Préfecture et les GMS

En milieu de journée, les agriculteurs ouvrent temporairement les barrages pour alléger le trafic. Néanmoins, les camions et camionnettes frigorifiques ne poursuivent leur route qu’après une inspection soignée. Vers 15 heures, une trentaine de tracteurs équipés de remorques et de bétaillères transportent une centaine de manifestants jusqu’à la Préfecture. Arrivés aux portes de cette dernière, fumiers et déchets agricoles sont déversés sur les marches. Une délégation est reçue par Michel Fuzeau, le Préfet du département et d’Auvergne. A la sortie, Christian Peyronny, président de la Fnsea 63 rapportent les échanges : « Les mots ont été durs avec le Préfet. Nous lui avons répété que nous ne voulions pas seulement des mesures d’urgence mais des mesures structurelles pour consolider notre agriculture à plus long terme ainsi qu’une revalorisation immédiate des prix. Nous en avons également profité pour lui rappeler que nous ne voulions pas non plus des zones vulnérables.» Après cette rapide entrevue, le convoi regagnait les différents points de blocages où d’autres actions étaient en cours. Les GMS de chaque secteur (Leclerc, Auchan, Lidl…) ont été visées avec des épandages de lisiers et fumiers. Les barrages se sont maintenus jusqu’à 23 heures pour ensuite être levés. Les différents responsables syndicaux Fnsea et JA ont remercié l’ensemble des agriculteurs y compris « les céréaliers dont l’activité- même si on en parle moins- est également en péril ». « Par solidarité ils n’ont pas hésité à prendre part au mouvement ».

 

ILS ONT DIT... pendant la manif’

Damien Chassaing, producteur laitier à Isserteaux

« Je me bats pour demander la revalorisation des prix. Aujourd’hui, ils sont inférieurs aux charges de productions, pendant combien de temps allons-nous tenir ainsi ? Les 600 millions d’euros d’aides promis par l’État ne sont qu’un effet d’annonce pour acheter notre silence et monter les gens contre nous. Le grand public pense que nous allons toucher de grosses primes alors que, ramené à chaque éleveur français, ce n’est rien. Nous ne demandons pas d’argent mais des prix rémunérateurs. J’ai réalisé, et mes deux associés du Gaec aussi, des investissements importants pour faire ce métier et il est malheureux qu’à ce jour nous ne soyons pas sereins face à l’avenir. »

 

Joël Pomerol, éleveur bovin viande, Marsac-en-Livradois

« Le plan d’urgence ? Au risque de répéter ce qui a été dit ce ne sont que des mesurettes qui ont fini d’exciter les agriculteurs. Elles ne suffiront pas à nous sortir du marasme dans lequel nous sommes. Si l’on divise le montant promis de 600 millions par le nombre d’éleveurs français cela représente 1 500 €/exploitants. Les gens qui sont au bord du gouffre avec des dettes importantes ne seront pas sauvés avec cette somme ! Nous voulons des prix pour vivre de notre travail et ne plus vivre des aides. Ceci est valable pour tous les secteurs que ce soit l’élevage ou les céréales. Tant que nos produits ne seront pas payés à leur juste valeur, nous ne nous en sortirons pas.»

 

Cyril Chataing, éleveur de porc et producteur laitier, Sauvessanges

« Les prix d’achats pratiqués sur nos produits ne nous permettent plus de joindre les deux bouts. En porc, il y a toujours eu des crises mais qui étaient espacées. Aujourd’hui, c’est devenu répétitif ne nous laissant plus le temps de refaire notre trésorerie pour encaisser le choc. Nous sommes dans une situation très tendue où nous nous questionnons sur les véritables intentions des pouvoirs publics à notre égard. Nous ne savons pas s’ils veulent encore de l’agriculture et si oui comment ? Doit-on s’engager dans les filières qualités ou produire des volumes ? Je regrette que nous ayons à bloquer les gens sur la route parce qu’ils n’y sont pour rien. Malheureusement c’est le seul moyen de se faire entendre. C’est triste d’en arriver là. »

Propos recueillis par M. Comte

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